L’approche de l’entrée en fonction de la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) des produits et matériaux de construction du bâtiment, au 1er janvier 2023, constitue pour Altaroad un moyen supplémentaire de se développer. «Nous nous positionnons sur la traçabilité «amont» des déchets. La REP aura un effet bénéfique pour systématiser l’envoi des déchets dans les sites de réception, et prouver le départ des déchets depuis les chantiers», se félicite Cécile Villette, directrice générale de la start-up parisienne de 30 personnes, née en 2017 sous forme d’un spin-off de l’Ecole polytechnique, du CNRS et de l’université Gustave Eiffel.
Dans leurs missions, les éco-organismes ont un enjeu de réduction des décharges sauvages. «C’est une typologie potentielle de clients supplémentaires», constate la dirigeante. Le secteur du bâtiment est le premier émetteur de déchets en France (environ 42 millions de tonnes). Altaroad a développé une technologie permettant de tracer les flux de poids lourds, avec de la pesée de camions en mouvement, en alternative aux ponts-bascules qui doivent être posés à plat. Par la suite, une plateforme numérique a été développée, permettant d’identifier le trajet des camions. Sur les chantiers, des caméras peuvent désormais lire les plaques d’immatriculation et scanner le contenu des bennes.
«Les professionnels des déchets de chantiers gagnent du temps pour disposer d’informations sur la pesée, à tout endroit. Une intelligence artificielle reconnaît les déchets, par caméra, dans les bennes (traverses, DIB...) malgré leur hétérogénéité», poursuit Cécile Villette. Vinci a notamment participé à l’entraînement de l’IA. Avant l’arrivée de la REP, l’activité d’Altaroad avait préalablement été tirée par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020, qui impose d’assurer la traçabilité des déchets dangereux et des terres excavées. La start-up permet aussi d’éditer des bordereaux de suivi des déchets dangereux, dématérialisés depuis juillet.
Un bilan carbone des chantiers désormais disponible
Les produits d’Altaroad sont notamment utilisés dans le cadre de chantiers d’infrastructures de transport. En 2018, des bennes avaient été scannées à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) dans le cadre d’un chantier du Grand Paris Express. Plus récemment, sur le chantier du tramway T10, dans les Hauts-de-Seine, en tant que donneur d’ordre sur certaines sections, le département devait tracer les flux. L’occasion de faire la preuve de son système : «Nous utilisons des bandes de pesée sur essieux pour jauger le poids des camions. Au bord des pneus, on mesure les déformations, ce qui permet de récupérer des informations différentes, puis une IA recalcule ces informations, pour déterminer un poids, sans être à plat», relate Cécile Villette.
Des donneurs d’ordre publics et privés, des entreprises de bâtiment (Vinci, Fayat, Eiffage...), ainsi que des sites de réception de déchets sont aujourd’hui clients de la start-up. Depuis cette année, un bilan carbone des opérations de chantier est disponible pour les utilisateurs. En plus des informations liées à la traçabilité des déchets, des données des consommations sur sites (carburant des engins, énergie des bases vie...) peuvent être renseignées, en chargeant les factures dans le logiciel. Des recommandations liées à l’efficacité énergétique seront, par la suite, dispensées.



