Entretien

«Il y a une vraie dépendance des industries agroalimentaires à l'huile de tournesol ukrainienne», pour Nathan Cordier d'Agritel

La Russie et l'Ukraine sont deux des plus gros producteurs mondiaux de céréales. La guerre en cours déstabilise fortement les cours du blé, du maïs et de l'huile de tournesol. Nathan Cordier, responsable de l'analyse des marchés pour Agritel, revient sur les principaux risques pour l'Europe.

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Nathan Cordier, responsable de l'analyse des marchés pour Agritel, met en avant la dépendance de l'industrie européenne à l'huile de tournesol ukrainienne.

L'Usine Nouvelle. - Quelle est la situation sur les marchés des céréales, après l'attaque de la Russie en Ukraine ?

Nathan Cordier.- La situation est inédite. Après une journée de forte hausse le 24 février, les marchés opèrent des corrections, mais il plane encore beaucoup d'incertitudes. Les principales interrogations pour les céréales dans cette région concernent le blocage de la Mer noire et sur l'impact de la guerre sur la logistique des céréaliers en Ukraine. Il faut savoir qu'il reste encore beaucoup de céréales à sortir d'Ukraine et de Russie. Pour le blé, on parle respectivement de 6 et 8 millions de tonnes qui n’ont pas encore été exportées.

Il est aujourd'hui difficile de faire des prévisions, tant que la situation sur le terrain ne se stabilise pas. En parallèle, les sanctions annoncées par les différents pays occidentaux pourraient également avoir des forts impacts sur les marchés. En se coupant des importations russes et si l'opération russe réussit en Ukraine, l'Europe court le risque d'une pénurie.

Quelles sont les céréales sur lesquelles l'Europe s'expose le plus ?

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Beaucoup de pays, comme l'Espagne, les Pays-Bas et la Belgique importent du maïs ukrainien, notamment pour l'alimentation animale. Il y aura donc des tensions sur ce sujet, mais la vraie préoccupation concerne l'huile de tournesol. A l'heure actuelle, l'Ukraine représente 50% des parts de marché de ce produit. Si l'on ajoute la Russie, c'est 80% des parts de marché. Il y a donc une vraie dépendance des industries agroalimentaires européennes à ces importations, et un danger de pénurie. La situation est d'autant plus préoccupante que les unités de trituration sont à l'arrêt en Ukraine. Des solutions de report sur l'huile de colza ou l'huile de palme peuvent être envisagées, mais ces marchés sont également déjà en tension. Il y a donc très peu de place pour des solutions de substitutions.

D'autres marchés agricoles sont-ils directement touchés par la crise en Ukraine ?

Oui, celui des engrais. Le marché est tellement tendu que les cotations ont été arrêtées il y a plusieurs jours déjà. Sur ce marché, la Russie est prépondérante à deux niveaux : d'une part avec les ammonitrates qui sont importés directement de Russie. Mais cette industrie est également dépendante du gaz naturel russe utilisé pour fixer l'azote de l'air. Il y a donc une double peine pour ce secteur.

Au final, la situation sur le marché des céréales n'est profitable à personne. Certes, les cours du blé s'envolent, ce qui pour certains pourrait être analysé comme une opportunité pour les producteurs européens. Mais leurs coûts de production explosent également. Il en est de même pour les éleveurs, qui vont voir l'alimentation animale augmenter encore plus fortement. Les industriels de l'agroalimentaire vont, eux, être confrontés à la hausse du prix de certains ingrédients.

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