Analyse

Le groupe Bolloré à l’heure des vaches maigres industrielles

Alors que le groupe Bolloré doit céder ses activités logistiques à CMA-CGM, quelques mois après la vente de Bolloré Africa Logistics à l’armateur MSC, que reste-t-il des activités industrielles et logistiques du groupe bicentenaire ?

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Bluebus bolloré ratp ile de france
Le groupe Bolloré va-t-il forcer l'allure dans la mobilité électrique ?

Après un mariage de près de 40 ans avec la logistique, Vincent Bolloré va bientôt officialiser le divorce. Lorsque le groupe avait annoncé fin mars 2022 la vente de Bolloré Africa Logistics à l'armateur MSC (pour 5,7 milliards d'euros), les analystes avaient pensé que l'opération, liée en partie à une image dépréciée sur le continent et au peu d’enthousiasme de ses fils pour reprendre le flambeau, allait permettre à l’empire Bolloré d’accroître ses positions dans la logistique. C’est tout le contraire qui s’est produit.

Un pôle industriel en déclin

Début mai, CMA-CGM a annoncé reprendre les activités logistiques du groupe, pour 4,65 milliards d'euros. Un retournement inattendu. En moins d’un an, l'industriel a cassé son jouet, qui lui avait pourtant tant rapporté et qui continue de générer des profits confortables. Une richesse engrangée grâce à l’Afrique, la logistique et le transport maritime, depuis le rachat à Suez en 1986 de l’entreprise SCAC.  Selon nos sources, le changement de paradigme de la logistique, qui se concentre aujourd'hui autour des armateurs et de géants du secteur, serait à l'origine de cette décision. En réalité, pour rentrer dans la cour des grands, il aurait fallu tripler ou quadrupler la taille et investir des dizaines de milliards d'euros. 

Une stratégie difficilement envisageable, sachant que Bolloré pèse 20,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (exercice 2022). Puisqu'il va se séparer de Bolloré Logistics, qui représente un tiers des activités du groupe (7,1 milliards d’euros), il lui restera donc la communication et les médias (9,6 milliards d’euros), Bolloré Energy (3,6 milliards d’euros), spécialiste de la logistique et de la distribution pétrolière et de biocarburants en France, en Allemagne et en Suisse et… Le pôle industrie. Ce dernier n’atteint que 369 millions d’euros, avec un résultat opérationnel brut (EBITA) de -125 millions d’euros, quand le groupe enregistre un EBITA de 1,5 milliard d’euros (+47%).

Blue en souffrance

Le pôle industrie regroupe les activités au sein de Blue qui sont liées à la mobilité électrique (stockage énergie, batteries LMP et Bluebus), avec quatre usines à Ergué-Gabéric et au Canada, trois usines de films plastiques rétractables ultrafins et de films diélectriques pour condensateurs en Bretagne et aux Etats Unis, et la division systèmes (Automatic Systems, Easier, IER, Bluecar…) L’an passé, alors que les activités du groupe progressaient de 20%, celle du pôle industrie gagnait seulement un petit point grâce aux activités Systèmes et Films, qui compensaient le ralentissement de l’activité Blue.

Chacun donne son avis sur les futures emplettes du groupe familial avec un tel trésor de guerre. Beaucoup y voient une stratégie entièrement tournée vers les médias, l’édition et la communication. C'est l'hypothèse la plus plausible, notamment avec le rachat de Lagardère. Et si le capitaine d’industrie d’Ergué-Gabéric surprenait tout son monde en réservant une part du gâteau à de nouvelles activités industrielles, histoire de redonner du lustre à un blason bicentenaire affadi dans ce domaine ? Par exemple, les énergies renouvelables – meilleures pour son image que la distribution de pétrole – et le développement des activités autour de la mobilité propre et autonome, où il a déjà un pied. Si le bus électrique reste un marché de niche, la batterie dans l'automobile représente l'avenir. Cyrille Bolloré, directeur général du groupe, s'est donné jusqu'en 2026 pour réussir à développer sa technologie LMP solide. Des investissements sont envisageables, mais la recherche d'un partenaire est également une option. Pour cet empire, qui a multiplié les activités au cours de ces deux siècles d'activité, une surprise n'est jamais impossible.

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