Les producteurs d'engrais cherchent des alternatives au gaz russe

Face à la hausse du prix du gaz, et à l'éventualité d'un embargo sur le gaz russe en rétorsion de l'offensive en Ukraine, les producteurs d'engrais français cherchent des alternatives. Parmi les pistes envisagées : l'optimisation de l'application des produits, la recherche de nouveaux pays partenaires et le développement de nouvelles sources d'énergie.

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epandage d'engrais
L'Union européenne dépendante des engrais russes

Dans les allées du salon de l'agriculture, à la fin du mois de février, plus que le prix des céréales, c'était celui des engrais qui inquiétait déjà les agriculteurs. Bien que leur application pour la campagne 2022 soit quasiment terminée, c'est en pensant à la future saison 2023 que les producteurs s'alarmaient. En tête des préoccupations, l'envolée des prix. Entre octobre et décembre, celui des solutions azotées est, par exemple, passé de 600 à 800 euros la tonne, alors que celui de la potasse a flambé de +68%. 

Deux semaines plus tard, les craintes des agriculteurs se confirment. La Russie, premier pays exportateur d'engrais azotés et deuxième d'engrais potassiques et de phosphore, selon les données de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), a demandé à ses industriels de ne plus exporter leurs engrais. Pour faire face à la situation, les producteurs français d'engrais cherchent des alternatives.

Diversifier les sources d'approvisionnement

Parmi les solutions évoquées,  la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement, notamment en gaz. Cette énergie représente entre 80 et 90% du coût de production de l'ammoniaque. «Et c'est cette substance qui nous sert à produire les engrais », explique Nicolas Broutin, PDG de Yara France. Face à l'envolée du cours du gaz, le dirigeant a d'ailleurs pris la décision de fermer temporairement deux de ses sites de production européens, au Havre (Seine-Maritime) et à Ferrara (Italie). Cette décision est expliquée par la volatilité du marché. «Nos usines d'engrais continuent à produire à partir d'ammoniac acheté sur le marché international, car la hausse des coûts ne s'y est pas encore répercutée » explique le dirigeant.

Sans citer de pays, la filière appelle donc à regarder vers les autres producteurs de gaz. L'Algérie et les Etats-Unis arrivent en tête des sources possibles. Pour la potasse, autre engrais essentiel, dont plus de 40% de la production sur le marché vient de Biélorussie, les regards se tournent vers le Canada, Israël ou encore la Jordanie. «Mais ces changements de fournisseurs ont un coût et ne pourront que difficilement supplémenter l'offre russe et biélorusse », note Michel Portier, directeur du cabinet de conseil Agritel.

D'où la nécessité pour les dirigeants de Yara de tenter de se passer de gaz. L'industriel norvégien, qui réalise 900 millions d'euros de chiffre d'affaires en France, travaille au remplacement de cette énergie fossile par de l'hydrogène. Trois projets sont en cours de construction en Australie, aux Pays-Bas et en Norvège. «D'ici à 2030, 30% de notre production mondiale sera réalisée à partir d'hydrogène» précise Nicolas Broutin.

Optimiser les pratiques agricoles

En parallèle, l'industrie des fertilisants se penche sur l'optimisation des utilisations et de l'application. «Face à la crise ukrainienne, notre filière travaille à des solutions concrètes, notamment sur l’optimisation des plannings de livraisons », explique Florence Nys, déléguée générale de l’Unifa (Union des industries de la fertilisation).

L'objectif de cette rationalisation est d'éviter les pertes et de concentrer les livraisons vers les secteurs les plus en demande. Dans le même esprit, Yara appelle à une optimisation des pratiques. Pour cela, l'entreprise tente de pousser à l'adoption d'outils d'aide à la décision. « En France, entre 10 et 15% des exploitations agricoles seulement font l'objet d'un pilotage », déplore Nicolas Broutin. «Or, cela permet de faire un diagnostic précis de l'état de la culture et ainsi d'adapter les doses d'engrais appliqué. A terme, il y a là une poche d'économie de près de 10% », affirme le dirigeant.

Une autre économie de 10% pourrait être réalisée en substituant à l'urée, un engrais obtenu à 46% à partir d'azote, des substances plus efficaces comme les nitrates. « L'inconvénient de l'urée est qu'il y a des grosses pertes par volatilisation », explique Nicolas Broutin. Actuellement, en Europe, l'urée représente 20% des fertilisants utilisés. 

Changer les pratiques

Du côté de la FNSEA, deux autres options sont mises sur la table: la meilleure valorisation des engrais organiques disponibles sur le territoire et l'intensification des projets de méthanisation. Ces deux solutions font toutefois face à une contrainte géographique : les élevages étant majoritairement situés dans l'Ouest de la France et les cultures gourmandes en engrais dans le centre et le Nord... D'autres syndicats agricoles préconisent l'adoption progressive de cultures moins gourmandes en azote, telles les légumineuses. Ces différentes solutions ont fait l'objet de discussions avec les pouvoirs publics, assurent plusieurs acteurs du secteur. La filière attend désormais l'annonce du plan de résilience, attendue ce mercredi 16 mars après-midi, pour savoir à quoi s'en tenir. 

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