Innovation : Plus légère, plus économe en eau… Les secrets de la nouvelle lance à incendie des Pompiers de Paris

En Seine-Maritime, le groupe Leader fabrique une nouvelle lance à incendie, dont le projet a été initié il y a une dizaine d’années par la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. D’autres services ont été inclus dans la conception du produit, qui vise aussi des applications industrielles.

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Lance à incendie Deltae
Présentée au début de l'été 2025, la lance est testée par la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris depuis 2019.

Une nouvelle lance à incendie pour la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Baptisé Deltae, l’engin bénéficie d’un poids réduit de 70% par rapport au matériel existant, et se veut plus économe en eau. Il doit équiper 52 nouveaux camions de premiers secours et évacuation de sixième génération attendus d’ici à 2030. Le produit a été conçu par un industriel français, Leader, qui compte aussi décliner sa technologie dans d’autres secteurs d’activité.

«Ce n’est pas un industriel qui est venu à l’utilisateur, mais l’inverse», précise Yannick Laneret, le directeur des ventes et du développement produits incendie de ce groupe de 253 salariés, qui compte deux sites industriels en France à Octeville-sur-Mer, en Seine-Maritime, où la lance est fabriquée aux côtés de canons, ventilateurs et systèmes d’injection mousse; et à Sainte-Consorce, dans le Rhône, où sont fabriqués des émulseurs sans fluor, destinés à l’extinction de feux d’hydrocarbures. Trois autres usines sont présentes en Autriche, aux Etats-Unis et au Canada, pour un chiffre d’affaires global de 65 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 82% à l’export.

Une lance moins consommatrice d’eau

«Jusqu’à aujourd’hui, on utilisait des lances qui projettent de l’eau, pour capturer de l’énergie afin d’obtenir une évaporation de l’eau. Selon les modèles, les rendements pouvaient être plus ou moins qualitatifs. Les pompes utilisées par les pompiers sont majoritairement à basse pression, de 9 à 10 bars. La technologie diphasique consiste à utiliser l’air comme une source d’énergie pour produire de très fines gouttelettes de 350 microns et les transporter», explique Yannick Laneret.

Cette technologie, qui s’apparente à un «brouillard d’eau», était déjà disponible sur des installations fixes. Depuis une dizaine d’années, Zelup, une start-up lyonnaise qui a intégré Leader en 2023, s’emploie à transposer ce principe sur des systèmes mobiles, avec une portée de 20 mètres à basse pression. Le système se compose d’une pompe, d’un compresseur, et d’un tuyau spécifique, où circule de l’eau en son centre, et autour de l’air. L’utilisateur n’a qu’à tirer ou pousser une poignée pour obtenir soit un jet de type brouillard ou bien de grosses gouttelettes. Le débit d’eau est de 110 litres par minute, et le débit d’air de 1800 litres par minute.

«Les gouttelettes peuvent se déplacer très rapidement et rester très longtemps dans l’air, et elles peuvent plus facilement se transformer en vapeur», poursuit Yannick Laneret, qui souligne que ce principe permet d’utiliser entre cinq et huit fois moins d’eau qu’une lance traditionnelle, et de mieux limiter les risques d’émanation toxiques liées aux incendies. Pis, «la protection respiratoire des sapeurs-pompiers engagés sur un feu d’espace naturel est quasiment inexistante. Ce ne sera plus vrai demain avec le déploiement des systèmes diphasiques», indique pour sa part la BSPP, puisque certains services de pompiers envisagent d’alimenter leurs hommes par le surplus d’air généré par le système.

Une usine Michelin équipée au Mexique

Ce qui est notamment le cas de la Brigade de Marins-Pompiers de Marseille (militaire, elle aussi), qui a participé au développement de la nouvelle lance à incendie aux côtés du laboratoire central de la préfecture de Police, de la Direction générale de l’armement (qui a apporté des crédits), et des services départementaux d’incendie et de secours d’Ille-et-Vilaine, du Rhône et de Seine-Maritime. La BSPP, la Direction générale de l’Armement et Leader sont propriétaires des brevets.

Pour l’heure, une douzaine de véhicules ont été rétrofités dans les différents services ayant participé à l’expérimentation. Leader ne compte toutefois pas se limiter au seul marché des pompiers, puisque deux unités ont été vendues au Mexique, montées sur des pick-up pour la protection d’une usine Michelin. En milieu industriel, l’entreprise imagine ainsi viser des applications telles que l’extinction de feu de contenants, l’extinction de feux d’aéronefs, ou de navires, la protection contre des rayonnements thermiques, ou la captation et la filtration de particules.

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