Le fondeur de puces TSMC booste ses investissements... mais la pénurie mondiale devrait se poursuivre en 2022

Porté par une demande plus soutenue que prévue, le plus grand fondeur mondial de puces TSMC booste ses investissements 2021 à un record de 30 milliards de dollars. Un coup de pouce qui vise à atténuer la pénurie actuelle de puces. Mais le groupe taïwanais avertit que la crise pourrait se prolonger en 2022.

 

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TSMC usine Fab12 à Taïwan
Usine de puces de TSMC à Taiwan

Le groupe taïwanais TSMC, plus grand fondeur mondial de puces, prévoyait d’investir entre 25 et 28 milliards de dollars en 2021. Devant l’explosion de la demande et la pénurie qui pénalise tous ses clients, il vient de décider de porter cet effort à un record de 30 milliards de dollars, contre 17,2 milliards de dollars en 2020. C’est-ce qu’il a annoncé lors de la présentation de ses résultats du premier trimestre 2021 ce 15 avril 2021.

Et le groupe, qui joue un rôle central dans la production de puces pour de grands clients fabless (sans usines) comme Apple, AMD, Broadcom, MediaTek, Nvidia ou Qualcomm mais aussi de fabricants disposant en interne d’usines comme NXP, Infineon Technologies, Renesas Electronics, STMicroelectronics ou Texas Instruments, n’entend pas relâcher son effort puisqu’il prévoit d’investir 70 milliards de dollars en 2022 et 2023.

Augmentation des capacités de production

Avec ce coup de pouce, TSMC répond à l’appel insistant des Etats-Unis, du Japon ou encore de l’Union européenne pour accroitre ses capacités de production et aider ainsi à résorber la pénurie qui, après avoir affecté l’automobile, pénalise désormais tous les secteurs, menaçant de freiner la reprise de l’économie mondiale. " Nous travaillons étroitement avec nos clients pour atténuer les effets de cette crise, affirme Charles Wei, le directeur général du groupe. Nous nous employons à améliorer notre productivité et notre efficience industrielle de façon à augmenter rapidement notre production. Mais face à une demande plus soutenue qu’attendue au départ, nous augmentons aussi nos capacités de production. C’est pourquoi nous revoyons à la hausse nos investissements pour 2021. La pénurie devrait commencer à s'atténuer au troisième trimestre 2021. Mais il est probable qu'elle se prolonge en 2022. "

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La pénurie a été provoquée par la pandémie du Covid-19 qui a fait exploser la demande de PC, jeux vidéo, téléviseurs et équipements pour le travail et le divertissement à domicile et accéléré la transformation numérique des entreprises, conduisant à une réallocation des capacités de production de puces aux dépens de l’automobile qui avait brutalement annulé ses commandes. La crise ne fait que s’aggraver par des évènements hors de contrôle des fabricants comme la tempête de froid au Texas, qui a provoqué la fermeture pendant six semaines des usines de Samsung, NXP et Infineon Technologies à Austin, la vague exceptionnelle de chaleur à Taïwan, qui ralentit la production de fondeurs comme TSMC par manque d’eau, ou récemment l’incendie qui a touché la plus grande usine de Renesas Electronics au Japon.

Concernant la vague de chaleur, qui sévit à Taiwan, le patron de TSMC s'est montré rassurant. " Bien sûr, nous respectons les restrictions de consommation d’eau imposées par le gouvernement, note-t-il. Mais nous avons mis en place un procédé de recyclage de façon à assurer la quantité d’eau nécessaire au maintien de notre rythme de production. " La production de puces consomme de grandes quantités d’eau pour le nettoyage et le rinçage des plaquettes après les opérations de gravure.

+20 % du chiffre d'affaires attendu en 2020

Du fait du développement de la 5G, de l’accélération du numérique ou encore de l’électrification de l’automobile, le marché des puces a augmenté de près de 11 % en 2020 selon Gartner, alors que, du fait de la pandémie du Covid-19, le PIB mondial s’est contracté de 4,3 % selon la Banque mondiale. " Nous sommes dans une tendance lourde de forte augmentation de la demande de semi-conducteurs dans les années à venir, affirme Wendell Huang, directeur financier de TSMC. Nous anticipons en 2021 une croissance de 12 % pour le  marché hors mémoires et de 16 % pour notre marché des services de fonderie de puces. " Le groupe, qui s’attendait à une progression de son chiffre d’affaires de 15 % en 2021, table désormais sur un bond d’environ 20 % à 54,6 milliards de dollars. De quoi conforter sa position de leader incontesté des services de fonderie de puces, un marché qu’il dominait à 59 % en 2020 selon le cabinet Counterpoint, loin, très loin devant Samsung Foundry, petit numéro deux avec 15 %.

La pénurie actuelle conduit TSMC à mieux équilibrer l'allocation des 100 milliards de dollars qu’il prévoit d’investir en trois ans. Si les technologies les plus avancées comme celles de 7, 5 et 3 nanomètres, demandées dans les smartphones, PC et serveurs, continuent à bénéficier du gros de l’effort (80 % en 2021), le groupe n’entend pas oublier maintenant les technologies matures comme celles utilisées dans l’automobile. Il prévoit de leur consacrer 10 % de ses investissements en 2021.  " Nous allons augmenter nos capacités de production dans ces technologies matures », promet Charles Weil, coupant court aux critiques l'accusant d'avoir négligé ce marché au profit d’applications à plus gros volumes et plus fortes marges dans les smartphones.

De Washington à Tokyo, en passant par Bruxelles, TSMC est vu comme le fabricant disposant de la clé de la solution au problème actuel de pénurie. Tous tentent de l’amadouer pour l’inciter à ouvrir chez eux une usine de fonderie avancée. L’investissement monstre de 100 milliards de dollars en trois ans est l’occasion rêvée à saisir. Les Etats-Unis ont réussi à le convaincre d’investir 12 milliards de dollars en Arizona. Le Japon a obtenu l’ouverture d’un centre R&D avancé à Tsukuba. L’Union européenne n'écarte pas l'option de faire appel à TSMC. Face à ces sollicitations de toutes parts, TSMC se contente d’une réponse diplomatique. " Nous n’écartons pas la possibilité de créer des usines dans d’autres pays que Taïwan, indique Charles Wei. D’ailleurs, nous avons des usines aux Etats-Unis, en Chine et à Singapour. Nous étudierons les propositions aux cas par cas avec les autorités concernées et déciderons en fonction des préférences géographiques de nos clients. Mais à ce stade nous n'avons pas de projet en Europe. Nous restons attachés à notre stratégie de conserver à Taïwan la plus grande partie de notre R&D et de notre production. "

Boom de l'automobile

Cette crise va-elle inciter des fabricants intégrés (qui disposent de leurs propres usines) à accroitre leur capacité de production en interne ? Charles Wei ne le pense pas. " Au contraire, nous les voyons augmenter la sous-traitance de la production auprès des fondeurs dans les années à venir ", prévoit-il. L’exemple d’Intel lui donne raison. Le groupe américain, numéro un mondial des semi-conducteurs, va confier à partir de 2023 la fabrication d’une partie de ses processeurs pour PC et serveurs à TSMC, alors qu'il tenait jusqu'ici à les produire en totalité en interne. Il est poussé à cette ouverture par des besoins de flexibilité et d’accès aux technologies nec plus ultra de production de puces disponibles aujourd’hui seulement auprès de deux fondeurs dans le monde: TSMC et Samsung.

Au premier trimestre 2021, le chiffre d’affaires de TSMC a bondi de 25,4 % en un an à 12,9 milliards de dollars, tandis que ses livraisons de plaquettes de puces en équivalent de 300 mm ont augmenté de 14,8 % à 3,36 millions d’unités et ses investissements ont atteint 8,84 milliards de dollars. La croissance a été tirée par l’automobile (+31 %), le calcul à hautes performances  (+14 %), l’électronique grand public (+11 %) et l’Internet des objets (+10 %).

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