Hausse du prix des céréales, envolée des cours de l'alimentation animale, flambée des tarifs des engrais... Depuis le début de la guerre en Ukraine, le secteur agricole est l'un des plus directement touchés par les conséquences économiques du conflit. Face à cette augmentation générale des coûts, qui intervient après plusieurs mois de tensions liées à la reprise économique post-Covid, les acteurs de la filière n'avaient eu cesse de réclamer l'accompagnement du gouvernement. Mercredi 16 mars, ils semblent avoir été entendus. Le secteur agroalimentaire est l'un des principaux bénéficiaires du plan de résilience annoncé par le gouvernement.
Un seuil d'accès au bouclier énergétique trop élevé
Parmi les mesures qui concernent les industriels de l'alimentation : le dispositif d'aide aux entreprises consommatrices de gaz et d'électricité. Ce bouclier énergétique s'applique à toutes les entreprises dont les dépenses énergétiques représentent au moins 3% des charges, et dont les factures de gaz ou d'électricité ont augmenté d'au moins 40% depuis le début du conflit.
Des conditions trop restrictives, selon un porte-parole de l'Ania (Association nationale des industries de l'agroalimentaire) : « Nous sommes en train d'évaluer la situation des industriels, mais nous craignons que le seuil d'accès à ces mesures de protection ne soit trop haut », considère-t-il. L'association s'inquiète notamment pour les TPE et PME du secteur. « Elles représentent 98% du tissu industriel français et beaucoup pourraient être exclues de ce dispositif », insiste le représentant de l'Ania.

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Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Avec l'énergie comme deuxième poste de dépense, les sucriers font partie des professionnels susceptibles de bénéficier de la mesure, à l'image de Cristal Union. L’an dernier, le poste gaz et électricité a représenté environ 8% du chiffre d’affaires de groupe, propriétaire de la marque Daddy. « Compte tenu de la situation actuelle, on sait que dès la prochaine campagne (septembre 2022), l’énergie deviendra notre premier poste de dépenses », déplore un représentant du groupe.
Une aide pour les éleveurs attendue
Fléchée plus spécifiquement vers les éleveurs, victimes de la hausse du prix de l'alimentation animale, une enveloppe de 400 millions d'euros sera débloquée dans les jours à venir. Cette somme sera destinée aux producteurs de bétail « fortement dépendant d'achats d'aliments » a précisé le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie. Le détail de cette mesure n'a pas encore été communiqué. « Les soutiens directs et rapides pour compenser l'augmentation des coûts d'alimentation animale ou du prix du gaz ou de l'électricité étaient attendus par les agriculteurs », a immédiatement réagi la FNSEA, le principal syndicat agricole.
« Nous saluons particulièrement l'attention portée aux filières d'élevage, à la prise en charge partielle des surcoûts du gaz et de l'électricité et à la prise en compte des problèmes de trésorerie, à la fois pour les exploitations agricoles et les entreprises » confirme Dominique Chargé, président de la Coopération agricole.
Réouverture des négociations commerciales
Autre mesure largement saluée par les acteurs de l'agroalimentaire : la réouverture des négociations commerciales. Ces dernières, clôturées le 1er mars dernier sans que les conséquences économiques de la guerre en Ukraine n'aient pu être prises en compte, avait abouti à une hausse moyenne de 3% des tarifs. « Compte tenu de la modification substantielle des conditions économiques, les distributeurs doivent adapter les contrats les liant à de nombreux fournisseurs. De nouvelles négociations doivent ainsi être ouvertes sur la base d’un dialogue transparent et constructif entre les parties, avec la mise en œuvre des mécanismes d’indexation et de renégociation, ainsi que du cadrage des pénalités logistiques », a précisé le ministre.
Une première réunion entre tous les acteurs de la chaîne alimentaire est prévue vendredi 18 mars. A son issue, le cadre de ces nouvelles négociations devrait être précisé, notamment pour savoir si tous les produits seront concernés par les nouvelles discussions.
Cette mesure, qui avait été demandée par l'Ania et la Coopération agricole, a été accueillie positivement par les représentants des industriels. « Nous saluons également la volonté de rouvrir les négociations commerciales » félicite Dominique Chargé. Même son de cloche du côté de l'Ania. L'association des industriels appelle toutefois « à un esprit de solidarité et de responsabilité de tous les acteurs de la filière, en réponse notamment à l’application par les distributeurs de pénalités logistiques inacceptables pour les industriels ».
Sur le plus long terme, le gouvernement entend profiter du plan de résilience pour renforcer le plan protéine. Ce dernier, annoncé à l'hiver 2020, doit permettre de réduire la dépendance de la France aux importations de protéines végétales utilisées notamment dans l'alimentation animale. Un plan de « sécurisation des engrais » devrait être détaillé dans les jours à venir, a prévenu Julien Denormandie.



