Des start-up chinoises de robotique débarquent à Nancy. Cette ville de Meurthe-et-Moselle a accueilli du 22 au 28 novembre la semaine internationale de la robotique dans son centre des congrès, situé à quelques pas de la gare. Conférences pointues sur le sujet, concours de robots, ateliers et visites guidées pour initier les enfants se succèdent.
L’évènement chapeauté par l’Inria – qui regroupe la conférence internationale Humanoïds avec la compétition de robotique européenne EuRobin – a attiré des chercheurs et des entreprises du monde entier pour cette première édition ouverte au public. À commencer par la start-up chinoise du moment, Unitree, dont les robots bipèdes et quadrupèdes attirent le regard dès l’entrée dans le salon.
Des pompes et des chutes
«700 personnes sont attendues, contre 300 habituellement pour cet événement», s’exclame Serena Ivaldi, directrice de recherche au centre Inria de l’université de Lorraine. À l’ouverture du salon, le vendredi après-midi, plusieurs groupes d’écoliers arpentent les stands et participent à des cours d’initiation : l’occasion pour eux d’appréhender les bases de la robotique. «Ils peuvent se rendre compte de l’état d’avancement de la robotique humanoïde, au-delà des mises en scène des vidéos virales diffusées sur Internet», ajoute Serena Ivaldi. De quoi leur permettre de réaliser qu'en fin de compte, les robots sont bruyants et se déplacent lentement.
Léna Corot Un robot, piloté à l'aide d'une manette, fait des pompes mais ne sait pas sauter. Crédit : Léna Corot
Des constats faciles à faire puisque plusieurs robots font l’animation dans les allées sur salon : que ce soient des humanoïdes, qui marchent, font des pompes et dansent, ou un tout petit robot inspiré de l’univers de la saga Star Wars. Ils sont presque tous commandés à l’aide d’une manette. Et les chutes font partie du spectacle. Preuve que la recherche en robotique a encore de beaux jours devant elle. Plusieurs humanoïdes, appartenant à des laboratoires de recherches et non pas aux start-up qui font le show, sont d’ailleurs tenus à l’aide d’un harnais et d’un système de poulie pour ne pas s’étaler contre le sol s’ils tombent.
Léna Corot Ce petit robot bipède inspiré de l'univers Star Wars finira par tomber dans les allées. Crédit : Léna Corot
Une recherche française qui se diffuse
L’Inria profite de ce salon pour montrer l’étendue de ses recherches. À commencer par l’équipe Willow, menée par Justin Carpentier, qui travaille sur des méthodes de génération de mouvements pour rendre les robots plus autonomes : du développement des algorithmes jusqu’au logiciel open source. En démonstration sur leur stand, un robot quadrupède téléopéré calcule en permanence ses trajectoires alors qu’il est poussé par l’un des membres de l’équipe. Malgré tout, l’appareil réussi à rester stable.
«Notre impact sur la robotique est de parvenir à développer un logiciel suffisamment riche et mature pour servir les applications industrielles», explique Justin Carpentier. Une recherche essentielle qui infuse auprès de l’ensemble de l’écosystème. «Beaucoup de robots présentés sur ce salon fonctionnent grâce à Pinocchio, la librairie phare de l’équipe, qui permet la modélisation de n’importe quel système polyarticulé», s’exclame le chercheur. L’objectif pour le robot : anticiper les conséquences d’une action courante en tenant compte de son environnement et de ses perturbations.
Les avancées dans l'IA générative séduisent
Les technologies embarquées dans les robots ne sont pas encore tout à fait au point. Et les humanoïdes, qui coûtent cher même si les prix diminuent avec la concurrence venue de Chine, peuvent se casser en cas de chute. Une réalité éloignée des vidéos diffusées par des adeptes du marketing, mais qui brillent par leur absence à Nancy. Comme Boston Dynamics, Tesla ou Figure AI. Des entreprises «qui ne montrent pas aux scientifiques leurs robots», s’exclame Serena Ivaldi. Ces salons et conférences ne les intéressent donc pas puisque les scientifiques en profitent pour partager leurs difficultés et leurs recherches. Une réalité surtout vraie pour les américains, les acteurs chinois étant bien présents avec des start-up comme Unitree, Fourier Robotics et Booster Robotics.
Léna Corot La start-up chinoise Unitree fait son show avec ses robots. Crédit : Léna Corot
Une quarantaine de jeunes pousses chinoises se sont lancées dans cette course devenue effrénée depuis la présentation de l’humanoïde Optimus par Tesla en 2021. «Nous, en Europe, nous nous sommes endormis», souffle Serena Ivaldi. Pourtant, le français Enchanted Tools, présent à Nancy, séduit les journalistes et observateurs de passage avec ses robots à l’allure sympathique issus d’un monde imaginaire. «L’accélération dans la robotique humanoïde ces derniers temps vient notamment des avancées des Large Language Model (LLM) qui mettent en avant le potentiel énorme de la robotique», souligne le fondateur de la start-up, Jérôme Monceaux, qui a fait ses armes chez Aldebaran.
Les développements dans l’intelligence artificielle et l’arrivée de l’IA générative laissent espérer la mise en place d’outils facilitant la programmation de ces appareils. Si le prix des humanoïdes continue de baisser, leurs avantages par rapport aux bras robotisés seront largement visibles. «Les humanoïdes se déplacent, montent, transportent et sont versatiles», liste Serena Ivaldi. En attendant, la recherche française a encore de quoi montrer ses avancées.



