Analyse

Le rachat d’Osram par AMS arrive au plus mauvais moment, estime un analyste

Le spécialiste autrichien des capteurs AMS vient de boucler son augmentation de capital de 1,65 milliard d’euros. De quoi financer en partie l’acquisition d’Osram. Une opération jugée stratégique par la direction mais qui arrive au plus mauvais moment selon un analyste financier.

 

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AMS Capteur de luminosité
Capteur de luminosité, l'une des spécialités d'AMS

Le spécialiste autrichien des capteurs à semi-conducteurs AMS annonce avoir bouclé avec succès son augmentation de capital de 1,65 milliard d’euros. De quoi financer en partie le rachat d’Osram, une ancienne filiale de Siemens spécialisée dans l’éclairage automobile, les LED et autres composants photoniques. Une opération présentée par la direction comme stratégique pour se diversifier, au-delà du marché des mobiles, dans l’automobile et l’industrie où Osram est fortement présent, et sortir de sa dépendance vis-à-vis du client Apple.

Pas d'enthousiasme des investisseurs

Mais l’acquisition, remportée au forceps face à plusieurs fonds d’investissement, ne suscite pas l’enthousiasme de tous les investisseurs. Certains la jugent trop chère au point de mettre en danger les finances d’AMS. D’autres la considèrent comme inopportune compte tenu du contexte économique actuel et des menaces que fait peser la crise du Covid-19. C’est le cas de l’analyste financier au pseudonyme « Shareholdersunite ». Dans une note publiée sur le blog boursier Seeking Alpha, il voit cette opération se conclure au plus mauvais moment.

" AMS est une belle entreprise qui vient de connaître une excellente année 2019, mais son acquisition d'Osram, qui n'a pas suscité l'enthousiasme de tous, est arrivée exactement au mauvais moment, écrit-il. Les actionnaires en ont déjà payé le prix fort. "

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L’entreprise se targue d’avoir clôturé 2019 avec un chiffre d’affaires en bond de 32% à 2,09 milliards de dollars, ce qui en fait le quatrième fabricant européen de puces derrière le franco-italien STMicroelectronics, le néerlandais NXP et l’allemand Infineon Technologies selon L'Usine Nouvelle. Elle est l’un des fournisseurs clés d’Apple, lui livrant notamment deux composants essentiels de ses iPhone : le capteur de luminosité ambiante et le projecteur infrarouge à points de la caméra 3D. Les mobiles représentent 70 % de son revenu et Apple 40 % selon Stéphane Houri, analyste financier chez Oddo-BHF. C’est de cette double dépendance que sa direction veut sortir avec le rachat d’Osram.

Sombres perspectives pour Osram

L’analyste financier partage ces motivations. Mais il trouve le prix de 4,4 milliards d’euros payé exorbitant pour Osram, une société qu’il voit en déclin, peu rentable et croulant sous une dette nette de 2,3 milliards d’euros. Et avec l’effondrement des ventes de voitures du fait de la crise du Covid-19, il lui prédit de sombres perspectives. " Les fournisseurs du marché automobile comme Osram vont subir des conséquences importantes, cela semble certain, prévient-il. Et ce n'est pas seulement son segment automobile qui en souffrira. Son segment numérique risque de ne pas sortir complètement indemne non plus, alors que la moitié de son segment dans les semi-conducteurs est captée par les deux autres segments. "

Il pointe le risque de surendettement. Avec l’acquisition d’Osram, AMS se trouvera écrasé par un endettement de plus de 6,7 milliards d’euros. L’augmentation de capital vise à le diminuer à environ 5 milliards d’euros, mais il restera conséquent, équivalent à deux fois la capitalisation boursière actuelle de l’entreprise. Mais selon l’analyste, l’objectif de la direction de ramener le ratio endettement net/EBITDA de plus de 3 lors de la finalisation de la transaction à moins de 2 en 2021 lui semble difficilement atteignable.

Projections de résultats difficiles à tenir

La direction a tenté de rassurer les marchés financiers en confirmant, le 13 mars 2020, ses projections initiales de chiffre d’affaires pour le premier trimestre. Mais compte tenu de l’exacerbation de la pandémie du coronavirus, l’analyste financier doute que cela soit possible.

" L’entreprise entrave son avenir par une dilution des actionnaires et une dette massives, estime-t-il. Bien que nous ayons une certaine sympathie pour la direction, car quelque chose comme une épidémie de coronavirus était impossible à prévoir, elle a surpris l'entreprise au mauvais moment. Il n'est pas surprenant que le cours de l'action en Bouse ait chuté de 50 à 10 euros. Le souvenir de la très bonne année 2019 s'estompe rapidement. Ce qui se profile ressemble à plusieurs années de raclage d'argent pour payer les intérêts et le désendettement. "

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