Mal connu, le phosphate est pourtant critique à double titre. Certes, ce minerai indispensable aux rendements de l’agriculture moderne ne connaîtra pas de pénurie demain. Mais il n’est pas renouvelable et tout manque affecterait la sécurité alimentaire et la géopolitique mondiales. Les réserves, estimées à plus de deux cent cinquante ans, sont concentrées à 70 % au Maroc. Les pays les plus consommateurs (Chine, États-Unis, Inde) n’ont que quelques décennies devant eux et l’Europe ne dispose que d’une mine, en Finlande. De quoi pousser les scientifiques à sonner l’alarme pour promouvoir une meilleure utilisation de ces engrais mal épandus, trop peu recyclés et très polluants pour les sols et l’eau...
Ces tensions se traduisent sur les marchés. À l’été 2022, la Chine, premier producteur de roches phosphatées et d’engrais, a mis en place des quotas à l’exportation qui ont dopé les prix, déjà sous pression en raison du coût du gaz utilisé pour produire l’ammoniac (qui accompagne le phosphate dans les engrais les plus populaires, dits MAP et DAP). Selon la Banque mondiale, ce minerai se négociait autour de 123 dollars la tonne en 2021, contre 266 dollars en 2022 et 322 sur les premiers mois de l’année 2023 !
Un marché spécifique pour les batteries ?
En cause : la prise de conscience du caractère stratégique des phosphates. Mais aussi un règlement européen qui limite les teneurs en cadmium (un métal toxique présent dans de nombreux gisements) des engrais depuis 2022, limitant de fait les sources d’approvisionnement possibles et favorisant au passage la Russie, dont le phosphate est naturellement pur. Pour répondre à la demande, des projets se développent au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe. Notamment la mine de fer, phosphates et terres rares annoncée par LKAB dans le nord de la Suède et le gisement de phosphates, vanadium et titane découvert par Norge en Norvège. Reste une contrainte nouvelle : la montée en puissance des batteries au phosphate, qui n’utilisent ni nickel, ni cobalt, mais accentuent la pression sur les besoins en phosphates les plus purs...

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3720-3721 - Juillet/août 2023



