La guerre du camembert, un feuilleton sans fin. Depuis des années, les défenseurs de l’AOP «Camembert de Normandie», label obtenu en 1996, traquent les productions qui viennent marcher sur leurs plates-bandes sans remplir le cahier des charges. Le 10 janvier, la Cour d’appel administrative de Nantes leur a apporté une bonne nouvelle : elle a confirmé la validité d’un contrôle d’une inspectrice de la répression des fraudes, qui avait conduit à une demande de mise en conformité des emballages de Lactalis fin 2021. Ce que le champion des produits laitiers contestait vivement depuis.
La Mention "Normandie" non, l'usine oui
Au cœur de la discorde se trouve – entre autres – son fameux camembert «Président» qui compte sur le devant de l’emballage les mentions «fabriqué en Normandie» et «lait 100% normand». Cette marque ne dispose pas de l’AOP, qui suppose notamment le recours à un lait non pasteurisé et une durée de pâturage étendue pour les vaches. Or, au regard de la réglementation sur les dénominations protégées, «il ne saurait être fait mention, en association avec le terme générique «camembert», de l’origine «Normandie», (…) d’une manière telle que cette association de termes, en reprenant l’essentiel de la dénomination protégée, conduise le consommateur à avoir directement à l’esprit (…) le fromage bénéficiant de l’appellation d’origine.»
À en croire les juges, l'industriel pourra faire mention du lieu de fabrication à condition qu'elle ne vienne pas à côté du mot «camembert». Par exemple en présentant l'usine au dos de l'emballage. À l’inverse, les juges ont estimé que l’industriel pourrait toujours apposer la mention «fabriqué en Normandie» sur les couvercles des fromages «Bridelight» et «Cœurmandie» : ces derniers n’étant pas du camembert, il n’y a pas de risque de confusion pour le consommateur avec l’AOP. Les membres du syndicat des fabricants de camembert (SNFC), partisans de la version pasteurisée, indiquent qu'ils vont se conformer à la décision. Mais le débat ne devrait pas s'arrêter là : Lactalis dispose notamment d’une possibilité de recours devant le conseil d’État.
Les débats sur l'origine dans l'impasse
L'affaire rappelle que les débats autour de l'origine des produits agroalimentaires sont trop souvent à la main des industriels. Ainsi, comment expliquer que le camembert Président affiche fièrement l'origine normande de son lait alors que le beurre de la même marque affiche encore parfois au dos un lait originaire de l'Union européenne ? L'industriel pourra toujours arguer - à juste titre - qu'il manque de matière grasse pour couvrir les besoins nationaux, reste que les emballages participent d'un double discours.
Ces entreprises se savent pourtant attendues sur le sujet, en témoignent les demandes des agriculteurs et l'initiative de l’ancienne ministre de la consommation Olivia Grégoire autour de l’Origin’Info. Cette dernière a fait pschitt après avoir rallié peu d'industriels et n'essaime pas dans les rayons. Alors que le politique patine, ce sont donc les juges qui ont remis une pièce dans la machine.



