Huawei franchit le pas. Le géant chinois des télécoms a lancé mercredi 2 juin au niveau mondial une gamme complète de smartphones, tablettes et objets connectés. Ils ont la particularité d’être tous motorisés par sa propre plate-forme logicielle Harmony OS 2, la nouvelle mouture de son système d’exploitation déjà présentée en septembre 2020. L’objectif est clair : s’affranchir de la plate-forme Android de Google avec l’espoir d’imposer son propre écosystème, à l’instar de la plateforme iOS d’Apple. Cette tentative est pour le moins audacieuse. Mais a–t-elle des chances de réussir ? C'est toute la question.
" Huawei est dos au mur, explique à L’Usine Nouvelle Basile Carle, analyste à l’Idate, un cabinet français spécialisé dans les télécoms. Il n’a pas le choix puisqu’il est privé d’accès aux applications de Google. L’utilisation d’Harmony OS ne pose pas de problème en Chine où Google est de toute façon interdit. A l’international, et notamment en Europe, un marché important pour Huawei, les choses sont différentes. " A voir comment les consommateurs européens vont réagir à l’absence des applications populaires de Google comme le moteur de recherche Web, la messagerie Gmail, le site vidéo YouTube pour le magasin d’applis Play Store.
Logique d'écosystème
Harmony OS n’est pas un système d’exploitation propriétaire construit à partir de zéro. Il s’appuie sur Android, qui est un système open source. Huawei se contente de le personnaliser au niveau de l’interface et des services associés pour pallier l’absence des applications de Google. Il est associé à son propre magasin d’applis Huawei AppGallery, l’alternative de Play Store de Google.

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" L’enjeu pour Huawei est de créer tout un écosystème avec une place de marché et un contenu de qualité qui attire les consommateurs, note l’analyste de l’Idate. Les applis existent pour Android. La question est de savoir si Huawei a assez d’influence pour pousser les développeurs à les porter sur son magasin. Car cela demande un certain travail d’adaptation et de maintenance. Certaines fonctionnalités, disponibles uniquement pour Android, disparaîtront. "
Huawei compte faire d’Harmony OS la plateforme unifiée de tous ses produits grand public en dehors des PC (motorisés par Windows de Microsoft), des smartphones aux montres intelligentes, en passant par les tablettes, les téléviseurs ou encore les écrans connectés. Une démarche qui répond à une logique d’écosystème pour offrir aux clients une expérience sans couture sur tous ses produits et faciliter le travail des développeurs d’applis, comme cela est le cas pour la plate-forme iOS d’Apple.
ECHEC DE SAMSUNG
" C'est un beau défi pour Huawei, souligne à L'Usine Nouvelle Thomas Husson, analyste au cabinet Forrester. Beaucoup d'applis manquent à l'appel dans le magasin Huawei AppGallery. Pour des questions de coûts, beaucoup de développeurs hésitent à y aller même si Huawei les aide. Ils n'iront pas tant que le parc installé n'aura pas atteint un volume critique, ce qui est difficile à atteindre dans le contexte actuel de perte de parts de marché de Huawei." Huawei est en train de se construire son parc compatible avec Harmony OS presque à partir de zéro, ce qui prendra beaucoup de temps.
Basile Carle reste sceptique sur les chances de succès. " Il suffit d’examiner l’exemple de Samsung, rappelle-t-il. Il a tenté de se libérer d’Android et de Google en développant son propre système d'exploitation Tizen. Il a dû revenir en arrière. Si Tizen motorise toujours ses téléviseurs connectés et certaines de ses montres connectées, il n’équipe quasiment plus ses smartphones. Cela nous donne une indication des difficultés qui attendent Huawei. "
Depuis mai 2019, Huawei fait l’objet d’un embargo implacable de la part des Etats-Unis qui lui ferment l’accès aux technologies américaines. Harmony OS résout le problème logiciel. Reste un problème plus compliqué : celui du matériel. Depuis le dernier tour de vis de l’embargo américain en septembre 2020, Huawei ne peut plus acheter de puces dans le monde entier et ne peut même plus fabriquer ses propres circuits chez des fondeurs comme le taïwanais TSMC. Résultat : la marque dégringole dans les smartphones. De la deuxième place mondiale derrière Samsung, elle est tombée à la sixième au quatrième trimestre 2020 et pourrait chuter à la huitième avec 3,2 % des ventes en volume en 2021 selon le cabinet Strategy Analytics. Huawei a-t-il la taille critique pour fédérer un écosystème viable ? La question se pose alors que Samsung, numéro un mondial des smartphones, n’ pas réussi à le faire.
En situation de guerre
" C’est sûr, il y a un lien entre le succès d’une plate-forme et le volume de vente de terminaux, estime Basile Carle. Mais Huawei est en situation de guerre. Il se bat pour essayer de retomber sur ses pattes. Harmony OS pourrait être juste une solution temporaire, en attendant un allègement des restrictions américaines. Car tout le monde sait que les sanctions américaines sont disproportionnées par rapport aux risques de sécurité et des responsabilités de Huawei sur cette question. "
Thomas Husson voit le pari de Huawei compliqué. " Huawei a fait le choix de devenir le plus indépendant possible, explique-t-il. C'était vrai dans les puces, ça l'est maintenant dans logiciel. Sa démarche s'inscrit dans une stratégie à long terme. Mais la mayonnaise va-t-elle prendre en Europe, son deuxième marché après la Chine? Je n'en suis pas sûr. "
Neil Mawston, analyste au cabinet Strategy Analytics, se montre tout aussi dubitatif. " Nous nous attendons à ce que les smartphones sous Harmony OS gagnent du terrain en Chine, mais rencontrent des difficultés dans le reste du monde, précise-t-il à L'Usine Nouvelle. HarmonyOS et AppGallery n'ont pas accès à de nombreuses applications préférées dans le monde, telles que YouTube ou WhatsApp. Si vous ne pouvez pas accéder facilement à vos applications préférées, il est peu probable que vous achetiez dans l'écosystème Harmony OS. Nous prévoyons qu'Harmony OS capturera moins de 1% de toutes les expéditions de smartphones dans le monde en 2021."



