L’éolien flottant est une technologie bien plus mature qu’on ne pourrait le penser depuis la France. Sur nos côtes, hormis quelques prototypes, comme Flotagen d’Ideol installé au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ou l’éolienne quadripodes Eolink, testée à Brest (Finistère), toujours rien de très concret. Les quatre fermes pilotes de Groix-Belle-Île (28 MW avec Shell/Eolfi) dans l’Atlantique, Provence grand large (25MW avec EDF), Eolmed (30 MW avec Total et Qair) et Gold du Lyon (30 MW avec Engie et EDPR) en Méditerranée n’entreront en service que vers 2024.
Ce qui n’a pas empêché la France de lancer la procédure pour la construction d’un parc de 250 MW en Bretagne sud, qui entrerait en service en 2028, et d’en prévoir deux autres de 250 MW en Méditerranée pour 2029. Dix consortiums candidats au parc flottant de Sud Bretagne viennent même d’être sélectionnés pour le dialogue concurrentiel qui aidera le gouvernement à établir le cahier des charges de l’appel d’offres définitif. Le lauréat doit être choisi fin 2022.
Adapté aux côtes Atlantique
Sans surprise, parmi les dix consortiums en lice, deux sont menés par les pionniers du secteur, le pétrolier norvégien Equinor et l'énergéticien portugais EDPR. Le pétrolier y va avec RES, opérateur de renouvelables partenaire des débuts du projet d’éolien en mer posé de Saint-Brieuc (Ille-et-Vilaine) Ailes Marines d’Iberdrola et Green Girafe, un spécialiste de la finance verte. En face, la filiale renouvelable de l’électricien portugais EDP, EDPR, s’avance via sa co-entreprise à 50/50 avec Engie, Ocean Wind, créée en 2019.
Equinor et OceanWind (au sein du consortium Windplus) sont les deux seuls acteurs européens à produire de l’électricité avec des éoliennes flottantes. Après un prototype de 2,3 MW en 2009, Equinor a installé en 2017 le premier parc éolien flottant commercial au monde, d’une puissance de 30 MW. Celui-ci a affiché un facteur de charge de 54% les deux premières années et de 57,1% entre mars 2019¨et mars 2020, contre 40% en moyenne pour l’éolien en mer posé, annonce l’opérateur. Le norvégien développe maintenant un projet de 88 MW, Hywind Tampen, au large de la Norvège pour alimenter la production de pétrole et de gaz en mer.
Résistant à un vent de134 km/h
Dans la course à l’éolien flottant commercial, le portugais EDPR le talonne. Après un test du flotteur tripode de Principle Power avec une éolienne de 2 MW entre 2011 et 2016, la filiale d'EDP a construit en 2019, via le consortium Windplus - composé d’OceanWind (79,4%), du pétrolier espagnol Repsol (19,4%) et de l'américain Principle Power (2,2%) - un parc commercial de 25 MW, Windfloat Atlantic, à 20 km de la côte d’Avina do Costelo au nord du Portugal. Un chantier que L'Usine Nouvelle a pu visiter le 23 septembre.
abarbaux Les flotteurs de Principle Power permettent d'incliner les éoliennes en mer pour plus de stabilité et de prise au vent.
Les flotteurs sont semi-submersibles grâce à un système hydraulique intégré à la pile sous l'éolienne pour gagner à la fois en stabilité et en prise du vent. Ils sont fixés par câble par 100 mètres de fond. La première des trois turbines Vestas de 8,4 MW, les plus puissantes installées sur des flotteurs en mer à ce jour, a été mise en service en décembre 2019, la dernière en juillet 2020. Séparées entre elles d’environ 650 mètres, les trois éoliennes sont raccordés à une sous-station électrique à terre. Elles ont produit 75 GWh au cours de la première année, supporté des vents de 134 km/h et affronté des vagues de 14 mètres.
Montage à terre
Le directeur du projet, José Pinheiro, reste néanmoins très discret sur le facteur de charge, qu’il évalue autour de 50%. "Les performances du projet ont largement dépassé les attentes. Il a enregistré des niveaux élevés de disponibilité et une production qui a dépassé les attentes pendant de nombreux mois", a-t-il brièvement expliqué lors d’une visite de presse en mer le 23 septembre. Il reste aussi très laconique sur le coût total du projet, qui a bénéficié d’un prêt de 60 millions d‘euros de la Banque européenne d’investissement, de 29,9 millions d'euros d’aides du programme européen NER300 et de 6 millions du gouvernement portugais. L’enjeu est pourtant bien de baisser les coûts de l'éolien flottant.
Si EDPR ne donne pas de chiffre, Equinor donne des indications. Le coût de production des premiers démonstrateurs d'éolien flottant tournait autour de 300 euros du mégawattheure (€/MWh). Et les fermes pilotes sortent autour de 200 €/Mwh. Les premiers parcs commerciaux, de 200 à 250 MW, devraient pouvoir descendre à 100 €/MWh. Sachant qu'en mer du Nord, l'éolien posé se négocie maintenant autour de 45 €/MWh, comme à Dunkerque.
La possibilité de monter entièrement des éoliennes puissantes sur les flotteurs de Principle Power dans le port avant de les tracter jusqu’à leur emplacement, comme cela a été réalisé pour le parc WindFloat Atlantic, devrait participer à atteindre cet objectif. Un atout majeur lorsqu’il s’agira d’installer plusieurs dizaines d’éoliennes, comme pour le parc Sud Bretagne. A une condition, éviter au maximum "de le faire en hiver"… reconnaît José Pinheiro.



