Tirer les enseignements du gigantesque incendie du 26 septembre 2019 de Lubrizol et de NL Logistique à Rouen (Seine-Maritime), c’est l’objectif des mesures votées par le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT).
Ces mesures, qui pourraient être en partie reprises par le gouvernement jeudi 24 septembre, représentent un plan de modernisation industriel de 3 milliards d’euros couvrant tous les secteurs économiques : énergie, déchets, agro-alimentaire, chimie, raffinage, logistique, distribution. Ces mesures « industrielles » ne constituent pas la totalité du champ d’action du gouvernement en matière de sécurité. Il pourrait annoncer en parallèle un renforcement des contrôles.
De nouvelles règlementations pour les stockages de matières dangereuses
La réorganisation et la mise en place de nouvelles règlementations pour les stockages de matières dangereuses sont au cœur de ce plan d’action industriel. A noter que les mesures de ce « plan d’action » ont vocation à s’appliquer à toutes les installations, et pas seulement aux nouvelles...
"Avec les mesures contenues dans ce plan d’action, le scénario de 9000 tonnes de produits partant dans un incendie ne peut se reproduire", indique un expert qui siège au CSPRT et souhaite rester anonyme à la veille des annonces gouvernementales. Il fait référence à la "quantité très importante" de matières qui ont brûlé au cours de l’incendie du 26 septembre de Rouen impliquant les deux sites voisins de Lubrizol (classé Seveso seuil haut) et Normandie Logistique (installation à simple déclaration). Incendie dont les causes et l’origine restent encore inconnues un an après. On sait seulement, a précisé Isabelle Striga, présidente de Lubrizol France mardi 22 septembre au cours d’une conférence de presse à Rouen, que "la zone de départ supposée de l’incendie se situe dans un cercle de part et d’autre des limites de propriété" des deux entreprises.
Pour le secteur de la chimie - dont relève le fabricant d’additifs Lubrizol - "ces mesures représenteraient un investissement de 450 millions d’euros, à rapprocher des 300 millions d’euros que dépense le secteur chaque année en termes de sécurité", indique cet expert. Les mesures proposées sont à la fois des mesures de prévention et de gestion de crise. Pour stopper « l’effet domino » d’un incendie d’un site à un autre, il est ainsi préconisé d’accroître la distance entre des entrepôts de stockage de matières dangereuses. Sont aussi recommandés le renforcement de barrières au feu, le renforcement des capacités d’évacuation des eaux d’extinction et l’augmentation de 20 % des réserves d’eau et d’émulseurs.
Sur un autre plan, la mise à disposition "systématique" des inspecteurs DREAL (Etat) des rapports des assureurs figure aussi dans ce vaste plan d’action. Tout comme la mise à disposition des secours et du grand public "de la quantité et de la nature des produits stockés" sous un format adapté et "en termes compréhensibles par tous". Le développement de la culture de la sécurité industrielle "au travers de démarches moins institutionnelles et plus participatives" est aussi intégré à ce plan d’action industriel. Enfin, pour alerter les populations, les outils de « cell broadcast » et de SMS localisés sont recommandés, jugés plus adaptés que les actuelles sirènes.



