Alors que le nouveau patron d’Intel, Patrick Gelsinger (Pat pour les intimes), ne prendra ses fonctions que le 15 février 2021, il a été invité à la présentation des résultats annuels, le 21 janvier 2021, aux côtés du directeur général sortant, Robert Swan (Bob pour les intimes). Il en a profité pour revenir sur son retour à la maison où il passé les 30 premières années de sa carrière avant de partir en 2009 chez EMC puis en 2012 chez VMware.
" Je suis ravi et honoré de rentrer chez moi à l'emploi de mes rêves en tant que directeur général d'Intel, confie-t-il. Je n'avais que 18 ans lorsque j'ai rejoint Intel pour la première fois et je suis fier de dire que j'ai passé les 30 années suivantes à apprendre de géants de l'industrie tels que Grove, Moore et Noyce. " Andy Grove, Gordon Moore et Robert Noyce sont les fondateurs d'Intel en 1968, tandis que Gordon Moore est le père de la loi de Moore qui guide la progression de l'industrie des puces depuis 55 ans.
Déception des investisseurs
Le futur homme fort du numéro un mondial des puces était très attendu sur la stratégie à mener en production, un domaine où le groupe a perdu le leadership technologique, l’obligeant à envisager de faire appel à la sous-traitance pour accéder aux technologies nec plus ultra de fabrication. Il ne s’est pas privé de livrer sa vision. " Sur la base de mes évaluations initiales, je suis satisfait des progrès réalisés dans le programme de 7 nanomètres, explique-t-il. Je suis convaincu que la majorité des produits que nous lancerons en 2023 seront fabriqués en interne. Dans le même temps, compte tenu de l'étendue de notre portefeuille, il est probable que nous élargirons notre utilisation de fonderies externes pour certaines technologies et certains produits. "

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Autrement dit, pas question de transformer Intel en société « fabless » (sans usine) comme l’a fait AMD en 2009. Au risque de décevoir les investisseurs qui le réclamaient à cor et à cri. Pat Gelsinger tient au modèle intégré qui avait fait la grande force d’Intel pendant près de 50 ans. " Avec notre modèle intégré, nous pensons disposer de la bonne combinaison pour répondre aux exigences de nos clients en tirant parti des capacités internes et externes de production que nos concurrents n'ont pas, et entre toutes ces capacités, nous déterminerons le bon équilibre pour offrir un produit leader incontesté sur le marché qui répond aux exigences de nos clients sur le long terme ", estime-t-il.
Robert Swan avait refroidi les investisseurs en annonçant en juillet 2020 un retard de six mois du calendrier de développement de la technologie de 7 nanomètres, alors que les fondeurs de puces Samsung et TSMC avaient déjà en production la génération de 5 nanomètres. Et pour combler ce retard, il a décidé de s’ouvrir aux fondeurs, ce qui constitue un virage historique de la stratégie de production de l’entreprise.
La technologie de 7 nanomètres sur les bons rails
Selon le directeur général sortant, les problèmes techniques qui ont causé ce retard ont été résolus et le développement de la technologie de 7 nanomètres est sur les bons rails avec la perspective d’une mise en production de volume au premier semestre 2023. Mais il a tenté de relativiser le rôle de la production dans les performances des produits, considérant d’autres facteurs aussi déterminants comme la conception, le packaging, la sécurité ou encore le logiciel. Un point de vue partagé par Pat Gelsinger. " Dans l'ensemble, il s'agit de construire des produits compétitifs, leaders sur le marché, et c'est ce que notre intention est de faire alors que nous élargissons l'utilisation de nos technologies à travers le packaging, le logiciel, la fabrication en interne et la sous-traitance à l’extérieur, complète-t-il. Nous sommes convaincus que nous pouvons offrir une famille de produits de premier plan sur le marché dans toutes nos principales activités. De plus, j'ai été très heureux de voir des innovations à long terme sortir alors que nous nous efforçons de combler nos lacunes avec les fonderies externes. Il est clair que nous ne voulons pas simplement combler notre retard. Nous voulons aussi reprendre notre position de leader incontesté dans les technologies de production et c'est notre engagement. "
Le futur homme fort d’Intel se montre confiant dans sa capacité à renverser la vapeur et faire revenir l’entreprise star de Silicon Valley aux avant-postes de l’innovation et de la technologie, comme Steve Jobs a pu le faire lors son retour chez Apple. " J'ai été très impliqué dans la période où nous étions très bien diminués sur le marché et en retard dans les processeurs multi-cœurs et pendant cette période de 2005 à 2009, nous avons transformé l'entreprise, l’établissant en leader incontestable après une période où de nombreux observateurs remettaient en question sa capacité à rebondir, rappelle-t-il. Les grandes entreprises sont capables de revenir de périodes de difficulté et elles reviennent alors plus fortes, meilleures et plus capables que jamais. Je crois que c'est l'opportunité chez Intel et je suis convaincu que cette entreprise a ses meilleurs jours devant elle. "
Bons résultats en 2020
Ce remaniement intervient alors qu’Intel affiche une bonne santé avec en 2020 un chiffre d’affaires record de 77,9 milliards de dollars, en progression de 8 %, et un bénéfice net stable mais enviable de 20,9 milliards de dollars, qui lui procure une rentabilité nette de près de 27 %, l’une des plus élevées dans la high-tech. Numéro un mondial du marché des semi-conducteurs de façon ininterrompue depuis 1992 selon le cabinet Gartner, il joue un rôle clé dans la domination de ce secteur stratégique par les Etats-Unis. " Intel, c'est un atout national, souligne Pat Gelsinger. Cette société doit être en bonne santé pour l'industrie de la technologie et pour la technologie en Amérique. Pour moi, c'est une opportunité d'aider cela et de placer incontestablement Intel et les États-Unis dans une position de leader technologique mondial. "



