Enquête

L’éolien flottant laisse leur chance aux nouveaux entrants

Nouvelle frontière des énergies renouvelables, l’éolien flottant intéresse les pétroliers, contraints par la transition énergétique.

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Eolienne flottante Floatgen en France
Le 18 septembre 2018, Floatgen, la première éolienne offshore française, a été mise en service au large du Croisic (Loire-Atlantique).

Les électriciens champions des énergies renouvelables, comme EDF, Engie, Enel et Iberdrola, sont prévenus. Lors des premiers appels d’offres d’éolien flottant commercial en Europe – la France doit en lancer un de 250 mégawatts (MW) en Bretagne Sud en 2021 –, ils ne seront plus seuls sur les rangs.

Les pétroliers européens engagés vers la neutralité carbone sont bien décidés à entrer dans le jeu. Pour monter en compétences, ils investissent déjà. En novembre 2019, Shell a croqué le français Eolfi. En 2020, Total est entré dans le projet Erebus de 100 MW en Écosse, a pris un portefeuille de 2 gigawatts de projets en Corée du Sud et a acquis 20 % d’un projet de ferme pilote de 30 MW, Eolmed, au large de Gruissan (Aude). C’est l’une des quatre fermes pilotes en France, attribuées en 2016 et qui doivent entrer en service en 2022 ou 2023.

Des technologies proches

Si l’éolien flottant intéresse tant les compagnies pétrolières, c’est qu’il permet d’installer des unités sur des sites éloignés des côtes, où le vent est quasi permanent et dont la profondeur interdit de poser des fondations. Le potentiel mondial est évalué à 10 000 ­térawattheures par an. C’est près de vingt fois la production électrique française. Si les éoliennes seront les mêmes que pour l’éolien posé, l’enjeu sera de trouver pour chaque projet le bon type de flotteurs, d’ancrage et de câbles dynamiques.

Plus complexe en études comme en exploitation, l’éolien flottant se rapprochera de l’offshore pétrolier. Une partie des fournisseurs, rarement européens, seront d’ailleurs les mêmes. "En termes d’ingénierie, nous avons une carte à jouer. Nous savons optimiser le design d’une installation qui va flotter vingt ou trente ans et que nous sommes à même d’opérer", assure Olivier Terneaud, le vice-président Off­shore Wind de Total.

Le flottant ouvre aussi la porte à des industriels français pas ou peu présents dans l’éolien en mer. Bouygues TP teste avec le bureau d’études d’Ideol un flotteur béton sur Floatgen, l’unique éolienne en mer française en service, installée au large du Croisic (Loire-Atlantique). Et il va équiper la ferme Eolmed. Après un retentissant échec dans l’hydrolien marin, Naval Énergies s’est tourné vers le flottant et a développé un flotteur semi-submersible pour ses fermes pilotes de Groix et Belle-Ile-en-Mer (Morbihan).

À Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), Eiffage construit quatre flotteurs métalliques, conçus par l’américain Principle Power, pour la ferme du Barcarès (Aude), opérée par Engie. Pour la quatrième ferme pilote, pilotée par EDF, les fondations flottantes ont été conçues par le néerlandais SBM Offshore, en partenariat avec IFP Énergies nouvelles.

Presque de quoi créer une filière française du flotteur. À condition que l’État n’oublie pas, comme dans ses premiers appels d'offres pour les parcs d’éoliennes offshore posées, d’inclure des critères de production locale. "Si l’on veut des constructeurs français, il faut leur mettre le pied à l’étrier", résume Étienne Pourcher, le coordinateur national de l’Observatoire des énergies de la mer. La France a une carte à jouer.

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