La fin du voyage est proche pour Railcoop et son projet de train Bordeaux - Lyon

Placée en redressement judiciaire depuis mi-octobre 2023 par le tribunal de commerce de Cahors, la société coopérative du ferroviaire Railcoop devrait être liquidée le 29 avril prochain. En cause, une accumulation de retards, des difficultés à trouver les financements et un lancement raté d'une activité fret.

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Railcoop
La société estimait ses besoins à 49 millions d’euros, en octobre 2023, pour le lancement de son activité commerciale via sa ligne Lyon-Bordeaux. Elle a finalement divisé ses exigences par quatre, avec une recherche de 11 millions d'euros d'investissement.

Le couperet va tomber pour Railcoop. Plombée par les dettes, la société coopérative du ferroviaire devait lever de nouveaux fonds (11 millions d'euros, précisément) afin de lancer sa liaison Bordeaux – Lyon. Las, lundi 15 avril, le tribunal de commerce de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a donné raison à ACC M, son prestataire de restauration de rames, dans le cadre d’un contentieux. Railcoop se serait ainsi vu réclamer plus de 160 000 euros. L’entreprise fera appel de la décision.

«Ce contentieux avec notre prestataire nous a empêchés de céder nos deux rames, qui nous auraient permis de stabiliser notre situation dans le cadre de notre redressement judiciaire», explique Nicolas Debaisieux, PDG de Railcoop.Le tribunal de commerce de Cahors (Lot), en charge du redressement judiciaire de l’entreprise depuis six mois, doit officiellement rendre son délibéré le 29 avril prochain. «Le tribunal devrait très vraisemblablement prononcer la liquidation de la société», anticipe, lapidaire, le fondateur.

Railcoop espérait tenir jusqu’à début 2025

«Soyons clair : ce contentieux n’est toutefois que la goutte d’eau qui fait déborder le vase, précise le fondateur. Si nous n’avions pas ces 160 000 euros à payer, nous couvrions nos besoins de trésorerie jusqu’à début 2025.» Une échéance très serrée, alors que l’entreprise ambitionnait de rouvrir toute une ligne de train inter-régionale.

Fondé en 2019, le transporteur ferroviaire voulait redonner vie au tronçon Bordeaux – Lyon pour les particuliers, abandonné par la SNCF en 2014. Desservant Montluçon, Roanne ou encore Limoges, la ligne devait initialement ouvrir en juin 2022. Mais l’entreprise a accumulé les retards, notamment à cause des processus de négociation sur les créneaux horaires («sillons») auprès de SNCF Réseau. Finalement, les sillons négociés par la coopérative auprès de SNCF Réseau ne permettaient pas de circulation quotidienne avant décembre 2024, soit un retard de deux ans et demi sur le calendrier initial.

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Le transporteur cherchait encore 3,5 millions d’euros pour sa ligne Bordeaux – Lyon

Pour lancer son activité «Voyageurs», l’entreprise prévoyait de rénover huit rames X72500 du constructeur Alstom. Mais la coopérative n'en avait acheté que deux,  pour plus de 800 000 euros. «Nous avons revu notre plan à la baisse avec un seul aller-retour par jour sur cette ligne», explique Nicolas Debaisieux. «Nous avons reçu des lettres d’intention de fonds d’investissement, mais il nous manquait encore 3,5 millions d’euros [sur les 11 millions d’euros recherchés au total, NDR].» 

La société avait bien tenté de muscler sa trésorerie en lançant une activité de trains de marchandise fin 2022. Un service de fret devait ainsi relier quotidiennement la zone industrielle de Figeac (Lot) à Toulouse (Haute-Garonne). Mais des taux de remplissage plus faibles que prévu, un tronçon réduit et des difficultés de recrutement auront eu raison de l’activité secondaire. Seulement 18 mois après son lancement, l’offre est abandonnée en avril 2023. Coup de grâce : la société, basée dans le Lot, a perdu dans la foulée une garantie de 4,5 millions d’euros sur ses dettes auprès de la région Occitanie – conditionnée par le maintien de son service de fret en avril.

Le tribunal de Cahors a placé la société en redressement judiciaire mi-octobre 2023. L’entreprise venait alors d’échouer à réunir les 500 000 euros nécessaires afin de payer ses onze salariés et ses fournisseurs. Elle n’avait atteint que 383 500 euros collectés auprès de ses 14 500 sociétaires (des particuliers, collectivités et associations). Le transporteur avait déjà enregistré une perte de 4,3 millions d’euros sur son année 2022. Aujourd’hui, le fondateur Nicolas Debaisieux dit ne pas vouloir lancer une nouvelle activité. Les acteurs voulant contester le quasi-monopole de la SNCF sont prévenus : se lancer sur les rails français en partant de zéro n'est pas simple !

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