Analyse

Le nouveau patron d’Intel sera-t-il le Steve Jobs de l’entreprise ?

Pat Gelsinger prend ses fonctions de nouveau directeur général d’Intel. Selon le cabinet TBR, il revient dans l’entreprise à la même position que Steve Jobs lors de son retour à la tête d’Apple. Saura-t-il comme lui sortir le numéro un mondial des puces de sa torpeur ? Les défis à relever sont immenses.

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Pat Gelsinger
Pat Gelsinger, le nouveau directeur général d'Intel.

Pat Gelsinger, qui dirigeait auparavant l’éditeur de logiciels VMware, prend officiellement, ce 15 février 2021, ses nouvelles fonctions de directeur général d’Intel. Les défis à relever s’annoncent immenses.  Sur le plan intérieur, il doit restaurer le leadership technologique et remettre l’entreprise dans la course de la loi de Moore. Vis-à-vis de l’extérieur, il doit contenir les menaces d’une concurrence protéiforme. Réussira-t-il sa mission ? C’est en tout cas ce que les investisseurs espèrent.

Battu par Apple en conception de puces

Le numéro un mondial des puces a fondé sa puissance et sa domination du marché grâce à son avance technologique, tant en conception qu’en production. Mais depuis trois ans, il est devancé en production par deux fondeurs de puces, sortes de sous-traitants, le coréen Samsung et le taïwanais TSMC. Alors qu’il ne prévoit de mettre en production sa technologie de 7 nanomètre qu’au second semestre 2023, six mois en retard sur le planning précédent, ils en sont, eux, à la génération de 5 nanomètre depuis le second semestre 2020. Sur le terrain de la conception, il est battu notamment par Apple au point d’être évincé des Mac au profit de processeurs maisons comme dans l’iPhone et l’iPad.

Toutefois, il n’y a pas péril en la demeure. "Bien qu’Intel fait face à des défis et a subi des revers ces dernières années, il serait exagéré de dire que l'entreprise est en difficulté,relativise le cabinet TBR dans une note publiée à la suite du remplacement du directeur général Bob Swan par Pat Gelsinger. Il domine les PC et serveurs avec ses processeurs et tire des bénéfices beaucoup plus importants de ces équipements que leurs constructeurs. Malgré les gains de parts de marché d'AMD, son hégémonie sur le marché des processeurs à architecture x86 et des jeux de circuits associés lui assureront la continuité de bénéfices pendant de nombreuses années, car toute transition dans ce domaine est lente et prudente."

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Erosion des parts de marché

En 2020, Intel, qui compte plus de 110 000 salariés dans le monde, affiche un chiffre d’affaires record de 77,9 milliards de dollars, en progression de 8 %, et un bénéfice net stable mais enviable de 20,9 milliards de dollars, qui lui procure une rentabilité nette de près de 27 %, l’une des plus élevées dans l'industrie des semi-conducteurs. Malgré la montée d’AMD, son seul challenger dans les microprocesseurs à architecture x86, Intel continue à motoriser l’écrasante majorité des PC et serveurs écoulés dans le monde. Mais les investisseurs craignent que la perte de son leadership technologique n’accélère l’érosion de ses parts de marché au profit non seulement d’AMD et de Nvidia, mais aussi de nouveaux concurrents comme Apple, Microsoft ou Qualcomm.

Pour Geoff Woollacot et Erza Gottheil, analystes chez TBR, Pat Gelsinger a tout pour être l’homme de la situation. Ils n’hésitent pas à le comparer à Steve Jobs, rappelé en 1997 pour sauver Apple. Il a passé 30 ans chez Intel avant de partir en 2009 chez EMC, le leader mondial du stockage de données, puis en 2012 à la direction de VMware, éditeur de logiciels de virtualisation et de cloud privé.

Crédible pour prendre des décisions difficiles

"Aux dires de tous, Gelsinger semble très bien adapté à ce nouveau poste, estiment les deux analystes de TBR. La meilleure comparaison pourrait être la deuxième tournée de Steve Jobs chez Apple après avoir appris les meilleures pratiques chez Next et Pixar. " Comme Steve Jobs, il revient dans une entreprise qu’il connaissait bien après avoir enrichi son parcours de deux expériences à l’extérieur. " Un profil qui lui donne de la crédibilité au sommet d’Intel pour prendre des décisions difficiles qui peuvent être impopulaires auprès du personnel car le groupe, bien qu’ayant un modèle d'exploitation tout à fait unique qui a prouvé son efficacité par le passé, fait maintenant face à des menaces extérieures critiques ", selon les analystes de TBR.

Contrairement au directeur général sortant, Bob Swan, qui est un pur financier, Pat Gelsinger a l’avantage d’être un ingénieur comme les trois fondateurs et trois premiers dirigeants de l’entreprise: Robert Noyce, Gordon Moore et Andy Grove. Il a été le directeur technique d’Intel et père de nombreux produits, dont l'emblématique processeur 486, avant de quitter l’entreprise. "Intel a une longue tradition d'être dirigée par des ingénieurs dotés d'une profonde expertise technologique, et Gelsinger, de par son profil d'ingénieur, a la possibilité de rallier les troupes aux racines de l’entreprise et résoudre les problèmes d’exécution ", estiment les analystes de TBR.

Réussite à la tête de VMware

Pat Gelsinger a pour lui aussi ses performances à la tête de VMware, dont il a réussi à doubler la taille en moins de dix ans. "VMware a fonctionné dans un assortiment d'unités opérationnelles faiblement connectées, tout d'abord dans le cadre de la fédération EMC et plus récemment dans le cadre de Dell Technologies, explique TBR. À ce titre, il a sans aucun doute gagné des leçons sur la façon dont les différentes unités autonomes doivent apprendre à collaborer et à coordonner leurs feuilles de route. Pour Intel, cela sera essentiel pour coordonner les silos de développement afin de chronométrer les changements de conception à long terme ainsi que travailler plus étroitement avec les partenaires et les clients. "

Autre atout en sa faveur : sa maîtrise de la virtualisation, une technologie d’abstraction logicielle qui est en train de s’étendre jusqu’aux réseaux mobiles 5G. C’est à la fois une opportunité et un défi pour Intel. Pour TBR, Pat Gelsinger saura tirer le meilleur parti de cette révolution.

Ancien candidat malheureux au poste de directeur général

Le hasard a fait que Pat Gelsinger, présenté comme candidat finaliste au poste de directeur général d’Intel en 2012, ait été finalement écarté au profit de Brian Krzanich. Ce qui l’a poussé à aller diriger VMware. Mais cet accident malheureux de parcours le rend finalement plus apte à affronter les défis à la tête d’Intel aujourd’hui, selon TBR, mieux que s’il était resté dans l’entreprise.

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