Ce qu'attend Veolia du rachat de Suez

Après l’annonce le 30 août de la volonté de Veolia de reprendre le groupe Suez pour en faire un champion de la transition écologique, son PDG Antoine Frérot a donné quelques détails sur l’opération qui pourrait être bouclée avant 18 mois.

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Antoine Frerot
Antoine Frérot, le PDG de Veolia, pense boucler l'opération d'ici 18 mois environ.

Veolia veut créer "un champion de la transition écologique". Antoine Frérot, le PDG de Veolia, l’a de nouveau affirmé, ce lundi 31 août 2020 lors d’une conférence de presse téléphonique. Pour lui, pas de doute, les deux entreprises ont des activités complémentaires et "des valeurs communes". "C’est une opportunité historique de créer le leader mondial. La priorité environnementale n’a jamais été aussi forte, comme en témoigne le Green Deal."

Dimanche 30 août, Veolia a remis une proposition de rachat des parts d’Engie, premier actionnaire de Suez (29,9%) pour un montant de 2,9 milliards d’euros, et alors que son Président du conseil d’administration, Jean-Pierre Clamadieu n’a pas fait mystère ces derniers temps de sa volonté de céder des actifs jugés non stratégiques et des participations minoritaires. Veolia propose 15,5 euros par action.

Une opération à 10 milliards d'euros hors dette

Si Engie accepte cette offre, Veolia lancera une offre publique d’achat sur les 70,1% restants. Au total, cette acquisition devrait atteindre 10 milliards d’euros sans compter la dette nette de Suez, qui s’élevait au 31 mars 2020 à 10,4 milliards d’euros.

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Le chiffre d’affaires du nouveau groupe devrait atteindre 40 milliards d’euros. Antoine Frérot est très optimiste sur les suites de cette opération. "Je pense que notre projet est totalement convaincant et qu’il sera accepté. […] L’objectif est d'accomplir le principal défi du siècle, réduire la crise écologique." Et il envisage de boucler cette acquisition dans un délai de 12 à 18 mois après la validation par Engie qui devrait prendre environ un mois.

Pour l’instant, Suez a publié une réaction succincte pour dire que "Suez prend acte du communiqué de son concurrent Veolia. La démarche de Veolia n'a pas été sollicitée et n'a fait l'objet d'aucune discussion avec Suez. Suez réunira son conseil d’administration dans les plus brefs délais afin d’étudier l’opération et ses impacts envisagés, sous le prisme de l’intérêt de la société, de ses actionnaires, de ses salariés et de l’ensemble de ses parties-prenantes."

Céder l’activité eau de Suez en France à Meridiam

Si le rachat est accepté et même si les deux entreprises ont des activités complémentaires notamment à l’international, qui nécessitera quelques cessions d’installations, en France, Antoine Frérot s’est engagé à céder l’activité eau de Suez à Meridiam. Cette entreprise spécialisée dans l’investissement et de la gestion d'actifs dans les infrastructures publiques au service de la collectivité, a été créée en 2005 par Thierry Déau, ancien directeur d’Egis Projects, filiale de la Caisse des dépôts et consignation. En effet, le marché français de l’eau est concentré entre les deux grands groupes et un plus petit, Saur. La cession est inévitable pour éviter une situation monopolistique.

Le gouvernement par la voix de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a déjà indiqué que "l'Etat sera vigilant aux engagements que prendra Veolia en termes de maintien de l’emploi en France, et de conservation des actifs stratégiques pour la France".

De son côté le patron de Veolia a assuré que Meridiam pourrait apporter davantage de soutien pour le développement de ces activités. Il a affirmé que cette acquisition n’aurait aucune conséquence pour l’emploi. "Au contraire, nous allons créer de nouvelles solutions, et de nouveaux emplois." Et si certaines mégafusions ont échoué, il préfère se référer aux exemples de Total/Elf et Sanofi/Aventis.

Le marché de l’eau, des déchets et des services à l’énergie est très éclaté, et Veolia indique qu’il est le leader mondial avec 2 à 3 % de parts d'un marché évalué à 1400 milliards d'euros. Sur le seul marché de l’eau évalué à 600 milliards d’euros, le groupe français détient moins de 5% de parts de marché.

Enfin, le montant des synergies de coûts est estimé à 500 millions d’euros. Antoine Frérot annonce que Veolia sera en mesure d’absorber le coût du rachat de Suez en trois ans.

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