Le marché du riz se relève. En 2025, «les échanges mondiaux devraient progresser de 1,5% pour atteindre le niveau historique de 60 millions de tonnes (…) représentant, pour la première fois, 11% de la production mondiale», souligne Patricio Méndez del Villar, chercheur au Cirad (le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), dans sa dernière note pour l’observatoire Osiriz, parue mi-mars. Le riz a beau être l’une des céréales les plus consommées au monde, elle est traditionnellement moins échangée que les autres. En comparaison, 25% de la production mondiale de blé se retrouve habituellement sur les marchés.
La sécurité alimentaire des pays producteurs prime toujours...
Le riz est d’abord consommé localement chez les principaux pays producteurs, la Chine et l’Inde, qui assurent la moitié de la production mondiale. Le pays de Narendra Modi est d’ailleurs en passe de s’imposer comme premier producteur mondial, détrônant la Chine. Plus qu’une commodité, cette céréale est le fondement de la sécurité alimentaire de ces pays. Voilà pourquoi le marché est «peu transparent, peu fluide, peu standardisé, liste Jean-Pierre Brun, courtier chez Marius Brun & Fils. Il y a beaucoup d’ingérence politique, que ce soit via des droits de douane, des restrictions à l’exportation ou des subventions côté production ou consommation.» Il n’y a pas non plus de marché à terme au niveau mondial. En Europe – un petit marché –, les échanges se font de gré à gré entre importateurs et producteurs.
Le marché mondial est d’abord soumis aux tribulations politiques. L’Inde, par exemple, a restreint ses exportations entre septembre 2022 et septembre 2024. Cette décision, liée notamment à la nécessité de tenir le prix du riz à l’approche des élections générales, a provoqué une flambée des prix sur le marché mondial alors que le pays est aussi le premier exportateur mondial. La fin des restrictions, combinée à de bonnes nouvelles sur la production mondiale, a depuis fait chuter les cours.
Osiriz Indice des prix par l'observatoire Osiriz (source : Osiriz)

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
... Mais le développement d'une diplomatie du riz permet d'éviter le pire
Mais la flambée des cours a ravivé le spectre de 2008, lors de la crise alimentaire mondiale, où les pays producteurs de riz avaient multiplié les restrictions au commerce. Il faut dire que l’Inde et la Chine concentrent aussi les trois quarts des stocks mondiaux. «Le contexte géopolitique actuel est très particulier, considère Patricio Méndez del Villar. En 2008, l’Inde avait mis en place des restrictions aux exportations qu’elle a appliquées scrupuleusement.Aujourd’hui, en tant que membre des BRICS, l’Inde conduit une diplomatie du riz. Malgré les mesures de restrictions prises ces deux dernières années, les Indiens ont fait des exceptions pour les pays du Sud.»
Le chercheur estime qu’en 2024, 3 millions de tonnes de riz non basmati blanchi, concerné par l’interdiction à l’exportation, sont sorties du pays par le biais de contrats «G to G», de gouvernement à gouvernement. Cette nouveauté a permis aux pays d'Afrique subsaharienne et à certains pays d’Asie du Sud-Est comme les Philippines, très dépendants dans leurs approvisionnements en riz, d'éviter le pire.
À l'inverse de l'Inde, la Chine conserve jalousement ses stocks
Cette diplomatie du riz n’est toutefois pas pratiquée par la Chine, alors que l’Empire de Xi Jinping possède autour de la moitié des 200 millions de tonnes de stocks mondiaux. Elle les conserve jalousement pour elle, ce qui constitue un facteur de vulnérabilité en cas de crise. «À mon sens, la situation est pire qu’en 2008, estime aussi Bertrand Mazel, président des riziculteurs de France. Nous sommes plus de huit milliards d’habitants, nous avons un peu plus de quatre mois de stocks : au moindre conflit ou incident climatique majeur, la situation deviendra critique. La moindre spéculation enflamme le marché.» Le risque d'emballement est aussi lié au fait que le marché est très concentré : les trois principaux exportateurs, l’Inde, la Thaïlande et le Vietnam (dans cet ordre), réalisent plus de la moitié du commerce mondial.
Un ensemble de fragilités qui questionnent dans un monde où la géopolitique est crispée et où l’arme alimentaire a été utilisée dans le cadre du conflit en Ukraine. Jean-Pierre Brun nuance toutefois l'analyse. Car il n’y a pas un marché du riz, cette denrée étant finalement beaucoup moins standardisée que les autres céréales, mais une multitude de marchés selon les différentes variétés, dont les fluctuations sont indépendantes les unes des autres. «Tous les cours ne bougent pas en même temps, résume-t-il. Mais il y a globalement une volatilité plus importante que dans la période antérieure à 2008».



