Le nickel calédonien cherche un plan de la dernière chance

Pour sauver le nickel du « Caillou », l’État exhorte les industriels à cibler le marché des batteries électriques.

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Aucune des trois usines locales, ici celle de KNS, ne produit à la hauteur de ses capacités.

«L'enjeu est de faire du nickel calédonien une filière d’avenir.» Devant les élus et les industriels de la mine de Nouvelle-Calédonie, réunis à Paris début septembre pour parler du futur institutionnel et économique de l’île, la Première ministre Élisabeth Borne a semblé présenter un ultimatum. Soit un plan concerté donne l’espoir d’atteindre un «retour à la profitabilité», soit la pérennité des trois usines métallurgiques locales – Société Le Nickel (SLN) et Prony Resources au sud, Koniambo Nickel (KNS) au nord –, toutes déficitaires et cibles d’importants soutiens publics et privés, pourrait être remise en question.

L’alerte ne sort pas de nulle part. Début août, un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) rappelait les périls qui pèsent sur le nickel calédonien. Malgré les grands espoirs qu’il a suscités, ce dernier ne fait pas le poids face à la féroce compétition indonésienne. La filière est handicapée par des coûts élevés, mais aussi par des problèmes opérationnels à répétition, causés par l’âge ou les défauts de conception qui affectent l’outil industriel, par des pluies diluviennes et par le mauvais état du réseau électrique. Aucune des trois usines ne produit à la hauteur de ses capacités théoriques.

L'Etat répondra présent si...

La partie est-elle perdue ? L’enjeu du «groupe de travail nickel», qui rassemble les métallurgistes, les mineurs indépendants, les pouvoirs locaux et l’État français, sera de négocier une solution en privilégiant le «donnant-donnant», avance Matignon. D’avis partagé, la priorité est de moderniser le système électrique de l’île, alimenté en pétrole et en charbon très coûteux et aux émissions de CO2 insoutenables.

Si l’on excepte Prony Resources – qui utilise peu d’énergie car il fabrique un composé intermédiaire du nickel de qualité batterie en dissolvant le minerai –, la métallurgie calédonienne consomme énormément d’électricité pour liquéfier le métal et produire un alliage de ferronickel qui fournit l’industrie de l’acier. Au total, installer des panneaux solaires, du stockage hydraulique massif et des centrales au gaz pour alimenter les usines coûterait autour de 4,15 milliards d’euros, chiffre l’IGF. Un plan pour lequel «l’État répondra présent si les conditions sont réunies», a fait valoir la Première ministre.

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Les industriels augmentent la production

Plusieurs sujets sont sur la table. Les industriels doivent d’abord réinvestir dans leurs usines, juge le gouvernement. L’objectif est d’augmenter la production de nickel, mais aussi d’en faire un atout stratégique en l’intégrant à la chaîne de valeur des batteries fabriquées en Europe. L’IGF suggère que les usines pyrométallurgiques produisent de la matte de nickel, un composé sulfuré qui peut servir d’intermédiaire pour élaborer du nickel de qualité batterie. Reste à convaincre les industriels et leurs investisseurs (Eramet pour la SLN, Glencore pour KNS) que ce choix sera payant.

Une gageure, alors que l’industrie se plaint depuis des années de la complexité d’opérer en Nouvelle-Calédonie. Parmi ses revendications : en finir avec les difficultés d’exploitation de certains gisements faute d’autorisations nécessaires ou à cause de blocages, mais aussi pouvoir exporter le minerai faiblement concentré en nickel, inexploitable sur place. Une opération interdite sur la plupart du territoire, alors que les entreprises y voient une source de revenus à court terme. Les deux points feront débat. D’autant qu’aux enjeux industriels se greffe la question, houleuse, du statut de l’île dans la République française et de sa potentielle indépendance. 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3723 - Octobre 2023

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