Face à la crise ukrainienne, les céréaliers français veulent pouvoir produire davantage

Au Salon de l'agriculture, les céréaliers ne cachent pas leur inquiétude face à la situation en Ukraine. Au delà de la hausse du cours des céréales, ces derniers demandent à pouvoir produire davantage pour compenser l'arrêt des exportations du «grenier à grain de l'Europe.»

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La coopérative Invivo a mis à l'arrêt sa malterie en Ukraine.

L'intervention de Thierry Blandinières au Salon de l'agriculture devait porter sur le nouveau label bas carbone d'InVivo, la coopérative agricole française qu'il dirige. En tout cas, sur le papier. Une fois dans la salle de conférence, difficile de ne pas évoquer la situation en Ukraine, où le groupe, depuis son rachat de Soufflet en début d'année, possède une malterie et une activité de céréales. « Aujourd'hui, tous nos sites sont à l'arrêt. Nous avons également coupé le service informatique », annonce Thierry Blandinières. 

L'activité ukrainienne représente 25% de la branche Soufflet céréales qui réalise, elle-même, 20% des 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires d'InVivo. « Pour le moment, nous sommes dans une position d'attente et nous nous tenons prêts à redémarrer dès que possible pour livrer le marché ukrainien», ajoute le responsable.

Des effets sur les prix

A l'image d'InVivo, la guerre en Ukraine est dans l'esprit de tous les céréaliers français. « J'ai l'impression d'être en total décalage. Ici, c'est le salon des retrouvailles, mais nos esprits sont tournés vers la guerre en Ukraine», abonde Eric Thirouin, président de l'AGPB (Association générale des producteurs de blé et autres céréales). Il faut dire qu'avec 20 millions de tonnes de blé exportées chaque année, l'Ukraine est un acteur majeur du secteur. « L'arrêt de la production en Ukraine aura, sans aucun doute, un effet considérable sur l'offre et la demande », commente Thierry Blandinières. Le 2 mars, le prix du blé est d'ailleurs monté à 380 euros la tonne, contre 340 euros vendredi dernier. « Si rien n'est fait, cela pourrait atteindre les 450 à 500 euros la tonne », prévient le dirigeant.

Augmenter la production européenne

Pour faire face à cette situation, les céréaliers européens demandent à pouvoir produire plus. « Une augmentation de 10 à 20% de la production européenne permettrait de stabiliser les effets de la guerre sur l'offre et la demande et ainsi d'éviter l'inflation », explique InVivo. Dans la ligne de mire des céréaliers européens : la nouvelle politique agricole commune Farm to Fork qui, dès les semis de cet été, imposera 4% de jachères sur les terres cultivables. « Un moratoire sur la nouvelle PAC est indispensable », plaide Eric Thirouin.

La production supplémentaire européenne devrait permettre de servir notamment les pays du Maghreb qui, depuis quelques années, importaient leur blé principalement d'Ukraine. « Il n'y a pas de risque de pénurie en France. Nous exportons plus de la moitié de notre production et sommes le cinquième exportateur mondial. Mais avec les tarifs qui explosent, certains pays pourraient avoir des difficultés d'approvisionnement », avertit le responsable de l'AGPB.

Par ailleurs, les céréaliers expliquent travailler auprès des agriculteurs pour mobiliser l'ensemble des terres disponibles, notamment celles mises en jachère de manière volontaire dans des terrains jusqu'alors jugés peu rentables. 

Tensions sur les engrais

Les céréaliers demandent l'activation d'un autre levier pour les protéger : celui des importations d'engrais. Comme le rappelle Eric Thirouin, l'Union européenne importe 37% des engrais azotés et 54% de potasse de Russie, Biélorussie et d'Ukraine. « Depuis le début de la guerre, les cours de ces produits ont explosé. Ils augmentent à un rythme encore plus rapide que celui du cours des céréales. C'est pourquoi nous demandons que leur tarif soit, temporairement, capé pour les agriculteurs européens », argumente Thierry Blandinières. 

L'AGPB de son côté réclame l'ouverture de négociations avec les autres pays producteurs d'engrais, parmi lesquels le Maroc, l'Algérie et l'Egypte. « Pour résister aux pressions, nous devons nous rapprocher des pays qui ont les moyens d'augmenter leurs capacités de production », explicite Eric Thirouin. 

Un conseil extraordinaire des ministres de l'Agriculture européens était programmée le 2 mars. A son issue, Janusz Wojciechowski, le commissaire européen à l'Agriculture, a estimé que la priorité était de « garantir la sécurité alimentaire de l'Europe et libérer le potentiel de production ». Si la référence à la politique Farm to Fork a été comprise de tous, la nouvelle PAC n'a toutefois pas été clairement évoquée par le commissaire européen. Un nouveau point sur la situation agricole est prévu le 8 mars. 

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