A chaque accident industriel, son train de mesures. Après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse le 21 septembre 2001 qui avait fait 31 morts et 2200 blessés, les Plans de prévention des risques technologiques (PPRT) autour des sites industriels avaient été institués (loi du 30 juillet 2003).
Après le gigantesque incendie de Lubrizol/NL Logistique du 26 septembre 2019 qui n’a pas fait de victimes, c’est la problématique du stockage qui retient l’attention des autorités.
Réorganiser le stockage de matières dangereuses
Pour rappel, 9000 tonnes de produits entreposés ont brûlé (60 % chez Lubrizol et 40 % chez son voisin NL Logistique) au cours de cet incendie. "Pour qu’un incendie de cette ampleur ne se reproduise plus, nous allons mettre en place des prescriptions qui vont s’appliquer aux stockages de liquides inflammables et combustibles" a indiqué Barbara Pompili, Ministre de la transition écologique, jeudi 24 septembre à Rouen, accompagnée de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur.
Pour éviter "l’effet domino" d’un incendie se propageant d’un site à l’autre, les quantités de produits stockés seront réduites et les stockages écartés entre eux. Le principe de stockages en îlots permettant d’éviter un embrasement général est également retenu. Le gouvernement qui a repris une bonne partie des mesures décidées par le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) a acté aussi le principe d’une augmentation des moyens d’extinction et des réserves en eau et en émulseurs.
Pour mieux anticiper la gestion des accidents, les exploitants seront tenus de tenir un inventaire des produits stockés (nature et quantité) et d’identifier à l’avance les produits susceptibles d’être émis pendant un incendie. Si Lubrizol qui disposait d’une gestion automatisée de ces entrepôts a pu fournir ces éléments dans les heures qui ont suivi l’incendie - y compris les 1600 tonnes entreposées chez son voisin NL Logistique - cela n’a pas été le cas de NL Logistique, dans l’incapacité matérielle de le faire dans la semaine qui a suivi l’accident.
Lisibilité et transparence
Cela lui avait d’ailleurs valu une "mise en demeure" de la part du Préfet. Par ailleurs, Patrick Berg, alors directeur régional de la DREAL Normandie avait reproché il y a un an à Lubrizol d’avoir transmis des informations dans des formats peu lisibles, peu exploitables. D’où la recommandation du Ministre : "les informations devront être mises à disposition du public de manière à être compréhensibles pour tous". Sur ce thème de la transparence, le gouvernement entend aussi rendre publics les rapports d’inspection rédigés par les inspecteurs des DREAL. "Ils seront publiés à partir de 2020 sur le site du Ministère", a assuré Barbara Pompili.
Le gouvernement a par ailleurs décidé d’accroître les contrôles sur le terrain, sa feuille de route étant "d’accroître de 50 % les contrôles sur le terrain d’ici la fin du quinquennat". La ministre n’a pas souhaité répondre oralement aux questions des journalistes sur les moyens humains en charge de ces missions, mais le dossier de presse remis après la réunion, indique lui que "50 postes d’inspecteurs seront ouverts d’ici la fin du quinquennat".
Un BEA accidents industriels
Comme l’avait préconisé le député LREM de Rouen Damien Adam, un bureau d’enquête accident (BEA) va être créé pour mener des enquêtes sur les accidents les plus importants et en tirer les enseignements, qu'ils soient d’ordre techniques ou organisationnels. "Cette structure spécialisée indépendante qui va rassembler des experts de haut niveau sera en place le mois prochain. Sa mission portera à la fois sur les circonstances d’un accident et ses causes profondes", a déclaré jeudi 24 septembre Jérôme Goellner préfigurateur de ce futur BEA, et ancien directeur régional et interdépartemental de l’environnement et de l’énergie d’Ile-de-France.
Nouveaux systèmes d'alerte
Le gouvernement s’est aussi penché sur la manière d’alerter la population en cas d’accident. Ce qui est retenu est "l’envoi massif et rapide sur les téléphones mobiles de messages, d’alerte ou d’informations, prioritaires par rapport aux communications traditionnelles".
Soit un budget de 50 millions d’euros, a précisé Gérald Darmanin Ministre de l’intérieur, pour déployer d’ici 2022 un système qui fera appel au SMS et au cell broadcast, en complément des réseaux sociaux et des actuelles sirènes. Ces outils seront plus efficaces pour indiquer la posture à tenir, informer de l’avancée de la situation ou donner toute information spécifique aux résidents d’une zone géographique donnée. Ces outils qui ne nécessitent aucune installation spécifique sur les téléphones, alerteront via un signal sonore spécifique même si le téléphone est en mode silencieux.



