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Les atouts de Blue Origin pour concurrencer SpaceX et réduire les coûts dans le spatial

Une fusée géante réutilisable, un outil industriel capable de produire vite, l’appui financier de son patron, Jeff Bezos… Blue Origin a tous les atouts pour rivaliser avec SpaceX.

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NS32 Blue Origin
New Shepard a lancé à 33 reprises sa fusée suborbitale New Shepard. La 33e mission a eu lieu le dimanche 29 juin.

Gradatim ferociter, soit «pas à pas, avec férocité». La devise latine choisie par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, pour sa société spatiale Blue Origin, lui va comme un gant. Ainsi qu’à son lanceur géant, le New Glenn, qui a réussi son vol inaugural, le 16 janvier dernier. «Pour son premier essai, Blue Origin a fait une entrée fracassante dans la cour des grands», analyse Amaury Dufay, le responsable des études spatiales à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD). L’entreprise a pourtant pris son temps, accusant un retard de trois ans sur son calendrier initial. Si le lanceur a rempli sa mission principale, atteindre l’espace, Blue Origin a échoué à récupérer son premier étage. Il faut dire que personne avant lui n’avait tenté un tel exploit lors d’un premier essai. Même pas SpaceX.

Ces deux acteurs ont plus d’un point en commun : une fusée réutilisable, une constellation de satellites à mettre en orbite (Starlink pour SpaceX, Kuiper pour Blue Origin), un patron multimilliardaire issu de la high-tech… Mais surtout, ils sont portés par la vision de leur dirigeant. Si le but d’Elon Musk, à la tête de SpaceX, flirte avec la science-fiction – conquérir Mars et transformer l’espèce humaine en une espèce interplanétaire –, celui de Jeff Bezos est plus terre à terre, mais non moins audacieux : rendre l’espace et les infrastructures en orbite accessibles au plus grand nombre. «Bezos et Musk ont tous les deux identifié le transport spatial et le lancement comme les premiers obstacles à leurs grandes ambitions», explique Maxime Puteaux, expert au cabinet Novaspace. «Cela fait cinquante ans que l’on sait aller dans l’espace et atterrir sur la Lune. Maintenant, il faut être capable de le faire pour un coût 100 fois moins élevé», confiait Jeff Bezos à Tim Dodd, l’un des youtubeurs les plus influents dans le milieu spatial aux États-Unis, à qui il avait accordé, en mai 2024, une visite commentée de l’usine où est fabriqué le New Glenn.

Cette fusée géante de 98 mètres de hauteur concentre tous ses espoirs. La coiffe (7 mètres) permet d’embarquer 45 tonnes de charge utile en orbite basse. C’est plus du double de la capacité des deux fusées concurrentes opérationnelles, Falcon 9 de SpaceX et Ariane 6. Mais deux fois moins que celle du Starship (100 tonnes), la dernière fusée de SpaceX, toujours en phase de développement. Un choix habile. «En se positionnant entre les lanceurs actuels à 20 tonnes et le Starship, cette fusée peut capter des parts de marché à chaque extrémité du spectre capacitaire», estime Amaury Dufay de l’IESD. Le New Glenn a été conçu pour être réutilisable… à haute intensité. Équipé d’ailerons manœuvrants, de pieds d’atterrissage, de moteurs à poussée variable... Réutilisable a minima 25 fois, il pourrait, en poussant le concept à l’extrême, l’être à terme jusqu’à une centaine de fois, selon Jeff Bezos. Ainsi, entre deux tirs, seize jours suffiront à remettre le premier étage en état de marche !

Un modèle industriel ultra-intégré

Au-delà du New Glenn, la force de Blue Origin repose avant tout sur son modèle industriel ultra-intégré, comme SpaceX. Dans son usine géante de Cap Canaveral en Floride, la société peut fabriquer parallèlement jusqu’à quatre exemplaires de son lanceur, à différents stades de finition. Quasiment tous les éléments sont produits sur place : les premier et second étages, la coiffe, les pieds d’atterrissage, les ailerons… et même les protections thermiques ! Les moteurs, eux, le sont dans son usine de Huntsville, en Alabama. «Nous pourrons produire un moteur tous les trois jours dès l’année prochaine», anticipe Jeff Bezos. Pour assurer de telles cadences, les process ont été industrialisés afin d’être les plus répétitifs possibles. «C’est comme mon job chez Amazon. Sans excellence opérationnelle, vous ne pouvez pas expédier 10 milliards de colis par an», explique le dirigeant, qui consacre désormais l’essentiel de son énergie à Blue Origin.

Le pas de tir, situé à seulement 14 km de l’usine, est considéré comme un élément déterminant du succès du lanceur. Le milliardaire n’a pas lésiné sur les moyens, en y investissant 1 milliard de dollars (927 millions d’euros) ! Mais dans cette course à l’espace, Blue Origin se voit pénalisé par sa lenteur d’exécution. Créé en 2000, pratiquement deux ans avant SpaceX, dont le développement et les réussites sont sans commune mesure, il s’est certainement trop dispersé, menant de nombreux projets de front : tourisme spatial, station en orbite, alunisseur, moteurs réutilisables…

New Glenn Jacklyn bargeBlue Origin
New Glenn Jacklyn barge New Glenn Jacklyn barge

Jacklyn, la plate-forme d'atterrissage en mer où le booster réutilisable de New Glenn reviendra après chaque mission (Photo Blue Origin)

Par ailleurs, il serait moins agile qu’il n’y paraît. «Blue Origin a pris le parti du canal historique de l’industrie, qui consiste à vouloir réussir absolument du premier coup, contrairement à la logique “fail fast” d’un SpaceX», analyse Hugues Lavandier, chargé des activités spatiales au cabinet McKinsey. Pour constituer ses équipes, il a cherché les talents existants et reconnus dans le complexe militaro-industriel établi. «Ces gens ont souvent été biberonnés aux contrats dits “cost plus”, où peu importent les dépassements de budget, vous serez toujours payé avec vos marges garanties, commente Maxime Puteaux, de Novaspace. De telles méthodes n’incitent pas à faire vite, peu cher et innovant.»

Mais l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche pourrait fausser la concurrence entre les deux rivaux, Elon Musk étant devenu un proche collaborateur du président américain. Celui-ci s’est rendu au sixième essai de la fusée Starship en novembre, pas au premier vol du New Glenn. Le soutien étatique est d’autant plus crucial que les contrats de la Nasa et du Pentagone assurent l’essentiel du carnet de commandes des lanceurs américains. Ceci dit, certains clients institutionnels pourraient se réjouir de voir arriver un nouveau moyen d’accéder à l’espace. 

Blue Origin en cinq dates clés

  • Septembre 2000 : Création de Blue Origin par Jeff Bezos

  • Juillet 2021 :Premier vol de touristes dans l’espace à bord du New Shepard de Blue Origin

  • Octobre 2021 :Blue Origin dévoile son projet de station orbitale privée Orbital Reef

  • Avril 2022 : Amazon signe l’achat de 83 lancements, dont 12 avec sa fusée New Glenn, pour déployer sa constellation Kuiper

  • Mai 2023 : La Nasa sélectionne l’alunisseur Blue Moon de Blue Origin pour la mission Artemis V

  • Janvier 2025 : Premier vol du New Glenn

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3743 - Juin 2025

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