La dissuasion nucléaire reste l’alpha et l’oméga de la doctrine militaire française. Emmanuel Macron l’a encore rappelé, le 20 janvier, en présentant le projet de la nouvelle loi de programmation militaire, la LPM, pour la période 2024-2030 prononcé, depuis la base aérienne de Mont-de Marsan (Landes). Mais la «voûte nucléaire», si elle a pour objectif de dissuader n’importe quel pays de vouloir s’attaquer aux intérêts vitaux de la France, n’est pas pour autant suffisante. Les armées devront lutter de plus en plus contre des menaces d’un nouveau type, les menaces hybrides.
«Ces dernières années, un certain nombre de moyens ont cherché à s’en prendre à la France. Ils ne peuvent être traités par la voûte nucléaire. C’est ce qu’on appelle l’hybridité. Cela englobe les attaques cyber, la militarisation de l’espace avec souvent la difficulté d’attribuer un certain nombre d’attaques...», souligne-t-on au ministère des Armées. Tous les scénarios d’attaque sont dès lors envisagés comme des frappes de missiles dirigées contre le territoire national par des acteurs non étatiques. Et les cibles ne sont plus simplement militaires. «La guerre ne se déclare plus, elle se mène à bas bruit, insidieusement, elle est hybride», prévient le président de la République, évoquant notamment le ciblage potentiel d’infrastructures d’intérêt national mais civiles.
Cyber et armes à énergie dirigée au coeur de la LPM
Pour y répondre, il faut des moyens militaires, avec un arsenal adapté aux nouveaux champs de bataille. Pas étonnant que le spatial (grâce aux innovations du new space), la cyber (doublement de la capacité à traiter les cyberattaques), les fonds sous-marins (développement d’une filière souveraine de drones capables de plonger à 6 000 mètres de profondeur) ou bien encore les armes à énergie dirigée occupent une place non négligeable dans la future loi de programmation militaire. La réponse aux menaces hybrides, ajoutée au renseignement militaire et à la défense sol-air de nouvelle génération, représente plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissement sur la période 2024-2030. Les efforts de financement pour la dissuasion nucléaire et pour la lutte contre les menaces hybrides ne sont pas en compétition : par l’exigence qu’elle suppose sur le plan technologique, la dissuasion tire vers le haut toutes les armées conventionnelles qui y contribuent.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3176 - Mars 2023



