Le préfet du Nord suspend la production sur le site à l'origine de pizzas Buitoni contaminées à l’E. coli

Le préfet du Nord a décidé le 1er avril de suspendre jusqu'à nouvel ordre la production sur le site de Caudry (Nord) qui fabrique les pizzas Buitoni contaminées à l’E. coli. Une mesure exceptionnelle, à la hauteur des manquements constatés au sein de l'usine par les autorités de contrôle sanitaire.

Réservé aux abonnés
Buitoni
Deux inspections d'hygiène approfondies menées les 22 et 29 mars 2022 par les autorités de contrôle sanitaire ont mis en lumière «de nombreuses anomalies graves en matière de nettoyage et d’entretien général des locaux et matériels au niveau des lignes de production».

Une décision rare. Le préfet du Nord a décidé vendredi 1er avril d’interdire par arrêté préfectoral toute production dans l’usine Buitoni (propriété de Nestlé) de Caudry. C’est sur ce site que sont fabriquées les pizzas Fraîch'Up, à l'origine d'une l'épidémie de syndromes hémolytiques et urémiques (SHU) à E.coli qui a déjà contaminé 75 enfants en France et provoqué la mort de deux d'entre eux.

Selon l’arrêté préfectoral, que L’Usine Nouvelle a pu consulter, deux inspections d'hygiène approfondies menées les 22 et 29 mars 2022 par des agents de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) du Nord et de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) ont mis en lumière «de nombreuses anomalies graves en matière de nettoyage et d’entretien général des locaux et matériels au niveau des lignes de production».

L’arrêté mentionne «la présence de rongeurs au niveau de l’atelier boulangerie». La décision a été prise sur la base d’un règlement européen de 2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires.

Contacté, Nestlé explique ne «pas prendre position tant qu’une enquête est en cours». Le parquet de Paris a indiqué vendredi 1er avril avoir ouvert une enquête dans cette affaire. Présent à Caudry le 30 mars, Jérôme Jaton, directeur général industriel de Nestlé France, avait pourtant assuré à L’Usine Nouvelle que plus de 74 prélèvements, «tous négatifs», avaient été effectués sur le site de production.

Des travaux de remise aux normes à venir

Une telle interdiction préfectorale est toutefois «très rare», rappelle Karine Jacquemart, directrice générale de l’ONG Foodwatch. «De mémoire, la dernière fois que c’est arrivé c’était en 2017 dans l’affaire du lait infantile contaminé de Lactalis». Selon Karine Jacquemart, pas de doute : cette épidémie d’E. coli montre bien que «le système de surveillance est défaillant». En réaction, elle appelle les autorités à plus de transparence et à effectuer plus de contrôles, en y allouant davantage de moyens.

A la préfecture du Nord, on explique que «l’abrogation de l’arrêté et la reprise de la production sur le site seront conditionnées à la mise en conformité de l’usine vis-à-vis de ses obligations en termes d’hygiène alimentaire, et de contrôles et de maîtrise des risques microbiologiques». Cela nécessitera des travaux de remise aux normes, dont l’ampleur reste pour l’heure inconnue. Une réunion était prévue mercredi 6 avril dans l’après-midi entre la direction et les syndicats pour discuter des conditions de la réouverture du site.

«Nous savions que nous allions dans le mur»

Maryse Treton, secrétaire de la fédération agroalimentaire de la CGT et qui suit de près le dossier, appelle Nestlé à «faire face à ses responsabilités». «Nous allons demander à ce que les salaires soient versés intégralement le temps des travaux de remise aux normes de l'usine», affirme la syndicaliste qui peste sur la manière dont s’est comportée la multinationale suisse. «Nous étions en état d'alerte sur ce site. Nous savions que nous allions dans le mur», explique-t-elle. Le site emploie quelque 200 salariés.

Pour rappel, les deux lignes de production (ligne pâtes crues et ligne pâtes cuites) de l’usine de Caudry sont à l’arrêt depuis le 18 mars, après que la DDPP a décidé d’y mener des analyses épidémiologiques, microbiologiques et de traçabilité pour comprendre la source de contamination à E.coli. Quelques jours plus tard, dans une note publiée le 30 mars, Santé Publique France a confirmé «un lien entre plusieurs cas et la consommation de pizzas surgelées de la gamme Fraîch’Up de la marque Buitoni contaminées par des bactéries Escherichia coli producteurs de Shiga-toxines».

Antoine Vermeersch, avec Adeline Haverland

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs