Stop ou encore ? Présentée en plein covid, la stratégie «de la ferme à la fourchette» (ou "Farm to Fork" en version originale) portée par la Commission européenne est mal en point. C’est pourtant elle qui est censée décliner les ambitions du Pacte Vert (Green Deal) pour la construction de systèmes alimentaires plus durables. Quatre ans après la feuille de route, le cadre réglementaire est pour le moins inachevé. Le renouvellement des équipes au niveau européen mi-2024 déterminera si le coup d’arrêt est temporaire ou si «la pause réglementaire» environnementale, particulièrement sensible sur la question alimentaire, est – paradoxalement – durable.
Un cadre réglementaire inachevé
Sur la ligne de départ, en 2020, un projet ambitieux : réduire les pesticides de 50% d’ici la fin de la décennie, dédier un quart de la sole européen à l’agriculture biologique, couper de 20% dans la fertilisation de synthèse… le tout d’ici 2030, avec toutes les conséquences que cela induit pour le système agroalimentaire.
Sauf qu’à l’exception de la loi sur la restauration de la nature, l’édifice réglementaire n’a pas abouti, et l’échec du règlement SUR pour ce qui est de la réduction des pesticides en cette fin 2023 semble même avoir freiné pour de bon les ambitions bruxelloises. Entre temps, les Européens se sont écharpés sur d’autres sujets hautement symboliques, comme le renouvellement pour dix ans du glyphosate, la star des herbicides.
Si la Commission a été plombée, c’est que depuis 2020 a notamment resurgi la thématique de la sécurité alimentaire, sujet exacerbé par la guerre en Ukraine. Qui des thuriféraires de la transition alimentaire aux discours mâtinés de décroissance ou des souveraino-productivistes reprendra le dessus après les élections européennes ? Contrairement à des secteurs comme l'automobile, qui disposent d'une feuille de route très claire avec l'arrêt des moteurs thermiques en 2035, l'agroalimentaire se retrouve au milieu du guet.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Reste que cet arrêt brutal n’empêche pas certains Etats d’afficher leur volontarisme sur les sujets de transition. Alors qu’en France les «surtranspositions» auront jalonné l’actualité, l’affaire des néonicotinoïdes polluant la campagne betteravière, le ministère de l’agriculture a présenté son tout nouveau plan Ecophyto en cette fin d’année, avec l’ambition, calquée sur celle de Farm to Fork, de réduire les pesticides de 50% d’ici la fin de la décennie.
Prenant acte des échecs des précédentes moutures, ce plan promet de mettre à contribution les filières et plus seulement les agriculteurs. Autrement dit, de ne pas confiner la problématique des pesticides au niveau de la parcelle. Varenne annonce que l’objectif sera poursuit en dépit de l’échec de SUR au niveau communautaire.
Concilier systèmes alimentaires et marché
Un sujet qui ne manquera pas de nourrir les débats sur la souveraineté alimentaire hexagonale et les distorsions de concurrence qui pèsent sur le modèle agricole français avec toutes les conséquences de ces surcoûts sur l’aval alimentaire, industries de transformation en premier lieu. On gage que les politiques français continueront à s’époumoner au sein des institutions européennes sur le sujet des clauses miroirs en cette année 2024, censées garantir une réciprocité en matière de normes environnementales dans les accords commerciaux. Leur voix risque d'être encore isolée, alors que la pression monte pour conclure enfin l’accord UE-Mercosur, ce partenariat «viande contre voitures», serpent de mer des relations commerciales avec l’Amérique du Sud.
Preuve, s’il le fallait, qu’au niveau français ou européen, la transition vers un modèle plus durable devra se faire en solvant l’équation du marché, largement structuré par les grandes coopératives et groupes agroalimentaires omnipotents. Et si les initiatives fleurissent du côté de ces derniers, en attestent leurs projets d’agriculture régénératrice, on doute que l’auto-régulation suffise à aborder le défi du siècle.



