Les industriels des engrais fustigent le projet de décret sur le stockage des ammonitrates

Une consultation publique, lancée par le ministère de la Transition écologique en janvier, provoque la colère des industriels du secteur. Elle porte sur les conditions de stockage des ammonitrates.

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Ammonitrates
Les conditions de stock des ammonitrates font l'objet d'une consultation publique.

Depuis quelques années, les ammonitrates font la une de l'actualité à leurs dépens. Dans l'usine AZF en 2001, puis dans le port de Beyrouth en 2020, ces engrais azotés sont à l'origine d'explosions destructrices. Ces événements ont amené le gouvernement à dépêcher une mission interministérielle pour évaluer leurs conditions de stockage. Dans ce cadre, un projet de décret est présenté en consultation publique depuis la fin du mois de janvier. Parmi les mesures proposées : la limitation stocks autorisés.

Pour l'heure, la législation autorise le stock de 250 tonnes d'ammonitrates en vrac et de 500 tonnes en big bags de 600 kilos. Le nouveau texte entend limiter le stock à 150 tonnes, tous conditionnements confondus. « Ces prescriptions doivent prévenir les risques liés à la gestion des engrais à base de nitrate d’ammonium » précise un porte-parole du ministère de la Transition écologique. Ces nouveaux critères de stockage visent notamment à réduire les risques de contamination avec des matières combustibles et à protéger les stockages des risques de propagation d’incendie.

Vers une augmentation des importations ?

En France, premier pays consommateur européen d'ammonitrates, entre un et dix départs de feu causés par les ammonitrates sont constatés chaque année, notamment à cause de conditions de stockage non-conformes. A titre d'exemple, l'Agence régionale des industries alimentaires (Aria) d'Ile-de-France a mené une trentaine de contrôles au cours de l'année 2020 et constaté « dans environ un tiers des sites, des situations préoccupantes ». Parmi elles : le non-respect des distances de sécurité avec des produits abrasifs ou encore le mauvais entretien des stocks. 

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Pour les producteurs d'engrais d'ammonitrates, au premier rang duquel le géant norvégien Yara, ces possibles nouvelles mesures font peser un risque sur l'approvisionnement de la filière agricole. « Nous produisons chaque année 800 0000 tonnes d'engrais azotés en France. Avec le décret, cela ferait chuter notre production de 300 000 tonnes » précise Nicolas Broutin, président de Yara France.

L'industriel, qui possède trois sites de production en France, craint que les coopératives et les négoces agricoles ne se rabattent sur des produits importés tels que les engrais uréiques et les engrais bas dosage, faute de pouvoir stocker des ammonitrates pendant la saison morte. Or, ces produits ne sont pas fabriqués en France. « Nous sommes sur le point de mettre sur le marché un engrais 100% décarboné, fabriqué à partir d'hydrogène obtenu par électrolyse de l'eau et le gouvernement veut faire adopter un texte qui va favoriser les importations, c'est incohérent » s'emporte Nicolas Broutin.

Soutien des syndicats agricoles

L'industriel fustige notamment la mise en place d'un seuil identique pour les ammonitrates vendus en vrac et en big bags. Ces derniers permettent une meilleure protection du matériel et un moindre contact avec les autres produits combustibles selon les industriels. « Depuis les années 2010, nous menons une politique d'incitation auprès des distributeurs pour qu'ils achètent des sacs de 600 kilos plutôt que du vrac. Aujourd'hui, on nous indique que cela sera désormais la même chose, cela ne fait aucun sens », lâche le dirigeant. En 2021, Yara a commercialisé 80% de ses ammonitrates en big bags et 20% en vrac.

Dans leur combat, les industriels ont reçu le soutien de la FNSEA, le principal syndicat agricole. « Rien que sur le plan logistique, 30 à 50% des sites de stockage de proximité pourraient fermer (...) Répondre à cette nouvelle législation nécessitera des investissements supplémentaires conséquents évalués entre 80 et 120.000 euros par exploitation agricole » alerte le syndicat dans un communiqué. S'il est adopté, le décret prévoit que ces règles s'appliqueront aux installations déclarées après le 1er août 2022, mais aussi aux installations existant avant cette date, selon un calendrier échelonné entre six mois et trois ans et demi selon les dispositions considérées. 

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