La grande métamorphose de la RATP

Alors que l’ouverture à la concurrence sur les bus franciliens se rapproche, le groupe RATP se met en ordre de bataille pour défendre son territoire, mais surtout pour s’attaquer à d’autres marchés. TER, logistique urbaine, nouvelles filiales, développement à l’international, les chantiers sont nombreux.

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Bluebus bolloré ratp ile de france
La RATP se met en ordre de bataille pour répondre aux futurs appels d'offre sur son réseau de bus, qui sera ouvert à la concurrence à partir du 31 décembre 2024.

Défensif ou offensif selon les situations, le groupe RATP se met en ordre de bataille pour affronter la révolution qui s'annonce dans les transports publics. Premier séisme, la fin du monopole de la RATP sur les bus à Paris et en proche banlieue est prévue fin 2024. Au total, ce sont 18 000 salariés, représentant 40 % des effectifs du groupe, qui sont concernés. Si Catherine Guillouard, la PDG de la RATP, qui s’exprimait le 26 mars devant les journalistes membres de l’Association des journalistes des transports et des mobilités (AJTM), sait qu’elle ne pourra pas conserver toutes les lignes, elle entend bien les défendre.

Même si elle s’impatiente à propos des décrets de la Loi d’orientation des mobilités (LOM), qui ne sont toujours pas publiés. Son arme dissuasive est la filiale CAP Ile-de-France, qui chapeautera tous les contrats remportés en Ile-de-France (bus, tramway, tram-train…). RATP CAP IDF constituera une filiale pour chaque contrat remporté, comme le demande Ile-de-France Mobilités. En 2029, ce seront les tramways qui seront ouverts à la concurrence et dix ans plus tard le métro et le RER. Mais la présidente de la région Valérie Pécresse souhaite avancer l’agenda d’une dizaine d’années.

Pré-qualifiée sur les TER du Grand Est

En attendant, la RATP souhaite montrer qu’elle a plusieurs cordes à son arc. Elle compte bien se mêler à la bagarre sur le marché des trains régionaux, où la bataille est lancée. En septembre dernier, elle s’est associée à Getlink pour créer Regioneo, une co-entreprise, destinée à répondre aux appels d’offre sur les TER. "Nous sommes pré-qualifiés sur les lignes du Grand Est", affirme Catherine Guillouard. Par contre, Regioneo n’est pas positionné sur les appels d’offres de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

A l’international, RATP Dev doit poursuivre son développement et conserver ses positions. "La moitié des 20 000 salariés de cette filiale sont en Afrique du Nord et au Moyen-Orient: Algérie, Maroc, Le Caire, Doha, Ryad... Dans les trois ans, nous serons 13 000. Mais nous regardons aussi l’Asie, et notamment Singapour, pour répondre aux appels d’offres sur deux lignes de métro avec notre partenaire ConfortDelGro Transit." C’est avec cette entreprise et Alstom que RATP Dev a créé une autre co-entreprise, pour candidater sur l’exploitation et la maintenance des lignes 16 et 17.

Diversification dans la logistique urbaine avec Amazon et Chronopost

La RATP souhaite également sortir de ses activités traditionnelles, en se lançant dans la logistique urbaine du dernier kilomètre. RATP Capital Innovation, sa filiale d’investissement et d’amorçage, a signé un contrat avec Chronopost et Amazon pour utiliser quatre de ses dépôts bus, à partir de cette année et pour quatre ans. Les deux entreprises se sont engagées à utiliser des véhicules à faibles émissions, électriques et GNV (gaz naturel). Deux autres phases de commercialisation interviendront en 2021 et 2022. La RATP compte aussi se tourner vers la communication, en exploitant le potentiel de son réseau de fibre optique qui couvre 170 000 kilomètres.

Pourtant, la RATP n’en oublie son métier historique : transporter les voyageurs. Les extensions de la ligne 14 respectent le planning, qui a fixé une mise en service en 2024. "Nous avons fini les tunnels et nous attaquons la pose des voies." Outre la transformation des dépôts de bus pour accueillir les bus électriques et au GNV, et la transformation des ateliers de maintenance, la RATP va changer 60 % de son matériel ferré entre 2021 et 2032. Ce programme comprend le renouvellement des rames du RER B, actuellement dans l’impasse. "Alstom a engagé pas moins de six recours, dont un dernier qui a été déposé devant le tribunal judiciaire et qui ne sera jugé que dans quelques mois, a précisé Catherine Guillouard devant l’AJTM. Nous avons eu deux réunions avec les responsables et nous regrettons l’absence d’engagement d’Alstom." Un contretemps fâcheux pour les usagers du RER B, en proie aux caprices quotidiens de cette ligne.

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