Etude

Entre manque de nouvelles mines et domination de la Chine, le World Materials Forum sonne l’alerte sur le zinc

Indispensable pour protéger les aciers, le zinc est un métal trop négligé par les investisseurs. Une situation qui pourrait déboucher sur des pénuries, si on en croit le dernier panorama de la criticité des métaux présenté par le BRGM, CRU et McKinsey lors du World Materials Forum, qui s’est tenu à Nancy début juillet.

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Boliden lingots de zinc
Le zinc est notamment utilisé dans des procédés de galvanisation, qui permettent de protéger les structures en acier de la corrosion.

A la surprise de certains participants dans la salle, le zinc est en rouge. Sur un large tableau de Mendeleïev, qui évalue l’ensemble des éléments utilisés par l’industrie, ce métal de base rejoint le nickel, le cuivre, l’étain, le praséodyme et le néodyme (deux terres rares utilisées dans les aimants permanents) dans la liste des éléments les plus à risques de rupture d’approvisionnement. Un tableau issu de la dernière édition du Panorama de la criticité des métaux réalisés par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), CRU, et McKinsey et présenté lors sur World Materials Forum, un événement surnommé le "Davos des matériaux" qui s’est tenu début juillet à Nancy.

L’occasion de mettre en avant un point aveugle du discours ambiant sur la transition écologique : alors que le lithium, le graphite et le cobalt – des métaux de batteries bien identifiés comme critiques – sont en orange foncé (ce qui signifie des risques significatifs), «on s’aperçoit que c’est sur des éléments majeurs où les marchés de la transition énergétique resteront minoritaires que les risques de rupture sont les plus élevés», explique le directeur général du BRGM, Christophe Poinsot, à L’Usine Nouvelle en marge de la conférence.

Croissance des besoins dans la transition énergétique

Le zinc ne sert pas qu’à couvrir les toits de Paris et les comptoirs de bar. Au contraire «ce métal est le quatrième le plus utilisé dans le monde, notamment pour des applications de galvanisation et des alliages», rappelle Christophe Poinssot. Des applications industrielles tout ce qu’il y a de plus classiques, mais qui sont «essentielles pour la transition énergétique». Impossible en effet, de faire des mats d’éoliennes offshore résistant aux vents et au sel marins, ou des cadres de panneaux solaires solides, sans déposer sur ces derniers une fine couche de zinc anticorrosion via un procédé de galvanisation.

«Un mégawatt (MW) d’éolien utilise en moyenne 2,4 tonnes de zinc», chiffre Christophe Poinsot. Une quantité non négligeable, qui fait que le solaire, l’éolien, et certaines chimies de batteries électriques utilisées pour du stockage stationnaire, pourraient consommer 360 000 tonnes de zinc en 2030. Loin du marché global, qui atteint 13 millions de tonnes en 2022, mais plus de trois fois plus que les 110 000 tonnes mobilisées par ces technologies aujourd’hui.

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WMF 2023 WMF 2023 (SEILLER-MANN, Nathan)

Le zinc est le seul élément plus critique en 2023 et 2022 (source : WMF - BRGM, CRU, McKinsey) 

Pourquoi s’inquiéter alors ? Touché par la déprime des métaux de base, le zinc se négocie aujourd’hui à moins de 2500 la tonne. Ce qui risque de décourager les investissements alors que «la production des mines actuelles va décroître », précise Christophe Poinsot. Le classement d’un métal comme très critique ne signifie pas qu’une pénurie arrivera à court-terme. Les inquiétudes portent davantage sur les besoins autour de 2040.

Un coproduit stratégique... Le germanium

«Deux éléments sont importants : il y a d’un côté un déficit d’exploration, où l’on retrouve une situation similaire au cuivre, avec pas assez de projets prévus pour renouveler les réserves, détaille Gaëtan Lefebvre, expert en intelligence minérale au BRGM. Géopolitiquement ensuite : la Chine a pris un rôle très fort dans le raffinage, avec des capacités qui sont passées de 2,5 millions de tonnes, à 7,5 millions de tonnes entre 1990 et 2020, et une part du marché mondial de 46% à cette date. Dans le même temps, la production européenne s’est réduite».  

Plusieurs mines se trouvent encore en Europe, notamment en Suède, en Irlande et dans une moindre mesure au Portugal. On y trouve aussi des raffineries, tout comme en Finlande, en Espagne ou en France, où Nyrstar produit du métal par électrolyse à Auby, dans le Nord. Mais ce dernier avait dû stopper ses opérations temporairement en 2022 en raison des prix de l’électricité. Plus inquiétant : en Irlande, la plus grande unité de production de zinc d’Europe, opérée par le suédois Boliden, vient d’être fermée pour une durée indéterminée en raison d’un manque de rentabilité dans un contexte de cours bas et de difficultés opérationnelles. «C’est une logique de prix, mais sur le long-terme, c’est un mauvais signal. Cela fait passer l’idée qu’on peut faire sans zinc européen», commente Gaëtan Lefebvre.

Une préoccupation rendue brûlante par l’actualité. Début juillet, la Chine a annoncé la mise en place de restriction d’exportation sur deux coproduits du raffinage du zinc (et de la bauxite pour le second) sur lesquels elle est en quasi-monopole : le germanium et le gallium. Deux métaux mineurs, mais critiques pour les technologies de semi-conducteurs avancés. Un constat qui motive des acteurs miniers européens comme Boliden ou Nyrstar (qui produit déjà de l’indium en France, à Auby) à faire une revue de détails de leurs raffineries de zinc pour étudier la possibilité d’y ajouter la production de ces deux coproduits. Avec l'espoir de doper leur rentabilité comme leur rôle de souveraineté industrielle.

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