La SNCF voit rouge avec une dette supérieure à 60 milliards d’euros

Le nouveau patron du groupe SNCF, Jean-Pierre Farandou, a présenté les résultats 2019 plombés en partie par la grève contre la réforme des retraites. Il en a profité pour réaffirmer sa volonté de remettre le train au centre de la SNCF et de sauver le fret.

Réservé aux abonnés
SNCF-Jean-Pierre Farandou
Jean-Pierre Farandou, un "cheminot, première langue".

Ce n’est pas encore aujourd’hui que l’on connaîtra les actifs que la SNCF s’apprête à céder pour renflouer ses caisses. Keolis, Geodis,… Le suspense reste entier.

A l’occasion de la présentation à la presse des résultats 2019, Jean-Pierre Farandou, le PDG du groupe SNCF, a, par contre, annoncé vendredi 28 février un plan d’économie de 200 millions d’euros pour l’année en cours, validé par le Conseil d’administration. Il doit permettre de rattraper une partie du manque à gagner généré par la grève contre la réforme des retraites. Sur l’exercice 2020, la perte s’élèvera à 330 millions d’euros.

Mais "elle a surtout fait mal au chiffre d’affaires 2019 avec une perte de 690 millions d’euros qui se répercute quasiment intégralement sur le résultat net (614 millions d’euros)", regrette Jean-Pierre Farandou.

Un résultat net très négatif

Le deuxième point négatif concerne la dette qui a franchi la barre des 60 milliards. La dette nette s’élève exactement à 60,2 milliards d’euros, en progression de 3,6 milliards d’euros. La raison essentielle est le cash-flow négatif de SNCF Réseau lié au décalage entre les investissements et les revenus.

Le résultat net récurrent est de -301 millions d’euros, alors qu’il aurait été positif de 313 millions sans la grève. Toutefois, cet argument est mis à mal par 500 millions d’euros d’éléments "non récurrents et non cash" (dépréciation sur impôts) qui engendrent des pertes de 801 millions d’euros.

Heureusement, pour la nouvelle direction, il y a de bonnes nouvelles. "Le chiffre d’affaires a progressé de 5,1 % à 35,1 milliards d’euros, annonce Laurent Trévisani, directeur général délégué stratégie et finances. Les équipes ont su rester mobilisées sur la performance, puisque nous avons enregistré 560 millions d’euros de gains de productivité."

Les voyageurs plus nombreux

Les activités voyageurs ont enregistré une forte croissance : Keolis a vu ses activités progresser de 10 % - +18 % pour l’international - et Voyages SNCF a progressé de 4,2 %. Le trafic des TER a cru de 9% et le Transilien de 1,7%, quant au trafic ferroviaire de marchandises, il progresse de 7,2 % essentiellement en raison des filiales qui compensent la baisse de Fret SNCF.

Justement, Jean-Pierre Farandou, qui prend le contre-pied de son prédécesseur sur la stratégie du groupe SNCF, a réaffirmé sa volonté de relancer le fret ferroviaire et il va remettre au gouvernement des propositions avec les autres opérateurs pour convaincre les chargeurs de revenir, comme le font certains pays – l’Autriche par exemple – avec des aides financières.

Le nouveau patron de la SNCF est bien conscient que la situation doit aussi évoluer sur le réseau. "Les trains de fret circulent la nuit avec les travaux. Au lieu de rouler à 100 km/h, ils avancent à 30 km/h. Il faut régler le problème de la priorité et exiger qu’un certain nombre de sillons de bonne qualité soient réservés au fret. Mais aussi aider le wagon isolé et le transport de conteneurs financièrement pour qu’ils puissent concurrencer la route."

"Cheminot première langue"

Pour ce "cheminot première langue", la SNCF a de l’avenir en France. "Les grands groupes industriels comme Alstom veulent se renforcer dans le ferroviaire, c’est la preuve qu’ils y croient. Le train, c’est l’avenir face aux enjeux de développement durable et du climat. Le train produit sept fois moins de CO2 que la voiture et 30 fois moins que l’avion par voyageur, dix fois moins que le camion pour le fret."

Il annonce un premier train à hydrogène sur le réseau pour 2022 et des trains hybrides l’an prochain. Et contrairement, à l’ancienne SNCF qui supprimait des trains et des gares, il veut faire de la gare "un lieu de service public", y compris dans les petites villes.

SNCF Réseau et l’Etat vont continuer à investir dans la régénération du réseau français – il est deux fois plus vieux que celui d’Allemagne -  et augmenter sa capacité avec le système ERTMS, le système européen de gestion du trafic ferroviaire.

Mais il tient aussi à renouer le dialogue avec ses 140 000 employés. "Je veux une SNCF performante mais aussi humaine. Rien ne se fera sans les cheminots."

Dans le plan d’économie de 200 millions d’euros, "on ne touchera pas aux effectifs, mais on redoublera d’efforts pour reconquérir les clients, prévient le PDG de la SNCF. Sur l’année 2020, la baisse des effectifs sera de 900 salariés, soit 0,7%. Rien à voir avec les réductions massives des années précédentes."  La SNCF a bien changé d’époque…

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.