«Les multinationales géantes de l’agroalimentaire ont rempli d'interminables communiqués de presse à propos de leurs engagements pour l’agriculture régénératrice, mais sans s’accorder sur la définition de ce terme, il est impossible de mesurer leurs progrès ni de leur demander des comptes si elles ne tiennent pas ces promesses.» Le constat cinglant est signé Jeremy Coller, un des membres du réseau d’investisseurs Fairr, à l’occasion d’un rapport paru fin septembre qui a passé au crible les engagements pour l’agriculture régénératrice des 79 plus grandes entreprises de l’alimentaire, soit 30% du chiffre d’affaires mondial du secteur.
«Ce n’est pas juste un problème écologique : c’est un problème économique. (…) Ce rapport étudie le problème non pas sous un prisme vert, mais dans une approche froide de risque et retour sur investissement», poursuit Jeremy Coller, appelant les entreprises à plus de «transparence» à tous les niveaux de mise en œuvre de ces stratégies. Intitulé «Les quatre travaux de l’agriculture régénératrice : tracer la voie pour des engagements qui font sens», le document montre la voie. Quatre piliers sont donc identifiés pour que les investisseurs – entre autres – puissent y voir plus clair.
Y voir plus clair
Fairr propose en premier lieu de bien clarifier l’objectif de ces stratégies. Dans un effort de définition, le rapport identifie six finalités aux projets d’agriculture régénératrice : la santé du sol, la réduction du carbone, l'amélioration de la biodiversité, la situation économique de la ferme, la qualité de l’eau, la réduction des intrants issus de la chimie de synthèse. Moins d’un quart des 50 entreprises qui misent sur l’agriculture régénératrice sont dotées d’une stratégie «holiste» adressant tous ces enjeux. Les investisseurs appellent au changement via l’adoption «d’une définition formelle et/ou d’un cadre général pour l’agriculture régénératrice, structurant l’action des entreprises et les informations qu’elles divulguent».
Deuxième travail, presque herculéen : rendre les informations publiées plus crédibles. A peine plus d’un tiers des entreprises étudiées ont des stratégies avec des objectifs quantifiés. Des entreprises comme Mondelez, le leader mondial des biscuits, limitent le champ de leurs actions : l’entreprise ambitionne que le blé dédié à ses biscuits en Europe soit totalement issu de l’agriculture régénératrice d’ici 2030… mais exempte la production du cacao et du lait de tels engagements. Autre exemple avec PepsiCo qui a dévoilé en 2020 son programme en la matière, avec des engagements partagés avec le négociant ADM et le distributeur Walmart. Si les investisseurs notent la pertinence de cette approche, ils craignent que les résultats de la mise en œuvre de cette stratégie ne soient comptés plusieurs fois.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Pire, seul un quart des entreprises étudiées ont aligné leurs stratégies d’agriculture régénératrice avec leurs objectifs de réduction des émissions de leur Scope 3, soit les émissions en amont de leur production. Autre épine dans le pied de ces stratégies : l’absence de programmes menés dans des fermes pilotes, pourtant bien utiles pour donner des gages sur l’action menée. De telles actions doivent permettre de lever le flou qui entoure la question des rendements liée à cette transition.
Trop peu d'incitations financières
Acte III des critiques listées, le manque d’outils permettant de suivre et mesurer l’impact des pratiques d’agriculture régénératrice. «Seuls Danone, General Mills, Nestlé, PepsiCo et Walmart ont des plans exhaustifs pour collecter ces informations», pointent les auteurs du rapport. Le «scorecard» mis en place par Danone, qui permet de suivre très précisément l’évolution des pratiques des agriculteurs, est notamment salué.
Last but not least, le réseau Fairr souhaite qu’un soutien plus important soit apporté aux agriculteurs, maillon indispensable de cette transition. Ce qui passe notamment par l’allocation de financements pour «dérisquer» cette bascule vers l’agriculture régénératrice. Seules quatre entreprises (JBS, Nestlé, PepsiCo et Sodexo) ont créé un budget spécifique pour soutenir les agriculteurs dans leur transition, Nestlé se distinguant avec plus d’un milliard d’euros alloué. La route est encore longue pour l’agriculture régénératrice.



