Le conseil d'administration de Suez réplique face à "l’approche hostile" de Veolia

Le conseil d'administration de Suez confirme le 10 septembre son soutien au plan stratégique 2030 de l'industriel français et son opposition au projet de rapprochement mené par son frère ennemi, Veolia. Et annonce rechercher une solution alternative à celle proposée par Veolia.

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Puits de carbone Suez
Aux yeux du Conseil d'administration, le plan Suez 2030 lui suffit pour rester "une société agile, innovante et à forte composante technologique."

C'est un nouvel épisode dans la guerre qui fait désormais rage entre les industriels français numéros un et deux mondiaux du traitement de l’eau et des déchets, Veolia et Suez, depuis que le premier a annoncé son intention de s’emparer du second. Le 10 septembre, dans un communiqué, le conseil d’administration de Suez n’y va pas par quatre chemins :

"réuni hier, il a considéré à l’unanimité que le projet d’opération hostile annoncé par son concurrent Veolia,le 30 août 2020,est incompatible avec l’intérêt de SUEZ et de l’ensemble de ses parties prenantes, en particulier ses actionnaires, ses salariés et ses clients." Il apporte "dès lors son plein soutien à l’équipe de direction dans la mise en œuvre de l’accélération du plan SUEZ 2030 ainsi que dans ses recherches d’une solution alternative à celle proposée par Veolia dans l’intérêt de la société et de l’ensemble des parties prenantes du groupe".

Une position défendue par le directeur général de Suez... mais pas par le Premier ministre

Cette position reprend celle déjà défendue par le directeur général de Suez, Bertrand Camus, dans son courrier adressé aux salariés mercredi 2 septembre, par le comité de groupe France et le Comité d’entreprise européen le même jour, et par le Conseil de surveillance de Suez le 21 août. Elle s’oppose dès lors à l'avis du Premier ministre Jean Castex, selon lequel le projet d’acquisition de Suez par Veolia "fait sens", avait-il déclaré lors de la présentation du plan de relance. Lui y voit la meilleure opportunité de sauver l’emploi.

Mais dans son communiqué du 10 septembre, le conseil d’administration de Suez – qui s’est prononcé à l’unanimité, sauf Judith Hartmann et Franck Bruel qui n’étaient pas présents en raison des fonctions qu’ils exercent au sein d’Engie - démonte pour sa part, point par point, le projet de Veolia, qu’il qualifie de "démarche hostile et opportuniste" et auquel il ne croit pas : "Le «grand champion» constitue un mirage industriel dans les services à l’environnement".

Désaccord sur le prix de la transaction

A ses yeux, le prix proposé par Veolia à Engie pour racheter sa part serait largement insuffisant. "La qualité du portefeuille d’actifs de SUEZ, ainsi que les références de valorisation extériorisées par des transactions, récentes et à venir dans le programme de rotation d’actifs, conduit à une valeur significativement supérieure au cours actuel." Sur le plan organisationnel, "la structure d’ensemble proposée par Veolia est contestable et expose SUEZ et ses actionnaires à une longue période de déstabilisation et à un risque de prise de contrôle dans des conditions inacceptables".

Se pose également la question de la concurrence, selon les administrateurs de Suez. "Le projet de Veolia de prendre le contrôle de SUEZ pose d’importants problèmes de concurrence et réglementaires, en France et à l’étranger et, selon SUEZ, l’acquisition du bloc de 29,9% devra être soumise à plusieurs autorités. (…) Le projet annoncé par Veolia omet des risques d’exécution et des disynergies majeurs. Il devrait mener à de multiples cessions d’actifs locaux conduisant à un démantèlement et à une dilution de l’empreinte de SUEZ et de son savoir-faire technologique. Ceci pourrait peser défavorablement lors des renouvellements contractuels prévus au cours des années à venir." Et notamment en France, estime le conseil d'administration. "En ce qui concerne le secteur de l’Eau en France, le projet de cession de l’activité de SUEZ à Meridiam, dont les termes précis auraient dû être rendus publics, est flou, imprécis et ne semble pas offrir les garanties de sérieux et de crédibilité qui seraient susceptibles d’en faire une solution acceptable au regard des règles de concurrence et pour nos clients qui ont déjà manifesté leur opposition à ce projet."

Enfin, il fait part de son inquiétude sur le plan de l’emploi. "La création de valeur est principalement axée sur des synergies de coûts massives qui ont conduit les 90.000 salariés de SUEZ à manifester des craintes légitimes sur la préservation de leurs emplois au sein du groupe."

Accélérer le plan Suez 2030

Dès lors, que propose-t-il en réponse ? Il annonce avoir "revu l’avancement du plan SUEZ 2030 et a réitéré à l’unanimité sa totale confiance dans le plan stratégique de SUEZ en tant que société indépendante et dans l’équipe de direction de la société pour mener ce projet industriel, fortement créateur de valeur. Ce plan conforte SUEZ comme leader mondial des services à l’environnement, le prépare aux opportunités de croissance de demain en tant que société agile, innovante et à forte composante technologique." Ce plan, qui mise "sur l’accélération de la croissance organique, l’amélioration de la performance opérationnelle et la rotation du portefeuille", peut lui suffire pour rester une entreprise indépendante, estime le conseil d'administration de Suez.

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