« Les temps tragiques reviennent. La guerre est là, sur notre sol », a déploré Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse, à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie jeudi 24 février. Face aux opérations militaires commanditées par le président Vladimir Poutine, qui ont déjà causé la mort de 137 Ukrainiens et blessé 316 autres, de nombreux pays occidentaux ont décidé de durcir leurs sanctions à l'encontre de Moscou. Tour d'horizon des principales mesures décidées par les différentes régions.
Union européenne
Réunis en urgence lors d'un sommet à Bruxelles jeudi soir, les 27 pays membres de l'Union européenne se sont accordés pour mettre en place « des sanctions massives et douloureuses à l'égard du régime russe », selon les mots du président du Conseil européen Charles Michel. Celles-ci concernent plusieurs secteurs clés, tels que la finance, l'énergie, les transports, les visas ou les nouvelles technologies. Dans le détail, l'UE a notamment décidé d'interdire les exportations vers la Russie des avions, pièces de rechange et équipements de l'industrie aéronautique et spatiale, ainsi que des équipements permettant de moderniser ses raffineries de pétrole. Les exportations de composants électroniques, logiciels, et autres « technologies cruciales », seront également limitées.
Par ailleurs, les pays membres vont entraver l'accès de la Russie aux marchés de capitaux européens, en précisant que « 70% du marché bancaire russe » est désormais ciblé. Les banques de l'UE ne pourront plus accepter des dépôts de citoyens russes de plus de 100 000 euros et plusieurs entreprises étatiques se verront bloquer l'accès aux financements européens. « Notre objectif est de faire plier l'économie russe [...] Nous allons assécher ses financements », a résumé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

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Néanmoins, les 27 refusent pour l'instant d'exclure la Russie du réseau interbancaire Swift, qui permet de recevoir ou d'émettre des paiements aux quatre coins de la planète. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait réclamé cette mesure, arguant que 300 banques et institutions russes l'utilisent quotidiennement. Plusieurs Etats de l'Union, surtout ceux qui dépendent fortement du gaz russe, ont cependant préféré garder cette option sur la table pour un éventuel nouveau train de sanctions.
Certains individus évoluant dans les cercles du pouvoir russe recevront des sanctions personnelles, comme un gel des avoirs ou une interdiction de séjourner en Europe. « L'impact sera maximum sur l'élite politique [...] Les dirigeants russes devront faire face à un isolement sans précédent », a assuré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette dernière a enfin indiqué que le Bélarus, accusé d'être impliqué dans les opérations militaires, sera lui aussi frappé de sanctions supplémentaires.
Etats-Unis
Décidé à faire de Vladimir Poutine un « paria » sur la scène internationale, le président des Etats-Unis Joe Biden a dévoilé des représailles économiques « qui dépassent tout ce qui a jamais été fait ». Lors d'un discours prononcé à la Maison Blanche, celui-ci a notamment annoncé que quatre banques russes supplémentaires, parmi lesquelles les deux plus importantes du pays (Sberbank et VTB Bank) seraient sanctionnées et que plus de la moitié des importations technologiques de la Russie seraient bloquées. Le secteur des hydrocarbures, l'un des piliers de l'économie russe, n'est pour l'instant pas ciblé.
Parallèlement, 13 grandes entreprises du pays (comprenant le géant de l'énergie Gazprom) ne pourront plus lever d'argent sur les marchés financiers occidentaux. Tout comme l'Union européenne, le gouvernement américain a également allongé la liste des personnalités russes visées par des sanctions, en incluant par ailleurs 24 personnes et organisations bélarusses. Joe Biden a néanmoins rappelé qu'il était inenvisageable d'envoyer des soldats en Ukraine, qui n'est pas membre de l'Otan.
Royaume-Uni
Le Premier ministre Boris Johnson a annoncé jeudi soir vouloir « exclure totalement les banques russes du secteur financier britannique ». Cinq banques ont déjà été sanctionnées mardi. C'est au tour du géant VTB Bank de voir ses actifs gelés sur le territoire. Les entreprises russes, qu'elles soient privées ou publiques, ne pourront plus lever de fonds au Royaume-Uni, et l'argent que les Russes peuvent détenir sur leurs comptes bancaires britanniques sera limité. Les exportations technologies seront également réduites, et cinq nouveaux noms rejoindront la liste des oligarques pénalisés. Enfin, la compagnie aérienne russe Aeroflot, membre de l'alliance internationale SkyTeam avec Air France-KLM, ne pourra plus desservir le Royaume-Uni.
Japon, Canada, Australie, Suisse
Le Premier ministre du Japon Fumio Kishida a lui aussi annoncé des sanctions visant les institutions financières russes et plusieurs oligarques du pays. Le pays, important producteur de semi-conducteurs, va également réduire ses exportations technologiques, dans un contexte de grave pénurie.
Le Canada a de son côté suspendu les permis d'exportation vers la Russie, pour une valeur de plus de 700 millions de dollars canadiens (487 millions d'euros) en ciblant spécifiquement des entreprises du secteur aérospatial, minier et des technologies de l'information. Le Premier ministre Justin Trudeau a par ailleurs indiqué que 58 organisations et personnalités russes, parmi lesquels plusieurs ministres, seraient sanctionnées.
L'Australie a dévoilé des mesures similaires, tout en reprochant à la Chine d'être « la bouée de sauvetage » de la Russie. Loin de condamner l'invasion de l'Ukraine, Pékin a en effet jugé « raisonnables » les inquiétudes avancées par le Kremlin en matière de sécurité, et a même facilité les importations de blé russe.
Fidèle à sa neutralité, la Suisse a décidé de ne pas s'aligner sur les sanctions internationales, mais a choisi une voie intermédiaire, qui empêchera la Russie de contourner les représailles des pays occidentaux. Les intermédiaires financiers du pays ne sont plus autorisés à nouer de nouvelles relations d'affaires avec certaines entreprises ou personnalités russes. Les relations qui existaient déjà avant le début du conflit sont néanmoins acceptées.



