Enquête

La métamorphose de CMA CGM, de la mer à la terre jusqu'au ciel

L'entrée au capital d’Air France confirme la stratégie de l’armateur CMA CGM de devenir un leader de la logistique globale, avec des acquisitions tous azimuts.

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CMA CGM Air Cargo est une nouvelle division qui dessert sept destinations : Chicago, Atlanta, New York, Dubaï, Beyrouth, Istanbul et Liège.

CMA CGM ne ménage pas la concurrence. L’annonce d’une prise de participation (jusqu’à 9 %) au capital d’Air France dans le cadre d’une alliance dans le fret aérien fait trembler cette filière dans les airs, mais aussi sur terre et sur mer. L’armateur investira jusqu’à 400 millions d’euros afin de devenir le troisième actionnaire de la compagnie aérienne française.

« Je suis très heureux de ce partenariat stratégique avec Air France-KLM. Il permet d’accélérer significativement le développement de notre division aérienne, CMA CGM Air Cargo, créée il y a un peu plus d’un an, et de positionner nos deux entreprises parmi les principaux acteurs mondiaux du fret aérien, a déclaré le 18 mai, dans un communiqué, Rodolphe Saadé, son PDG. Ce partenariat s’inscrit pleinement dans la stratégie du groupe CMA CGM et son ambition de devenir un leader en matière de logistique intégrée au service de ses clients. »

Des armateurs avec le vent en poupe

Le groupe marseillais poursuit ses investissements dans la logistique et le transport, entamés début 2019 avec le rachat du logisticien suisse Ceva pour près de 1,5 milliard d’euros. Le troisième armateur mondial n’est plus seulement le concurrent de Maersk, MSC ou Cosco, il marche sur les plates-bandes de XPO Logistics, DHL, Fedex, UPS, Kuehne Nagel… et des français Bolloré et Geodis.

À la sortie des confinements liés au Covid-19, l’insolente santé des armateurs, particulièrement ceux qui transportent les conteneurs, s’est traduite par des résultats 2021 exceptionnels et des acquisitions en milliards d’euros ou de dollars. MSC, le concurrent italo-suisse de CMA CGM, va mettre la main sur Africa Logistics, le trésor africain de Bolloré, pour 5,7 milliards d’euros.

Bénéfice net décuplé

À Marseille, CMA CGM a annoncé des résultats financiers qui donnent le vertige. En 2021, son bénéfice net a été décuplé pour atteindre 17,9 milliards de dollars. La tendance se poursuit avec 7,2 milliards de bénéfice au premier trimestre. Son chiffre d’affaires a augmenté de 78 % à 56 milliards de dollars et il a réduit son endettement de 9,2 milliards en un an. Personne n’aurait parié sur un tel retournement quand, le 13 mai 2020, en pleine première vague de la pandémie, CMA CGM annonçait l’obtention d’un prêt de 1,05 milliard d’euros garanti à 70 % par l’État.

Surtout, quelle métamorphose depuis 2010 ! Le groupe, en difficulté, avait alors fait entrer à son capital le Turc Robert Yildirim (24 %). Sa sortie a déjà été évoquée, avec probablement une très belle plus-value… Depuis, le transport maritime a bénéficié de la hausse démentielle des taux de fret lors de la reprise chaotique de la consommation mondiale et d’une activité en croissance.

L’an passé, l’armateur aux 130 000 employés et 566 navires a transporté 22 millions de conteneurs (EVP), soit une hausse de 5 % par rapport à 2020. Il a aussi augmenté ses capacités de transport maritime de 47 navires et 800 000 conteneurs. Et il a déjà commandé 22 navires supplémentaires.

Opérations de diversification ciblée

Outre ce renforcement, Rodolphe Saadé a utilisé sa manne financière pour réaliser un nombre important d’opérations de diversification ciblée. En dehors du projet de reprendre le quotidien La Provence et de la création de la première chaire universitaire dédiée à la santé à Aix-Marseille, toutes les acquisitions annoncées ou en cours concernent le transport et la logistique.

Dans le maritime, à l’automne 2021, il a annoncé le rachat pour 1,8 milliard de dollars d’un terminal majeur du port de Los Angeles et un partenariat avec Brittany Ferries, une compagnie maritime en souffrance dans laquelle il a investi 25 millions d’euros, notamment pour utiliser les espaces fret de ses navires qui desservent les îles britanniques et la péninsule ibérique. Spécialiste du transport de conteneurs, il détient et gère aussi une cinquantaine de terminaux dans le monde avec China Merchants Port Holdings Company au sein de Terminal Link, dont il a 51 % des parts, et CMA Terminals, filiale à 100 % du groupe français.

Au-delà du transport maritime

Mais il ne se limite plus au transport maritime car dans la logistique et le transport terrestre, les annonces se succèdent cette année. Le 31 janvier, CMA CGM a signé un accord pour reprendre Colis privé et se placer sur la logistique du dernier kilomètre. Au printemps, il est venu au secours de Gefco, mis à mal par la présence encombrante de son actionnaire majoritaire d’alors, les Chemins de fer russes. Le 8 avril, il a annoncé racheter l’ancienne filiale de PSA sans dévoiler le montant, estimé autour de 500 millions d’euros, augmentant fortement ses activités logistiques qui seront intégrées à Ceva. « L’acquisition de Gefco nous permet de franchir une nouvelle étape dans notre stratégie de développement et conforte notre position d’acteur mondial de référence du transport et de la logistique, commentait alors Rodolphe Saadé.

Avec Gefco, notre filiale Ceva devient le leader mondial de la logistique automobile. » En fin d’année, il avait pris des positions aux États-Unis en acquérant la branche Commerce & Lifecycle Services (CLS) du californien Ingram Micro, spécialiste notamment de la logistique du e-commerce.

Quatre avions cargos opérationnels

Mais le transporteur de fret ne serait pas global sans un peu d’aérien. Ce segment, qui bénéficie d’une forte croissance liée à la reprise post-Covid, ne représente que 1 % des volumes transportés dans le monde mais plus de 30 % en valeur. Après avoir annoncé le lancement d’une compagnie CMA CGM Cargo avec l’ambition de détenir dix avions cargo en 2026 – quatre sont déjà en opération – l’armateur français a donc choisi l’alliance avec Air France-KLM, unissant leurs forces pour une durée de dix ans.

Et ce n’est pas terminé ! L’épisode tragi-comique de la nomination avortée de l’ancien ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari au poste de vice-président exécutif du pôle spatial du groupe – sanctionnée par le refus de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique – laisse entendre que CMA CGM pourrait désormais s’intéresser... aux étoiles.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

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