Analyse

Le patron de Samsung mis sur la touche, l’avenir du groupe coréen en suspens

Le patron de Samsung, Jae-yong Lee, retourne en prison pour 30 mois. Sa condamnation pour corruption politique intervient dans un contexte compliqué où le premier conglomérat industriel sud-coréen affronte le double impact de la pandémie du Covid-19 et de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

 

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Jae-yong Lee
Jae-yong Lee présentant ses excuses pour ses mauvais agissements

Samsung se retrouve à nouveau sans leader. Son patron Jae-yong Lee, troisième génération de dirigeant à la tête du premier conglomérat industriel sud-coréen, a été condamné, le 18 janvier 2020, à 30 mois de prison ferme pour corruption politique. Il a été immédiatement mis en détention en attendant son transfert dans la prison de Séoul où il avait déjà passé un an pour les mêmes motifs avant d’être libéré en février 2018. Ses avocats réfléchissent à la possibilité de faire appel.

Sentence plus sévère que prévue

Officiellement, Jae-yong Lee, 53 ans, n’est que vice-président et administrateur de Samsung Electronics, le vaisseau-amiral du conglomérat en charge de l’électronique grand public, des mobiles, des semi-conducteurs et des écrans plats. Mais c’est lui qui exerce la réalité du pouvoir sur la soixantaine de sociétés du groupe depuis 2014. Il est accusé d’avoir versé des pots de vin pour asseoir sa mainmise sur le groupe. Des faits qui lui ont déjà valu d’être condamné en février 2017 à cinq ans de prison, avant de voir sa peine raccourcie à un an.

Depuis qu’il est jugé à nouveau, l’homme fort de Samsung a multiplié les excuses, signes de rédemption et gestes de bonne volonté envers les juges et la population qui veut en finir avec les liens troubles entre politique et milieux d’affaires. Rien à faire. La sentence est jugée plus sévère qu’attendue par les responsables de Samsung.

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La question de succession de Jae-yong Lee à la tête de Samsung se pose depuis que son père Lee Kun-hee a été victime d’une crise cardiaque en 2014. La mort de son père en novembre 2020 devait officialiser la transition en le sacrant nouveau président. La procédure a été suspendue en attente de l’issue du nouveau procès. L’emprisonnement de Jae-yong Lee affaiblit un conglomérat industriel qui représente environ 20 % du PIB de la Corée du Sud, et plonge son vaisseau-amiral, Samsung Electronics, quatre fois numéro un mondial (télévision, smartphones, puces mémoires et écrans plats), dans l’incertitude.

Les concurrents chinois en embuscade

Ce coup de massue judiciaire intervient alors que Samsung Electronics affronte un contexte pour le moins compliqué, marqué par la pandémie du Covid-19 et la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Si l’embargo américain contre Huawei préserve sa place de numéro un mondial des mobiles, il est en train de lui faire perdre une grande partie de ses marchés de puces et écrans plats chez ce grand client-compétiteur chinois. La 5G est en train de redistribuer les cartes dans les terminaux en faveur d'Apple, tandis qu'elle favorise le retour des japonais NEC et Fujitsu dans la course dans des équipements de réseaux.

Alors qu’il se présente comme une galaxie d’une soixantaine de sociétés, l’empire Samsung se caractérise par un management extrêmement centralisé, où les décisions les plus importantes comme les investissements stratégiques, les diversifications ou les acquisitions se prennent par le chef suprême. Certes, la gouvernance a été revue ces deux dernières années pour donner davantage de pouvoirs aux directions des différentes entités. Mais le rôle de l’homme-fort du conglomérat reste central. L’emprisonnement de Jae-yong Lee risque de plonger Samsung Electronics dans un profond état de léthargie, même s’il pourra influencer depuis sa prison les décisions les plus importantes. Une horde de concurrents chinois sont en embuscade : TCL, Hisense et Skyworth dans la télévision ; Xiaomi, Oppo et Vivo dans les mobiles ; BOE et CSOT dans les écrans plats ; CXMT et Tsinghua Unigroup dans les puces mémoires.

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