En 1928, Raymond Joseph fonde, à Drusenheim (Bas-Rhin), les Ateliers réunis, spécialisés dans la transformation du fil d’acier pour la fabrication de paniers à œufs et de mangeoires à poussins. À la fin des années 1960, il découvre aux États-Unis les prémisses du commerce en libre-service et a l’idée de produire des chariots, qu’il baptise caddies, par analogie avec les personnes portant les accessoires des golfeurs. Comme le souligne Pascal Esposito, le directeur commercial de l’entreprise, « la chance des Ateliers réunis a été d’accompagner la grande distribution dans sa structuration et son développement, non seulement en France, mais également à l’international. Encore aujourd’hui, l’export représente la moitié de notre chiffre d’affaires ».
À la suite d’un problème de succession, les Ateliers réunis traversent des moments difficiles, jusqu’à ce que Stéphane Dedieu, ancien directeur de l’entreprise, la rachète, en 2014, avec deux partenaires industriels. Ils décident de recentrer la stratégie sur les grandes séries destinées à la distribution alimentaire ou spécialisée, la logistique et les aéroports. L’effectif passe de 450 à 125 salariés. « Tout était à rebâtir avec nos clients car, entre-temps, la production avait été perturbée, les délais de livraison n’avaient pas été respectés et nous avions perdu le sens de l’innovation, se souvient Pascal Esposito. Il fallait regagner la confiance des distributeurs. » Heureusement, ceux-ci redonnent leur chance aux Ateliers réunis. « Notre concurrent Wanzl était devenu l’acteur dominant. Aucun distributeur n’aimant se retrouver entre les mains d’un seul fournisseur, ils étaient plutôt contents de nous revoir », souligne-t-il.
Élargissement de la gamme
La progression est à nouveau très forte et, en 2019, l’entreprise remonte à 230 salariés, dont une partie de ceux qui avaient dû être licenciés en 2014. Mais où trouver des fonds pour financer, année après année, une croissance à deux chiffres ? La solution consistera à céder l’entreprise au groupe polonais Damix, avec lequel des synergies sont trouvées. « Il était important pour Caddie de s’adosser à un groupe industriel afin de pouvoir répondre à des clients de moins en moins nombreux et de plus en plus gros, et aussi d’être en capacité de leur offrir une plus large gamme de produits », précise le directeur commercial.
Face à une concurrence vive, notamment en Chine, l’entreprise alsacienne se donne pour objectif de redevenir leader dans son domaine et, pour cela, de retrouver le chemin de l’innovation. Dès 2011, elle lance le chariot Wind, conçu comme un support de sacs permettant de trier d’emblée les produits au lieu de les déposer en vrac dans le chariot, puis sur le tapis de caisse, avant de devoir les trier à la hâte. Selon Pascal Esposito, « ce produit n’a pas encore rencontré le succès que nous espérions, sans doute parce que cette innovation est arrivée un peu trop tôt ». L’entreprise est convaincue qu’il trouvera son marché lorsqu’il sera combiné avec le self-scanning, consistant à enregistrer soi-même le prix des articles au fur et à mesure qu’on les dépose dans le caddie.
Mais « l’idéal serait de passer directement à l’étape du chariot intelligent, capable de reconnaître les produits et de les peser pour éviter toute fraude, tout en offrant aux utilisateurs un meilleur confort d’achat et en optimisant la performance des points de vente », assure le responsable. Un modèle de chariot auto-encaissant truffé de capteurs (scanner, code-barres, caméras 3D, pesage…) et muni d’une tablette intégrée au châssis a été conçu en partenariat avec la start-up Knap. En cours de test, ce chariot digital permettra aux clients de régler leurs achats sans passer en caisse. « Son développement a pris du temps, car nous devons être en mesure de garantir à nos clients une fiabilité de 99,99 % si nous voulons qu’ils adhèrent à ce concept », précise Pascal Esposito.



