Travaux en cours. Lorsqu'il nous ouvre ses portes ce 9 novembre, le site de Domfront (Orne) propriété du géant des produits laitiers Lactalis n’en a pas encore tout à fait fini avec ses travaux de rénovation, en attestent ces sarcophages au milieu de l’usine de 16 hectares dans lesquels s'abritent les derniers chantiers. Mais le gros de ces 70 millions d’euros d’investissements depuis cinq ans est déjà en place : la pièce maitresse étant ce coagulateur géant de 77 mètres, qui permet de faire passer le lait d’un état liquide à solide, et produire 500 000 camemberts chaque jour pour la marque Président. La gestion des moules à fromage, en circuit clos, a aussi été intégralement automatisée.
Sur ce site historique de l’entreprise lavalloise, d’où sont sortis les premiers camemberts de la marque phare en 1973, la mue est importante : un passage d’ici 2024 de 380 à 490 salariés, de 24 500 tonnes à 40 000 tonnes de capacité de production, d’un seul et unique produit à quatre fromages. Domfront est connecté à 750 producteurs qui lui fournissent chaque année 450 millions de litres de lait. Avant les travaux, seule la moitié du lait était transformée sur ce site, le reste étant pasteurisé avant d’être réexpédié vers autres unités du groupe (Lactalis en possède 14 dans la seule Normandie).
Une extension qui soulage les sites voisins
Ce n’est pas tout. «Nous étions dans une situation contradictoire avec une énorme quantité de matière première disponible et un outil qui avait été conçu pour fabriquer uniquement du Camembert, détaille Vincent Rojat, le directeur du site. Le groupe a décidé d’élargir sa gamme de produits : depuis juin 2023, nous sommes capables de produire deux formats ovales [du type «Caprice des Dieux», la propriété de Savencia, l’un des grands concurrents sur la scène nationale, ndlr]. A partir de 2024 nous pourrons aussi produire des coulommiers.» Ces trois nouveaux fromages correspondent à l’ajout d’un peu plus de 15 000 tonnes de capacités de production.
Ils permettront de soulager les sites environnants. «Les ovales étaient produits à Retiers (Ille-et-Vilaine), l’atelier fromagerie a été fermé sur ce site pour qu’il puisse se concentrer sur la crémerie et les poudres de lait. Les coulommiers sont rapatriés depuis les sites de Clécy (Calvados) et Sainte-Cécile (Manche) qui arrivaient à saturation», poursuit l’industriel.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
En finir avec la production mono-produit
Cette réorganisation vient aussi compenser la baisse continue de la consommation de camembert qui rendait ce site mono-produit moins pertinent. Avec 43 000 tonnes achetées en grande surface, le camembert est le troisième fromage le plus acheté, au coude-à-coude avec la mozzarella. Mais il est victime de décroissance. «Sur les quinze dernières années, le rayon camembert perd 3,3% par an en moyenne, indique François Lebreton, directeur général des activités fromages de Lactalis. Le marché du fromage se porte bien en France : cette baisse est une conséquence de l’arrivée d’une multitude de spécialités dans le rayon.»
François Lebreton note toutefois un infléchissement inédit sur l’année écoulée avec une croissance des volumes de 3,8% après des années de grisaille. «Ce regain d’intérêt fort est lié à l’inflation. Le fromage est vendu en moyenne 12€ le kilo en grande surface, le camembert 9,6€ le kilo, le Président à 7,6€ soit moins de 2€ la boite», note celui qui espère que le mouvement dure. En tout état de cause, le marché des produits laitiers aura été relativement épargné par la déconsommation malgré une inflation en ligne avec l’ensemble des prix alimentaires, autour de 20% depuis deux ans.



