Le nucléaire français a perdu des compétences industrielles. Pour les retrouver, la filière mise sur les ateliers métiers. Pour comprendre de quoi il s’agit, direction la Normandie, et plus précisément la zone d’activité du village de Beaumont-Hague (Manche), à 19 km de Cherbourg et 23 km de la centrale nucléaire de Flamanville. C’est ici que la nouvelle Haute école de formation de soudage, Hefaïs accueille provisoirement, depuis octobre 2022, des promotions de futurs soudeurs, demandeurs d’emploi ou salariés en poste, en attendant ses locaux définitifs, à Cherbourg. Trois fois plus grands, ils seront livrés en mai.
Le lieu est couru des journalistes. Une semaine avant L’Usine Nouvelle, une équipe de télévision est venue tourner des images, indique le cahier d’émargement à l’entrée. Ce qui ne semble pas gêner dans son travail David Leblond, un formateur de l’Institut de soudure, qui encadre le jour de notre visite une promotion de 15 personnes en recherche d’emploi, de tous âges et de tous niveaux, dont deux femmes. Leur formation a débuté en octobre 2023 pour sept mois, dont trois semaines à Hefaïs.
Come SITTLER Créée par Orano, EDF, Naval Group et CMN Industrie, cette école est unique en son genre. «Afin d’être opérationnels dès leur arrivée dans l’entreprise, les apprenants s’entraînent en conditions réelles dans sept environnements reconstitués. Deux reproduisent un contexte propre à Orano, quatre à EDF et un à Naval Group et CMN», explique David Leblond. Ce sont les fameux ateliers métiers, qui existent depuis 2012 à l’école des métiers d’Orano de La Hague, pour former par compagnonnage des téléopérateurs et des techniciens de maintenance, certains recrutés sans diplôme, mais pour leur habileté.
Come SITTLER Ces environnements reconstitués reproduisent fidèlement les futures conditions de travail ainsi que les protocoles à appliquer. C’est donc avec les équipements de protection d’EDF, accroupi, que Loïc Pellezer, un Champenois de 37 ans, réalise devant nous une soudure sur une canalisation difficile d’accès dans l’une des quatre maquettes à l’échelle 1 de l’installation d’une centrale nucléaire. Il a choisi le procédé TIG (tungstène gaz inerte), utilisé dans 95 % des soudures de canalisations nucléaires, « car j’aime les choses minutieuses », nous explique-t-il.

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Des métiers en manque d’attractivité
Come SITTLER En face, Thibaut Baudin, 25 ans, un ancien agent de sécurité d’Orano, se contorsionne pour s’allonger sur le dos dans la maquette d’une coque de navire afin de souder à l’envers avec le procédé d’électrode enrobée. «Le plus dur, c’est de trouver la position juste et de la garder en étant à l’aise», reconnaît-il en sortant.
Un constat que partage Lucile Lebunetel, 35 ans, ex-commerciale reconvertie au soudage en 2012, qui, après avoir eu deux enfants, vient renouveler sa qualification, mais en changeant de procédé. «C’est un métier difficile à cause de la chaleur, des vêtements, des positions. Mais c’est un métier que l’on aime», remarque celle qui a déjà travaillé quatre ans comme soudeuse chez EDF. Le goût pour ce métier en tension dans toute l’industrie n’est pas si facile à communiquer. David Le Hir, le directeur de la centrale de Flamanville et président d’Hefaïs, admet qu’il faut encore travailler la question de l’attractivité.
Come SITTLER «Remplir les formations» est une problématique que partage Éric Gadet, le directeur de l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN), une école du CEA créée en 1955, dont l’antenne de Cherbourg est spécialisée dans la formation aux métiers de la radioprotection, là aussi avec des chantiers écoles. Sur 1200 m2, les stagiaires, de niveau bac -5 à bac +6, se familiarisent, au fil des sessions, avec le vestiaire type des équipements de protection individuelle utilisés chez Orano, Framatome, le CEA, TechnicAtome ou EDF, selon les procédures, de l’équipement lourd au simple bleu de travail. Ils disposent aussi de tous les modèles de dosimètres, d’une zone pilote de déchets, d’un atelier outils, d’une mini-centrale nucléaire avec deux circuits de refroidissement, de bras manipulateurs pour enceintes irradiées et d’une zone métrologie très encadrée avec accès à de véritables sources radioactives…
Les scénarios adaptés à chaque situation et à chaque entreprise sont joués en équipes, chacun contrôlant le travail de l’autre, sous l’œil attentif du formateur. L’objectif est d’acquérir ou de renouveler son accréditation. En plus des formations continues, souvent payées par les entreprises, l’INSTN accueille des ateliers pratiques de formation initiale, comme la licence professionnelle Métiers de la radioprotection et de la sûreté nucléaire, que suit Thibault, 22 ans, après un bac pro puis un BTS Environnement nucléaire à Bordeaux. Ce serait là aussi un «métier de passion», où l’on ne s’ennuie pas, car il implique «de s’intéresser aux activités des autres», explique Alain Pin, le chef adjoint de l’unité énergie de l’INSTN de Cherbourg, qui nous accompagne durant la visite. Reste pour la filière à le faire savoir.
Reportage photo : Come Sittler
"Réindustrialiser le territoire : la filière maritime comme vecteur d’innovation et de durabilité" : c'est le thème de l'étape de Territoires & Industrie à Cherbourg le 26 septembre prochain. Programme et inscription (gratuite) ici.



