Les travaux de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, en sommeil depuis le 16 mars, ont reçu le feu vert des autorités pour reprendre progressivement. "On a repris aujourd'hui" confie à L'Usine Nouvelle lundi 27 avril Didier Cuiset, directeur d'Europe Echafaudage, une des entreprises présentes sur le chantier de l'édifice, "mais pour mettre en place toutes les mesures spécifiques au Covid-19".
"Cela va nous prendre toute la semaine", estime le chef d'entreprise, après, "on ne sait pas encore". "On discute en ce moment sur le nombre d'ouvriers qui seront autorisés sur le chantier, les plannings propres à chaque entreprise, mais cela va être restreint au début".
"Il est extrêmement important d'assurer à chacun en amont des conditions sûres face à la pandémie", a insisté lundi 27 avril sur Europe 1 le général Jean-Louis Georgelin, président de l'établissement public en charge de la restauration de la cathédrale. Avant la crise sanitaire, la fin de reconstruction était fixée à avril 2024. "Nous ferons tout pour la respecter", assure l'ancien chef d'état-major des armées, précisant toutefois, "cette date n'est pas celle de la fin des travaux, mais celle à laquelle la cathédrale devrait être rendue au culte catholique."
Des procédures pour faire redémarrer le chantier
Le chantier à proprement parler ne devrait pas reprendre avant le lundi 4 mai. "Pour reprendre, on doit respecter tout ce qui est dans le lexique de l'OPPBTP", détaille Didier Cuiset. Depuis le 10 avril, l'Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Public a mis en ligne ses préconisations pour la reprise des chantiers du BTP. Distanciation sociale entre les travailleurs, port du masque, restriction du nombre d'ouvriers présents en même temps sur le chantier… Des mesures qui viennent s'ajouter à celles déjà nombreuses liées à la pollution au plomb sur le chantier de Notre-Dame. "Un véritable casse-tête", avoue Didier Cuiset.
"Sur le chantier, les masques de type FFP2 seront obligatoires, détaille-t-il. Il faut aussi nommer un responsable Covid pour s'assurer que les règles sont respectées, loger les ouvriers dans des chambres individuelles, repenser les heures de repas et permettre une distance de 1 mètre entre les ouvriers". Enfin, glisse-t-il, "iI faut composer avec l'appréhension de mes employés."
"Quand nous aurons mis en place ces mesures, l'inspection du travail viendra vérifier que tout est respecté. Ensuite, le général Georgelin donnera son accord pour reprendre le chantier", explique-t-il.
Une nouvelle base-vie respectant les mesures de distanciation sociale
La base-vie, local attenant au chantier de Notre-Dame destiné à accueillir les ouvriers, doit être repensée et agrandie. On y trouve notamment les douches à l'usage des travailleurs qui ont l'obligation d'en prendre une à chaque fois qu'ils sortent du chantier. "On était en train de créer une nouvelle base-vie côté Seine, on avait posé deux étages. On va en rajouter deux, pour mettre plus de distance entre les douches", explique Didier Cuiset.
Sur le chantier, les mesures contre la pollution au plomb imposent déjà des procédures drastiques. "A chaque fois que l'on attaque un nouvel endroit, on doit porter un masque avec un respirateur automatique à la ceinture pour assurer une sécurité maximum. On effectue des tests de la qualité de l'air pour relever des traces de plomb. S'ils sont positifs, on doit porter ce masque en permanence, ce qui sous-entend une pause toute les deux heures", relève Didier Cuiset.
Terminer les installations pour déposer l'échafaudage incendié
Dans l'immédiat, il est impossible de donner un calendrier des travaux sur la longue durée. "La prochaine étape, c'est terminer les installations pour déposer l'échafaudage incendié, puis poser un échafaudage parapluie sur la nef, ça prendra plus ou moins de temps en fonction du nombre d'équipes autorisées à monter la haut", estime Didier Cuiset. Ses équipes devaient également poser des filets de sécurité pour permettre la réouverture des commerces dans les rues attenantes à la cathédrale pendant les travaux, puis construire un échafaudage pour démonter le grand orgue de la cathédrale.
Pas de calendrier précis pour la dépose de l'échafaudage sinistré
La gigantesque structure métallique, installée pour les travaux de restauration de la flèche effondrée, surplombe toujours la cathédrale. Son démantèlement avait commencé juste avant le confinement. Si le général Georgelin a annoncé un calendrier de quatre mois concernant la dépose de l'échafaudage sinistré, Didier Cuiset est plus prudent. "Cela peut être deux mois, peut être quatre, voire six", en fonction des conditions météo et de l'état de la structure, notamment la partie incendiée dont des tubes de métal, soudés entre eux, pendent au-dessus du trou formé par la chute de la flèche.
Le découpage pourra se faire à partir d'une nacelle ou de la poutre métallique posée en travers au-dessus de l'échafaudage incendié. "L'opération de découpe avec les cordistes ne commencera pas avant fin mai - début juin", affirme Didier Cuiset. Une grue géante viendra ensuite soulever et déposer au sol les parties découpées. "Avant la découpe par les cordistes, je dois inspecter cette partie de l'échafaudage depuis une nacelle, pour leur indiquer ce qu'ils doivent couper et ce qu'on peut retirer à la grue, explique Didier Cuiset. La nacelle a été adaptée pour pouvoir être trois en toute sécurité, avec des parois en Plexiglas".
Avant le confinement, le chantier accueillait 70 à 80 ouvriers, dont une trentaine employés par Europe Echafaudage. "Si on peut reprendre avec une équipes de douze, ce sera déjà bien", conclut le dirigeant.



