Pas question de passer à côté de la croissance vertigineuse du fret aérien. C’est pour en profiter à plein qu’Air France-KLM et CMA CGM ont annoncé mercredi 18 mai, la signature d’un partenariat historique, après plusieurs mois de tractations. Avec cet accord, établi pour une durée initiale de dix ans, la compagnie aérienne et le logisticien vont unifier leurs forces pour former un acteur de poids à l’échelle mondiale. Ce rapprochement stratégique devrait entrer en vigueur début 2023 et prévoit aussi l’arrivée de CMA CGM comme actionnaire de référence au sein du capital d’Air France.
Cet accord s’inscrit dans un regain d’intérêt mondial pour le fret aérien. Sur fond de pandémie de Covid-19, qui a entraîné une explosion du e-commerce, mais aussi une surchauffe du transport maritime, le transport de marchandises par les airs fait l’objet de toutes les convoitises. La demande a augmenté de 6,9% en 2021, comparé à 2019, et même de 18,7% en 2021 par rapport à 2020, d’après les données de l’Association du transport aérien international (Iata). C’est plus de 50 millions de tonnes de marchandises qui sont transportées chaque année par avion. La croissance annuelle du fret aérien devrait s’établir entre 3 et 4% dans les prochaines années…
Une flotte partagée de 10 cargos
Pour Air France-KLM et CMA CGM, l’intérêt du rapprochement est clair : il permet de gagner en capacité de transport en un temps record et ce, sans casser la tirelire. Pas de société commune en vue, ni même de nouvelle structure juridique, mais un « simple » accord commercial qui prévoit une mutualisation de moyens. « Chaque acteur va être en mesure de vendre les capacités de l’autre, résume un porte-parole d’Air France. Cela va nous permettre d’étendre notre couverture mondiale. » L’activité des deux partenaires s’effectuera majoritairement au niveau de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle (Paris-CDG). « Notre flotte, pour le moment immatriculée en Belgique, le sera bientôt en France, avec Paris-CDG comme base », précise un porte-parole de CMA CGM.
Pourquoi Air France-KLM, acteur historique du fret aérien, s’est-il tourné vers CMA CGM, actif dans ce segment depuis un an seulement? Le groupe, qui avait un temps délaissé le cargo, cherche à se remettre en selle. Quant à CMA CGM, l’heure est à la diversification hors maritime. Concrètement, les deux entreprises vont fusionner leurs flottes d’appareils 100% cargo. D’un côté, Air France-KLM possède six avions (2 Boeing 777 chez Air France, 2 Boeing 747 chez KLM et 2 747 chez Martinair) et CMA CGM quatre appareils (tous des A330). Mais la flotte devrait passer rapidement de 10 à 22 appareils: la compagnie aérienne s’apprête à acquérir quatre autres avions (des A350F pour Air France) et le logisticien va pour sa part mettre la main du huit autres avions (4 Boeing 777 et 4 A350F).

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Une recette qui a déjà fait ses preuves chez Air France
« Mais il ne faut pas oublier que 80% des marchandises transportées par avion le sont dans les soutes des avions passagers », relève-t-on chez Air France. L’accord tout juste signé inclut en effet la flotte de 160 long-courriers d’Air France-KLM. De quoi remplumer encore l’offre des deux partenaires et les hisser au plus haut dans le classement mondial des acteurs du fret aérien. On l’assure chez Air France : avec cet accord, les deux acteurs deviendront numéro un en Europe et numéro quatre dans le monde. Pour se distinguer des mastodontes tels que Fedex, UPS et DHL, Air France-KLM compte jouer la carte de la haute valeur ajoutée, comme le transport de médicaments ou d’animaux, mais aussi du couplage aérien-transport dans l’offre de services.
Air France-KLM reprend une recette qui lui a jusque-là été bénéfique, dans le domaine avant tout du transport de passagers. La compagnie aérienne a établi des partenariats aux Etats-Unis, avec Delta Airlines et Virgin Atlantic, pour les liaisons transatlantiques et en Chine, avec China Eastern, qui lui permettent de mutualiser les moyens et de proposer des offres communes visant à accroître la flexibilité des vols disponibles. Delta Airlines et China Eastern sont en outre des actionnaires de référence au sein du capital de la compagnie aérienne, respectivement à hauteur de 5,8% et 9,6%.
Un nouvel actionnaire de référence
C’est d’ailleurs le chemin que va aussi emprunter CMA CGM. L’accord dévoilé prévoit que le logisticien devienne à son tour un actionnaire de référence au sein du capital d’Air France-KLM, à hauteur d’au maximum 9% après l’augmentation de capital prévue par le groupe, mais dont la date n’est pas fixée. C’est le deuxième intérêt de l’opération, et non des moindres, pour la compagnie aérienne : se rapprocher d’un acteur financier de confiance capable de participer à le remettre à flot rapidement.
Pour rappel, Air France-KLM a besoin de 4 milliards d’euros pour renforcer ses fonds propres et finir de rembourser les aides que l’Etat lui a octroyées. Elles l’ont renfloué pendant la crise du transport aérien intervenue en 2020, mais bloquent désormais une partie de ses capacités d’action en matière d’investissement : la réglementation européenne lui interdit de prendre plus de 10% du capital d’une entreprise avant d’avoir remboursé 75% de ses emprunts. D'où la nécessité d’une augmentation de capital pour se remplumer et participer à la consolidation du secteur qui commence à s’accélérer. Sur le montant de l’investissement et sa date de mise en œuvre, les deux acteurs restent encore discrets.



