Le fabricant de coeurs artificiels Carmat en quête d’argent frais rapidement

Pénalisée par des problèmes d’approvisionnement depuis le début de l’année, l’entreprise française spécialiste du cœur artificiel Carmat a dû revoir à la baisse ses objectifs financiers, et cherche de nouveaux financements. Actuellement, l'entreprise dit ne disposer de fonds nécessaires que jusqu’à fin octobre. En revanche la montée en cadence de la production est effective.

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Usine Carmat Bois d'Arcy
Ralentie par des problèmes d'approvisionnement depuis le début de l'année, la production de Carmat à Bois d'Arcy (Yvelines) a repris une cadence normale cet été et monte en cadence depuis. A partir de fin 2023, l'usine devrait disposer de capacités de 500 coeurs artificiels par an.

La bourse n’a pas apprécié. L’action Carmat a dégringolé d’environ 20% le 26 septembre 2023, suite à la publication, la veille, des résultats financiers du premier semestre. Au cours des six premiers mois, l’entreprise n’a pu écouler que trois cœurs artificiels, limitant son chiffre d’affaires à 0,6 million d’euros. Mais ce qui a surtout déplu aux investisseurs, c’est la dégradation des objectifs financiers.

En début d’année, Carmat tablait sur un chiffre d’affaires entre 10 et 13 millions d’euros. Ce qui est inatteignable avec des prévisions de revenus envisagés entre 4 et 6 millions d’euros pour le second semestre 2023. Autre mauvaise nouvelle : avec 23,8 millions d’euros de trésorerie disponible, la société a dévoilé pouvoir financer ses activités seulement jusqu’à fin octobre 2023. En conséquence, Carmat doit trouver des solutions financières à court-terme.

«Vous pouvez vous attendre à des annonces très rapidement», a indiqué Pascale D’Arbonneau, directrice financière de Carmat, lors d’une conférence en ligne avec les investisseurs, assurant que la société était pleinement mobilisée pour «lever de l’argent, de manière dilutive et non-dilutive». Stéphane Piat, directeur général, a relevé que «Tesla avait failli mourir dix fois avant de briller» et a tenté de rassurer en rappelant que santé était un domaine très particulier, avec des délais longs, mais que la «société sait qu’elle peut compter sur ses actionnaires existants». Au premier rang desquels on trouve Matra Defense avec près de 12% du capital.

En parallèle, Carmat insiste sur le fait que sa prothèse Aeson continue de démontrer ses avantages, que les essais cliniques progressent bien, et que les marchés sont en attente. Commercialisé pour le moment en Allemagne et en Italie, ce cœur artificiel tricolore pourrait, au cours de ce second semestre, pouvoir accéder au marché dans  huit pays supplémentaires : Autriche, Grèce, Slovénie, Croatie, Serbie, Suisse, Israël et Arabie saoudite.

Une production ralentie début 2023 mais qui monte en puissance depuis l'été

Les difficultés financières actuelles de Carmat semblent découler en particulier de la production. Après des problèmes de qualité qui avaient déjà pénalisé l’entreprise entre fin 2021 et l’automne 2023, ce sont des soucis d’approvisionnement auprès de fournisseurs qui ont pesé au premier semestre. Carmat assure avoir résolu ses soucis avant l’été après avoir renforcé son portefeuille de fournisseurs. Elle cite notamment, dans un communiqué, des partenariats avec le français Vygon «sur les conduits de connexions de la prothèse» et avec «la société suisse MPS pour le groupe motopompe». Ces derniers mois, l’usine Carmat à Bois d’Arcy (Yvelines) a pu ainsi renouer avec une cadence normale. La production devrait ainsi s’étalonner à plus de 10 cœurs artificiels par mois entre septembre et décembre, et à un total de 60 et 70 cœurs Aeson pour l’ensemble de l’année 2023. Un stock d’une vingtaine de prothèses est actuellement disponible.

La montée en puissance industrielle est l’une des clés de la stratégie de Carmat. L’entreprise prévoit de pouvoir atteindre des capacités de production de 500 cœurs artificiels par an dès la fin de cette année. Ce qui, potentiellement, correspondrait à des ventes annuelles de l’ordre de 100 millions d’euros. A Bois d’Arcy, un deuxième bâtiment, centré sur les opérations d’assemblage, est en cours de finalisation. Et à l’horizon 2027, un troisième bâtiment de production est prévu, avec la possibilité de doubler les capacités à 1000 cœurs par an. De quoi, logiquement, rassurer les investisseurs.

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