Le projet d'implantation de Total sera installé... mais à côté de Polytechnique

[ACTUALISÉ] Le conseil d’administration de Polytechnique a validé le 25 juin le projet d’implantation de Total, non pas sur le campus de l'école, mais sur le futur parc d'activités d'innovation porté par l'établissement public d'aménagement Paris-Saclay. Les étudiants opposés au projet avaient de leur côté fait mener une étude juridique sur le partenariat pointant "plusieurs risques et méconnaissances du droit", mais contestée par Total.

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Campus Polytechnique Saclay
Le campus de Polytechnique, à Palaiseau (Essonne).

L’heure de vérité a sonné pour l’implantation de Total sur le campus de Polytechnique (Essonne). Le projet, initié en 2018 et contesté par une partie des étudiants depuis plusieurs mois, a finalement été voté lors d’un conseil d’administration de l’école ce jeudi 25 juin. Mais si l'École polytechnique a donné son accord pour l'installation d'un nouveau centre d'innovation et de recherche de Total, il ne figurera pas sur le campus de l'école d'ingénieurs, mais "sur le futur parc d'activités d'innovation porté par l'Établissement public d'aménagement (EPA) Paris-Saclay, qui sera développé à l'Est du plateau de Saclay", indique Polytechnique.

Une semaine avant ce vote, nouveau rebondissement : les anciens étudiants du collectif "Polytechnique n’est pas à vendre" avaient effectué une étude juridique qui "pointe plusieurs risques et méconnaissances du droit" dans le projet, selon le porte-parole du mouvement, Matthieu Lequesne.

Pas d'appel d'offres et une cession à 100 % de la parcelle

"Cette analyse juridique a été envoyée aux membres du conseil d’administration, précise-t-il. Nous voulons les informer pour qu’ils aient connaissance de tous les éléments lors du vote." Le document, rédigé par Me Guillaume Hannotin, avocat associé au Conseil d’État et à la Cour de cassation, soulève plusieurs manquements dans le projet, contre lequel Greenpeace a manifesté en mars.

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"Il semblerait qu’un établissement public d’enseignement ne peut pas céder une parcelle de son terrain à une entreprise uniquement pour un usage privé, qui n’aurait pas d’intérêt pour l’institution, explique Matthieu Lequesne. Là, en l’occurrence, on parle d’un laboratoire utilisé à 100 % par Total."

Au-delà de ce point, la note juridique souligne que Polytechnique n’a pas effectué d’appel d’offres pour ce projet. Et évoque un risque de conflit d’intérêts : "Patrick Pouyanné, PDG de Total, siège au conseil d’administration de l’école, argue le porte-parole du collectif étudiant. Même s’il ne prend pas part au vote, sa simple présence peut poser question." 

A cela, le géant de l'énergie répond que Patrick Pouyanné n'était pas membre du conseil d'administration en 2018, lors du vote initial du projet. Et rappelle que "depuis qu’il est membre du conseil d’administration, il s’est toujours retiré de la salle du conseil, chaque fois que le sujet a été évoqué, comme les minutes du Conseil peuvent en attester, sauf à une seule reprise pour exposer les motivations du projet du point de vue de Total à la demande des administrateurs avant de se retirer pendant les délibérations."

Contacté au sujet de cette expertise, le président de l'école Eric Labaye, se dit lui "étonné qu'elle comporte tant d’inexactitudes factuelles qui biaisent fortement l'analyse". Il ajoute : "Il en est ainsi d’incompréhensions majeures et d’informations erronées, en particulier sur ce qu’est le domaine foncier de l’École polytechnique, ainsi que sur la gouvernance du Conseil d’administration. Nos équipes juridiques apporteront en amont du conseil les réponses et clarifications aux points soulevés par cette note."

"Bradage de la marque de l’école"

Cette analyse juridique reste présentée comme "un appui technique" aux revendications portées par les étudiants depuis le début de l’année. Ils pointent notamment le faible coût du loyer demandé au géant de l’énergie : 50 000 euros par an. Une somme jugée dérisoire face à d’autres partenariats du même type, comme les 240 millions de dollars sur dix ans annoncés lors d’un partenariat entre IBM et le MIT.

À ce "bradage de la marque de l’école" s’ajoute, toujours selon le collectif, une gestion du patrimoine foncier "en défaveur des étudiants" ainsi qu’une conduite opaque du projet. Une accusation à laquelle avait répondu la direction de l’X dans les colonnes de L’Usine Nouvelle. "Le projet a été évoqué plusieurs fois en CA et voté à l’unanimité lors du CA de juin 2018, précisait l’école en janvier. Par ailleurs, la responsable de ce projet pour Total est régulièrement venue rencontrer des étudiants de l’X pour leur expliquer le contenu de ce partenariat. Il se peut que l’information ait mal circulé entre les étudiants mais de notre côté nous avons associé les élèves concernés au projet."

Les enseignants rejoignent la contestation

Les étudiants de l’X ont été rejoints dans leur lutte par leurs enseignants. Le Sénat des professeurs de l’école avait publié son avis, dans lequel il estime que le partenariat "n’est pas à la hauteur des enjeux" et s’alarme des risques d’un partenariat exclusif entre l’école et l’entreprise sur les énergies renouvelables. "Donner une place centrale à un seul acteur industriel, à la vocation très marquée, n’est pas raisonnable et présente un risque de décourager d’autres partenaires potentiels", arguent les professeurs dans leur message. Cette mobilisation n'a manifestement pas convaincu le conseil d'administration.  

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