Enquête

Relancée par l'IA générative, la robotique humanoïde n’a pas dit son dernier mot

L’intelligence artificielle générative a remis la robotique humanoïde au goût du jour. Des start-up se concurrencent pour réaliser un premier robot pour l’industrie.

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Tesla Optimus Gen 2
Le robot humanoïde de Tesla, Optimus, fait pâle figure face à sa concurrence chinoise.

«De toute ma carrière je n’ai jamais vu autant de robots humanoïdes.» Le directeur de recherche dans ce domaine au CNRS, Abderrahmane Kheddar, a été impressionné par le salon mondial de la robotique, organisé à Pékin fin août. Seul invité français, il a découvert 27 modèles exposés, conçus pour travailler dans des usines ou des entrepôts, dont plus d’une vingtaine créés par des sociétés chinoises. Agibot, par exemple, a annoncé une famille de cinq robots dont trois complètement humanoïdes.

Alors que les robots chinois déambulaient dans les allées, Optimus de l’américain Tesla faisait pâle figure, exposé derrière des vitres, silencieux et statique. Une démonstration de force de l’État chinois, qui a appelé à produire en masse des robots humanoïdes d’ici à 2025. En réponse, la ville de Pékin a lancé en janvier un fonds de 1,4 milliard de dollars dédié à la robotique. Shanghai doit suivre.

Les robots humanoïdes limités à des prototypes

Premier marché de la robotique industrielle, avec 276288 équipements nouveaux en 2023 soit 51% des installations mondiales selon la fédération internationale de la robotique (IFR), la Chine veut rattraper son retard sur la robotique humanoïde, notamment pour faire face au vieillissement de sa population et au manque de main-d’œuvre. Un investissement qui porte ses fruits, selon Abderrahmane Kheddar. En comparant la start-up chinoise Unitree Robotics, fondée en 2016, et la pionnière américaine Boston Dynamics, dont les débuts remontent à 1992, le chercheur au CNRS estime que «la Chine n’est plus en retard». Et d'illustrer :«Ce que réalise la société Unitree, Boston Dynamics n’est pas capable de le faire. Cette dernière vient seulement de sortir son robot bipède avec des actionneurs électriques !» Alors qu’Unitree commercialise déjà le G1, un premier robot humanoïde à 16000 dollars.

Mais ce dernier s’adresse surtout aux laboratoires de recherche, ce qui soulève des interrogations. «Au moins 90% des entreprises vont fermer d’ici à cinq ans si elles ne trouvent pas des cas d’usage sérieux. Et visiblement beaucoup d’entre elles ne prennent pas le temps d’y réfléchir», s’étonne Abderrahmane Kheddar. Au salon de Pékin, le représentant d’une start-up chinoise a lui-même avoué que son «business plan, c’est le gouvernement». Mais ses subventions se tariront, il faudra trouver des clients ayant les moyens d’acheter ces robots. Un problème partagé. En France aussi, «les projets de recherche sont largement financés par le gouvernement et n’aboutissent sur aucune commande, malgré des tests de deux semaines en usine», observe Jade Le Maître, la directrice générale du réseau de robotique industrielle Proxinnov.

Dès 2019, Airbus et le Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (LIRMM) ont par exemple testé deux robots humanoïdes dans le fuselage d’un A350. Malgré des «résultats satisfaisants», «aucun n’était capable de répondre aux exigences industrielles. Et aucune entreprise n’a envisagé de faire des robots humanoïdes autre chose que des prototypes de recherche !», s’exclame Abderrahmane Kheddar.

Mais les améliorations dans la marche et la meilleure planification des trajectoires des robots bipèdes laissent espérer un avenir. D’où ce regain d’intérêt, commencé aux États-Unis. Tesla imagine déjà inonder les usines du monde entier avec son robot Optimus, annoncé pour 2026. Figure AI va, elle, tester son humanoïde dans les usines de BMW. Une expérimentation loin d’être unique dans le secteur de l’automobile [lire ci-dessus].

250 000 robots humanoïdes attendus dès 2030

Ce nouvel attrait est aussi motivé par les dernières avancées dans l’intelligence artificielle, et plus particulièrement l’IA générative, qui laissent entrevoir une insertion plus facile des robots humanoïdes dans les usines. D’une part, l’IA générative devrait «faciliter la fusion des données issues des capteurs, car il sera possible de traduire des images et des vidéos en texte et de fusionner des données hétérogènes», explique Catherine Simon, conseillère numérique au Secrétariat général pour l’investissement.

D’autre part, «les LLM [grands modèles de langage] simplifient la mise en place de modèles du monde. Il n’est plus nécessaire de tout décrire» aux robots, explique Rodolphe Gelin, ingénieur spécialiste de l’IA chez Renault. Il suffit de transmettre à l’IA les manuels d’utilisation, les contre-rendus d’intervention et les scripts détaillés de ce que font les opérateurs humains... pour que les robots acquièrent une meilleure connaissance des objets et de leurs fonctionnements, et une capacité d’analyse renforcée.

De quoi pousser Goldman Sachs à l’optimisme. Après avoir projeté en 2022 un marché de la robotique humanoïde à 6 milliards de dollars dans les dix à quinze ans, la banque d’affaires estime désormais qu’il atteindra 38 milliards de dollars en 2035, avec plus de 250000 robots humanoïdes livrés dès 2030. Dont la très grande majorité pour des cas d’usage industriels. Des estimations qui ont de quoi faire rêver. #

De premiers tests dans les usines auto

Un robot humanoïde sur une ligne d’assemblage automobile se saisit d’une pièce de tôle pour la positionner sur des fixations spécifiques à un autre poste, à quelques pas de distance. Ce n’est pas de la science-fiction. BMW s’est rapprochée de la start-up Figure AI pour tester son robot humanoïde sur son site de Spartanburg (États-Unis). Le constructeur expérimente ce robot pour savoir comment l’intégrer au mieux sur ses lieux de production. Son concurrent Mercedes-Benz a noué un partenariat avec Apptronik afin d’automatiser des tâches d’inspection et d’autres plus physiques et répétitives avec le robot Apollo. Les essais doivent commencer sur des sites du constructeur en Autriche afin de répondre au manque de main-d’œuvre. En 2021, Tesla s’est lancé dans la fabrication de son propre robot humanoïde Optimus qu’il souhaite commercialiser à moins de 20000 dollars dès 2026. L’objectif premier est d’automatiser des tâches dans ses propres usines. Les constructeurs cherchent à réduire au maximum leurs coûts en poursuivant une automatisation déjà bien entamée.#

Couv 3736

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3736 - Novembre 2024

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