La France lance un grand programme de recherche pour mieux connaître (et exploiter) son sous-sol

Le CNRS et le BRGM ont officiellement inauguré le programme de recherche exploratoire “sous-sol, bien commun” mi-février. Doté de 71 millions d’euros sur sept ans, ce cadre de financement administratif doit participer à réarmer la France pour l’exploitation “raisonnable et durable” de son sous-sol, ce qui passera entre autres par la connaissance des impacts sociaux et environnementaux des mines. 

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Des campagnes aéroportées permettent de récolter les caractéristiques magnétiques et les signatures radioactives des roches du Massif Central afin de nourrir des modèles pour en déterminer la composition dans la profondeur.

C’est une nouveauté pour les géologues français. Après des décennies de désintérêt pour les mines – le plus souvent renvoyées au statut de symboles peu désirables de la désindustrialisation et des pollutions industrielles – la connaissance du souterrain redevient un enjeu prioritaire. Lundi 13 février au siège du CNRS, à Paris, le lancement d’un grand programme de recherche baptisé “sous-sol, bien commun”, témoignait de ce nouveau souffle. Doté de 71,4 millions sur sept ans, soit jusqu’à fin 2029, ce grand plan de financement détaillé prévoit de doter la recherche de moyens et permettre d’améliorer la connaissance globale des ressources et des structures qui se trouvent sous nos pieds.

Au-delà de la géologie, le plan intègre aussi une forte composante en sciences humaines et sociales afin de prévoir les besoins futurs en matériaux de demain, et d’explorer en amont les questions règlementaires et environnementales que pose l’exploitation du sous-sol français. L’objectif ? Creuser les conditions d’un usage «nécessaire, mais respectueux de ce lieu», afin de «construire la légitimité d’une filière de la Terre (...) sur laquelle on pourra compter dans les années futures», a expliqué le directeur général délégué à la science du CNRS, Alain Schuhl.

Extraire ou ne pas extraire

«L’exploitation des ressources du sous-sol a toujours été un prérequis structurant pour le développement de nos sociétés et depuis longtemps nos prédécesseurs, ont ressenti le besoin d'agréger les connaissances», justifie le directeur général délégué du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), Christophe Poinssot, retraçant une longue lignée de projets scientifiques, de la première tentative de carte géologique en France, par Jean-Etienne Guettard en 1746, aux outils numériques et aux campagnes aéroportées d’aujourd’hui. La dernière, qui vient d’être lancée, doit ausculter la radioactivité et les propriétés électriques et magnétiques de l’ouest du Massif Central.

Mais le PEPR ne se cantonne pas à l'exploration. «Ce qui est nouveau, c’est que le programme de recherche met sur la table une somme d’argent importante mais intègre aussi une réflexion sur les conditions d’acceptation des usages du sous-sol», explique Christophe Poinssot. Si le dernier véritable inventaire des ressources minières de l’Hexagone date des années 1970-1980, l’amélioration des connaissances du sous-sol ne suffit pas pour faire revenir des mines en France.

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D’où les trois axes choisis par ce PEPR exploratoire financé dans le cadre de France 2030,sur la composition du sous-sol, mais aussi sur la scénarisation de la demande en ressources géologiques futures ainsi que sur les questions de durabilité et de gouvernance derrière le choix de les utiliser... ou de les laisser sous terre.

Cinq chantiers prioritaires

Si le programme laisse place à des propositions ad hoc, cinq chantiers prioritaires sont identifiés. Ainsi, les scientifiques sont invités à proposer des projets pour l’analyse du potentiel minéral et géothermique du Massif central ou de la géothermie profonde dans le fossé rhénan alsacien. Dans le bassin aquitain, au sud, le stockage d’hydrogène et de CO2, ainsi que l’utilisation potentielle d’hydrogène natif, seront à l’honneur. En raison de l’environnement urbanisé du bassin parisien, l’accent y sera mis sur la gestion du sous-sol existant. Enfin, de l’autre côté de l’Atlantique, le programme met l’accent sur le développement des connaissances à propos du sous-sol de la Guyane française et de son écosystème.

Le programme, qui vise à financer la recherche publique, prendra en compte les préoccupations des industriels via un comité des parties. «Ce n’est pas si fréquent qu’un programme intègre des préoccupations socio-économiques tout en gardant une forte composante de recherche fondamentale», témoigne François Guyot, professeur de minéralogie au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris. Qui donne pour exemple ses propres recherches sur la biosphère profonde, «des microorganismes qui vivent en profondeur et dont on sait très peu de choses, mais qui sont cruciaux car ils pourraient, par exemple, interférer avec des poches de stockage souterrain d’hydrogène.» Qu'il s'agisse de creuser des trous ou d'acquérir des connaissances, les mines fonctionnent sur le temps long. 

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