Les sucriers traquent les dépenses d'énergie

Pour faire face à la crise du sucre qui touche le secteur depuis la fin des quotas, en 2017, Tereos et Cristal Union tentent de diminuer leur consommation d’énergie, deuxième poste de dépense derrière les matières premières.

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Avec sa centrale de cogénération à Villers-Faucon, Cristal Union devrait voir baisser sa facture énergétique.

Dans la plaine picarde, la cheminée en brique rouge de la sucrerie de Sainte-Émilie, à Villers-Faucon (Somme) se dresse encore. Pourtant, depuis 2018, l’infrastructure n’est plus en activité. Elle a été remplacée par une chaudière de cogénération. Le projet, d’une puissance totale de 150 mégawatts, a coûté plus de 40 millions d’euros à Cristal Union, le propriétaire de la structure, et a mis quatre ans à sortir de terre. Constituée de 2 000 tubes raccordés par dix kilomètres de soudures, l’installation récupère l’énergie des eaux chaudes émises par la sucrerie pour réchauffer le gaz et l’air servant à la combustion. La nouvelle structure est la dernière mise en place par le numéro deux du sucre en France. "Toutes nos chaufferies sont à base d’énergie propre, nous n’utilisons plus de fioul ni de charbon", s’enthousiasme Michel Mangion, le directeur responsabilité sociétale (RSE) du sucrier.

Accroître la compétitivité

Une tendance que l’on retrouve chez Tereos, le principal concurrent de Cristal Union et numéro deux mondial du secteur. En 2020, la coopérative nordiste inaugurera deux nouvelles chaudières à haute pression à Lillers (Pas-de-Calais) et lancera le processus de conversion du site d’Escaudœuvres (Nord). Cette révolution, certes écologique, est avant tout économique. Acculés par la chute des cours du sucre, dont les tarifs ont chuté de 60 % depuis la fin des quotas européens en 2017, Tereos et Cristal Union, les deux principaux acteurs français du secteur, se sont lancés, depuis les années 2010 dans une chasse aux coûts. Avec pour objectif de gagner en compétitivité face à la concurrence étrangère, notamment brésilienne et indienne. "L’énergie est, derrière la matière première, le deuxième poste de dépenses de cette industrie", souligne Rémi Aubry, le responsable du pôle Process industriels et environnement du Syndicat national des fabricants de sucre (SNFS). Le bilan carbone des industries sucrières montre que 65 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la transformation industrielle.

Pas étonnant, dès lors, que la recherche de performance économique se traduise par une amélioration de l’empreinte écologique. "Le gaz que nous utilisons désormais est trois fois moins polluant que le carburant fossile", précise Michel Mangion. Cristal Union, qui a déjà réduit sa facture énergétique de 9 %, s’est fixé pour objectif de diminuer de plus de 30 % ses émissions d’ici à la fin de l’année. Un objectif que l’entreprise compte atteindre en s’appuyant sur des outils de modélisation et de comparaison des usines entre elles. "L’efficacité énergétique est ­pilotée en interne, ce qui permet de comparer les performances des sites et d’identifier une liste d’investissements prioritaires", assure le directeur RSE. En 2018, Tereos a émis 2,69 millions de tonnes de CO2 contre 2,9 millions en 2017. Un résultat que la coopérative ne doit pas seulement à l’abandon du fioul, mais aussi aux différentes initiatives qu’elle teste dans ses sucreries, à l’image de celle de Lillebonne (Seine-Maritime) où, depuis 2015, les deux tiers de la vapeur utilisée comme source d’énergie ne sont plus issus de gaz naturel, mais des déchets ménagers de 130 communes environnantes. Grâce à ce projet, le groupe a réduit ses émissions annuelles de CO2 de 84 000 tonnes.

Réduire les besoins en eau

Le pistage des coûts ne se limite pas à l’énergie. Il passe également par une réduction de la consommation d’eau. Cristal Union prévoit de réduire d’environ 55 % sa consommation d’ici à la fin de l’année. Pour atteindre cet objectif, l’entreprise a mis au point un procédé pour isoler l’eau très pure contenue dans les betteraves, la stocker dans des bassins dédiés et l’utiliser durant la campagne. Résultat, elle a déjà réussi à diminuer de 51 % sa consommation et a mis fin, à Sainte-Émilie, aux prélèvements dans la nappe phréatique. "Notre objectif pour 2020 est d’être entièrement autonome dans toutes nos usines", souligne Michel Mangion.

De son côté, Tereos mise sur de nouveaux équipements moins gourmands en liquide, à l’image du lavoir du site de Connantre (Marne), qui sera opérationnel en 2021 et nécessitera deux fois moins d’eau que l’équipement existant. De quoi permettre au groupe de diminuer ses besoins en provenance des forages, qui représentent actuellement 9 % des approvisionnements.

Reste la question de l’amont agricole. Selon les informations diffusées par Tereos dans son rapport RSE 2018-2019, 20 % des émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise seraient dus à la production de la matière première. Sur le sujet, les sucriers restent timides. Si Tereos et Cristal Union ont rejoint la plate-forme SAI (pour Sustainable agriculture initiative), dont l’objectif est de promouvoir des pratiques agricoles durables sur l’ensemble de la filière, les engagements concrets pour réduire l’utilisation d’engrais ou d’intrants restent rares et le sucre bio n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les premiers kilos, produits par les agriculteurs de Tereos, devraient arriver sur le marché en 2020. À l’heure actuelle, à peine 200 hectares sont cultivés sans pesticides de synthèse.

 Le biocarburant,   nouvel eldorado des betteraviers 

La transition écologique des betteraviers passe également par la recherche de nouveaux débouchés. Parmi les solutions explorées par les sucriers : l’éthanol. Ce carburant, qui "économise plus de 50 % de CO2 par rapport à l’essence fossile, en analyse de cycle de vie", selon les représentants de la filière, est obtenu par extraction du saccharose contenu dans les betteraves, qui est ensuite fermenté et distillé. Boostés par la directive européenne Red II, qui fixe l’objectif de 14 % d’énergies renouvelables dans les transports à l’horizon 2030 sans plafond pour les biocarburants de première génération, les sucriers adaptent petit à petit leurs structures pour faire face à la nouvelle demande. Cristal Union dispose de six distilleries de dernière génération, à peine moins que Tereos, qui compte huit structures sur le territoire français. À l’heure actuelle, 24 % des betteraves de l’Hexagone sont transformées en biocarburant.

 

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