Le français OVHcloud a-t-il raison de s'allier à Google dans le cloud ?

Après Atos et Orange, c’est au tour d’OVHcloud de conclure un accord stratégique avec Google dans le cloud. Une façon pour le champion français du cloud d’étendre rapidement son empreinte sur le marché avec les technologies de pointe du géant américain de l’internet... tout en garantissant à ses clients ses valeurs de souveraineté et confiance.

 

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OVHcloud
OVHcloud ouvre son cloud aux technologies de Google.

C’est une grande surprise. OVHcloud a annoncé ce mardi 10 novembre 2020 la conclusion d’un partenariat stratégique avec Google dans le cloud. Après Atos et Orange, il est le troisième acteur français du cloud à conclure un tel accord avec le géant américain de l’internet, numéro trois mondial du cloud d’infrastructure derrière Amazon Web Services et Microsoft Azure.

Ni la durée, ni les termes financiers de cet accord ne sont dévoilés.

Alliance avec le diable?

" La souveraineté des données n’est pas un combat exclusif, il est ouvert à tous dès lors qu’ils respectent ses principes, pour préserver la liberté de choix, commente auprès de L'Usine Nouvelle Michel Paulin, directeur général d'OVHcloud. Avec ce partenariat d’un genre nouveau, OVHcloud offrira aux développeurs l’une des solutions les plus performantes et agiles du marché tout en leur garantissant la pleine souveraineté des données, puisque la plate-forme sera entièrement opérée et managée par les équipes OVHcloud. C’est un pas important que nous faisons ensemble pour faire émerger une alternative au service des utilisateurs de cloud européens, tout en promouvant l’ouverture, la réversibilité et en s’appuyant sur une infrastructure de confiance, celle d’OVHcloud. Aucune donnée ni métadonnées n’est partagée avec Google. "

Ce partenariat a de quoi surprendre. OVHcloud se présente comme le défenseur d’un cloud européen avec des valeurs de confiance, de transparence, de réversibilité ou de protection des données. Il fait de ce positionnement un différenciant fort par rapport aux géants américains de l’internet qui dominent allègrement le marché. Est-il en train de se renier en s’alliant avec le diable ? " Non, OVHcloud garde ses valeurs et la promesse de créer un grand acteur européen du numérique et une alternative européenne de cloud, répond à L’Usine Nouvelle Vincent Malka, consultant au cabinet teknowlogy. Cela peut paraître paradoxal de diaboliser les acteurs américains puis de s’allier avec eux. Mais il ne faut pas diaboliser les Gafam. La plupart des grandes entreprises européennes les utilisent et ils sont en train de devenir des fournisseurs de technologies à des acteurs locaux du cloud comme Orange, OVHcloud ou T-Systems. OVHcloud va servir de passerelle pour faire profiter ses clients des innovations de Google tout en leur garantissant une protection du Cloud Act. "

Question de time-to-market

Avec ce partenariat, OVHcloud accède à la plateforme Anthos de gestion d’applications dans le cloud (PaaS pour platform as a service) de Google. Une façon d’étendre rapidement son offre sur cette couche du cloud. " OVHcloud reste présent principalement dans le cloud d’infrastructure – IaaS (pour infrastructure as a service), rappelle Vincent Malka. Son accord avec Google répond à des préoccupations de time-to-market. Il lui permet de progresser très vite dans le PaaS en accédant aux technologies de pointe de Google sur cette couche du cloud. Il aurait pu continuer à développer ses propres solutions. Mais face à la capacité d’investissement des Gafam, il n'aurait jamais pu rattraper son retard. "

Google insiste sur la séparation entre le logiciel de la plateforme Anthos et l’infrastructure d’OVHcloud. " Nous fournissons juste la couche logicielle, explique l’entreprise à L’Usine Nouvelle. C’est ensuite à OVHcloud de la faire tourner sur sa propre infrastructure de façon à répondre aux exigences de localisation et souveraineté des données de certaines entreprises françaises et européennes. Ce modèle conforte l’ancrage d’OVHcloud comme fournisseur de cloud souverain et de confiance en France et en Europe. Il s'agit du premier partenariat de ce type conclu par Google dans le cloud. "

Le choix de Google comme partenaire n’est pas fortuit. " Google est un acteur ultra puissant et extrêmement innovant, affirme Vincent Malka. Mais il est arrivé tardivement dans le cloud, et contrairement à Amazon, Microsoft ou IBM, il ne dispose pas encore de datacenter en France. Passer par des acteurs locaux constitue un moyen d’accélérer sa pénétration du marché. L’accord avec OVHcloud lui offre un relais intéressant de croissance notamment auprès des start-up, PME et ETI, qui forment le gros bataillon de la clientèle de l’acteur français, héritage de son activité d’hébergement de sites Web. "

Engagement envers l'Open Source

Avec Anthos, OVHcloud accède à une myriade de services dans la data et l’intelligence artificielle qui font la grande force de Google dans le cloud. Le champion français du cloud s’inscrit dans le même temps dans une tendance : la conteneurisation des applications pour en faciliter le développement et la mise à jour indépendamment des plateformes technologiques utilisées. " La plateforme Antos s’appuie sur la technologie de conteneur Kubernetes développée par Google sur la base de l’Open Source et devenue un standard de fait du marché, note le consultant de teknowlogy. Cela correspond à la stratégie d’OVHcloud en faveur de l’Open Source, gage d’interopérabilité, de portabilité, de réversibilité ou encore d’ouverture aux standards. Des trois grands acteurs mondiaux du cloud, Google reste celui le plus engagé dans l’Open Source. "

Ce partenariat s’inscrit aussi dans une autre tendance lourde : le cloud hybride qui combine du cloud privé pour les applications sensibles et du cloud public pour les applications banalisées ou digitales. OVHcloud fait de cette tendance le point fort de son positionnement, alors que les géants américains de l’internet privilégient plutôt le cloud public. C’est d’ailleurs dans son offre de cloud privé qu’il prévoit d’intégrer la technologie Anthos de Google. " OVHcloud reste pragmatique sur le plan technologique, estime Vincent Malka. S’il utilise la plateforme OpenStack, qui vient de l’Open Source, pour son cloud public, il fait appel à la technologie de VMware pour son cloud privé parce qu’elle est celle la plus utilisée dans ce domaine. Son accord avec Google est technologique. Il est comparable à celui qu’il a déjà avec VMware. "

Volonté de booster la croissance

Enfin, cet accord illustre la volonté sans tabou de Michel Paulin, directeur général d’OVHcloud, d’accélérer la croissance de l’ETI roubaisienne (Nord) qu’il dirige depuis août 2018. L’acteur français ne publie pas ses résultats mais il progresse moins vite que Amazon, Microsoft et surtout Google dans le cloud. " Il n’y a pas de secret, si vous voulez vous développer, vous devez vous allier à ceux qui croissent le plus vite, recommande Vincent Malka. En s’acoquinant avec Google, OVHcloud se donne des chances de booster son développement et de mettre les technologies de son partenaire américain à la portée d’entreprises sensibles aux exigences de souveraineté des données comme les opérateurs d’importance vitale ou les opérateurs de services essentiels. "

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