Nomination

Intel change de patron pour tenter de revenir dans la course de la loi de Moore

Le numéro un mondial des puces Intel remplace son directeur général actuel, Robert Swan, par Patrick Gelsinger, patron de l’éditeur de logiciels VMware. Un changement qui s’apparente à une tentative désespérée de faire revenir le groupe dans la course de la loi de Moore qu’il a perdue au profit du coréen Samsung et du taïwanais TSMC.

 

Réservé aux abonnés
Pat Gelsinger, CEO d'Intel
Pat Gelsinger est le nouveau directeur général d'Intel.

Le règne de Robert Swan (Bob pour les intimes) à la tête d’Intel aura été de courte durée. Deux ans seulement après sa nomination au poste de directeur général du numéro un mondial des puces, il est remplacé par Patrick Gelsinger (Pat pour les intimes), le patron actuel de l’éditeur de logiciels VMware.

La transition est prévue le 15 février 2021. Ce changement est salué en Bourse par un gain de l’action de 7,5 %.

Retard sur ses concurrents

Alors qu’est-ce qui a poussé le conseil d’administration d’Intel à procéder à ce remaniement ? Depuis sa création en 1968 à Santa Clara, en Californie, l’entreprise star de la Silicon Valley n’a connu que sept dirigeants. Robert Swan aura eu la mandature la plus courte. Lorsqu'il prend les commandes en janvier 2018, il trouve une entreprise en pleine débâcle dans les technologies de production, un domaine où elle était la référence absolue. Elle est dépassée par deux fondeurs de puces, de vulgaires sous-traitants, le taïwanais TSMC et le coréen Samsung, offrant à ses concurrents fabless (sans usines) comme AMD, Nvidia, Qualcomm, Broadcom ou Xilinx un avantage compétitif essentiel.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Pendant plus de 40 ans, Intel a fait de son avance en production une arme stratégique pour étouffer dans l’œuf toute velléité de concurrence dans les processeurs X86 au cœur de l’écrasante majorité des PC et serveurs. Une force qui lui a valu de jouir d’une position de monopole sur ces marchés, formant avec Microsoft, fournisseur du logiciel Windows, le couple « Wintel » qui domine jusqu’à ce jour l’industrie informatique.

Mais depuis des années, son étoile ne cesse de pâlir. Alors que Samsung et TSMC sont passés cette année à la technologie de 5 nanomètres, Intel n’est encore qu’à celle de 10 nanomètres, considérée comme équivalente à celle de 7 nanomètres des deux grands fondeurs de puces. Ce qui le met en retard d’une génération technologique sur ses concurrents AMD, Nvidia et autre Qualcomm qui font fabriquer leurs puces chez Samsung et TSMC.

Eclipsé en Bourse par Nvidia

La mission de Pat Gelsinger est de faire ce que Robert Swan n’a pas su faire : restaurer le leadership technologique perdu, stopper l’hémorragie des parts de marché au profit d’AMD et regagner la confiance des investisseurs. Selon le suivi de MassMark, AMD a réussi à faire grimper sa part des processeurs X86 dans les PC et serveurs au quatrième trimestre 2020 à 39,7 %, contre 60,3 % pour Intel. Les parts respectives étaient de 17,5 % et 82,5 %. Et pour ne rien arranger, Intel a perdu ses deux marchés chez Apple: celui du processeur des Mac au profit de la puce maison de la firme à la pomme, et celui du modem de l'iPhone 12 au profit de Quacomm. Signe du désamour des investisseurs, l’action d’Intel a baissé de 17,1 % en 2020, alors que l’ensemble des sociétés de semi-conducteurs a gagné 44 % en Bourse selon le cabinet VLSI Research. Son concurrent Nvidia s’est payé le luxe de l'éclipser en Bourse, devenant la première capitalisation boursière américaine dans les puces.

Robert Swan a cru pouvoir restaurer le leadership technologique d’Intel et il l'a promis aux investisseurs. Il a échoué. Et comble de l’humiliation, pour se battre à armes égales avec ses concurrents fabless, il a décidé de sous-traiter une partie de sa production auprès de TSMC à partir de 2021, ce qui constitue un revirement stratégique majeur. Jusqu’ici, Intel s’enorgueillit de fabriquer en interne tous ses processeurs pour PC et serveurs.

Retour du management par la peur

Le directeur général sortant a tenté de remuer ce mammouth de 110 000 personnes et 75 milliards de dollars de chiffre d'affaires attendu en 2020 en procédant à une profonde réorganisation de l’entreprise et en faisant revenir la méthode de management par la peur... chère à Andrew Grove qui a dirigé l’entreprise de 1987 à 1998. Il est encore trop tôt pour en mesurer les résultats. Le conseil d’administration a choisi de ne pas patienter.

Diplômé de l'université de Stanford, Pat Gelsinger, 59 ans, arrive en terrain connu puisqu’il a passé 30 ans chez Intel jusqu’à en devenir le directeur technique, avant de rejoindre  en 2009 EMC puis VMware. Il dirige cet éditeur de logiciels de virtualisation depuis 2012. Sous sa direction, l'entreprise a doublé de taille. Il semble avoir l’expérience et le profil (il est de formation et de métiers technologiques alors que Robert Swan est financier) pour redresser la situation chez Intel. Mais la tâche s’annonce compliquée, très compliquée.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs