Chronique

L’Europe a de la ressource dans ses anciennes mines

Pour le lobby du secteur minier, l’Europe va devoir relancer la prospection dans son sous-sol pour les matériaux de la transition. Les anciennes mines fermées pourraient connaître une seconde vie notamment.

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Centrale charbon Emile-Huchet Moselle
Des terres rares pourraient être récupérées dans les cendres des centrales thermiques ou de vieux sites miniers.

La demande mondiale de cobalt, de cuivre et de métaux indispensables pour les batteries électriques et les éoliennes va exploser. Et l’Europe dans tout cela ? Pour l’instant, elle importe la quasi-totalité de ses besoins. « Mais c’est faux de dire que l’Europe n’a pas de ressources minérales », pointe Mark Rachovides, le patron d’Euromines. Pour le lobby qui représente les groupes miniers à Bruxelles, l’Europe a surtout une connaissance limitée de son sous-sol. Si elle veut réduire ses dépendances stratégiques, elle va devoir relancer la prospection pour les matériaux dont elle a le plus besoin. « La géologie est une notion dynamique. Si nous avions cherché des terres rares il y a 200 ans, les gens n’y auraient vu aucune utilité », constate-t-il pour expliquer le faible nombre de gisements déjà identifiés.

Réexplorer les déchets et stériles miniers

Pour le lobby, un des gisements inexplorés de l’Europe pourrait se trouver dans ses anciennes mines abandonnées, longtemps exploitées pour un seul métal. « Les anciens résidus miniers contiennent toujours des métaux dont nous avons besoin. Les mines de nickel contiennent très souvent du cobalt. Et le fer vient souvent avec une variété de terres rares. Or, vous avez des centaines de sites de ce type en Europe, certaines arrêtées depuis cent ans », argumente Mark Rachovides, qui réclame un inventaire. Les résidus produits par les centrales à charbon sont eux aussi riches en terres rares, recherchées pour produire des aimants permanents. Certains pays européens, en Scandinavie notamment, ont déjà commencé à prospecter leurs vieux sites miniers. Et la plupart des groupes miniers accélèrent les recherches pour valoriser leurs résidus.

L’exploitation d’anciens sites pourrait aussi être plus simple que le développement de nouveaux projets, en butte à l’opposition des riverains et des écologistes, calcule le lobby. « On pourrait réexploiter un site, en extraire les terres rares puis utiliser l’espace pour une ferme solaire », détaille le président d’Euromines. Ouvrir de nouvelles mines en Europe n’empêche pas de devoir en même temps signer des accords commerciaux pour diversifier les approvisionnements européens et accélérer le recyclage des matériaux stratégiques.

Un inventaire en cours pour mieux connaître le sous-sol français

La nécessité d’améliorer la connaissance du sous-sol sur les minerais stratégiques est partagée en France par le BRGM. L’organisme vient de relancer en 2022 des campagnes de prospection par avion de la structure du sous-sol du massif central et milite pour un travail plus large d’identification. Son directeur adjoint Christian Poinssot remarque que le dernier inventaire des ressources minérales de l’Hexagone date des années 1980 et a été réalisé avec des technologies beaucoup moins performantes que celles dont disposent désormais les géologues. Une nouvelle cartographie permettrait d’étendre la connaissance de la composition du sous-sol jusque 1000 à 1500 mètres de profondeur, contre quelques centaines de mètres actuellement. De quoi identifier de nouveaux gisements potentiellement intéressants, même s’il restera toujours une étape difficile : convaincre les riverains.

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