Est-ce vraiment le dernier? Dimanche 12 décembre, la Nouvelle Calédonie organise le troisième référendum sur l’avenir du territoire prévu par les accords de Nouméa. Par deux fois, en 2020 comme en 2018, les électeurs se sont massivement prononcés contre son indépendance, par 56,7% de non il y a trois ans, puis d’une plus courte avance de 53,3% des voix l'en dernier. Cette fois, l’élection est boycottée par les indépendantistes du FLNKS. Dans ces conditions, le résultat en faveur du « non » à l’indépendance ne fait pas beaucoup de doute. Mais il n’apportera aucune réponse définitive sur l’avenir du Caillou. A l’issue, le gouvernement prévoit d’ouvrir une phase de transition de dix-huit mois pour imaginer le nouveau statut institutionnel de l’île.
La filière nickel est pressée de tourner la page des incertitudes politiques. Et surtout de l’inertie qui retarde les décisions cruciales pour son avenir. Après les blocages et les manifestations fin 2020 provoqués par la vente de l’usine du sud par Vale à un consortium conduit par Trafigura, l’absence de gouvernement à Nouméa pendant cinq mois faute d’accord entre les courants indépendantistes a mis en suspens toute décision jusqu’en juillet. La vague de Covid, qui a fortement touché le territoire en septembre, puis la préparation du référendum ont achevé de geler toute avancée.
Une centrale temporaire en discussion pour la SLN
Il y a pourtant urgence. Les cours du nickel sont revenus à leur plus haut niveau depuis 2012. Mais aucune des trois usines de l’île n'a été véritablement en position d’en profiter. La SLN reste « dans une situation préoccupante », a reconnu Christel Bories, la PDG d’Eramet fin octobre, pointant les multiples perturbations subies depuis le début de l’année. Pour mener à bien son plan de sauvetage de la SLN, Eramet aurait besoin d’augmenter ses exportations de minerai à faible teneur de 4 à 6 millions de tonnes par an. Mais l’autorisation d’exportation est toujours en attente.

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L’arrêt définitif en mai d’une des quatre tranches de la centrale vétuste de Doniambo, après un accident, a par ailleurs accentué les risques de rupture d’approvisionnement en énergie de l’usine métallurgique, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour la SLN. L’appel d’offres pour la construction d’une nouvelle centrale est toujours en cours. Quoi qu’il advienne, celle-ci ne devrait pas être opérationnelle avant 2024 au mieux. D’ici là, Eramet plaide pour une solution d’urgence avec l’installation d’une centrale accostée temporaire, alimentée au fuel, afin de suppléer la production de la vieille centrale avant fin 2022. Mais là aussi, cela suppose d’avancer rapidement.
Inquiétude pour l'usine du nord
La SLN n’est pas la seule à concentrer les inquiétudes du côté du gouvernement français. Les perspectives de l'usine du nord (KNS) ne sont guère plus rassurantes. Au premier semestre, la production de l’usine métallurgique a chuté à 6600 tonnes de nickel avec l’arrêt d’un des deux fours, soit 30% de moins que l’année précédente. Surtout, Glencore, qui détient 49% du capital en partenariat avec les indépendantistes, a annoncé à l’été qu’il évaluait toutes les options, rester en Nouvelle-Calédonie comme quitter le territoire.
L’Etat a envie de tout sauf de la cession de l’usine, considérée comme un symbole par les indépendantistes. Celle-ci pourrait relancer les blocages provoqués par la vente de l’usine du sud à Prony Resources. Depuis son redémarrage, cette usine, qui a signé un contrat avec Tesla, a réalisé pendant quelques mois des bénéfices, ce qui ne lui était jamais arrivé de son histoire. Contrairement à la SLN, elle bénéficie de son positionnement sur le NHC, utilisé par les batteries des véhicules électriques, dont le cours a progressé davantage que celui du ferronickel. Et elle a pu compter sur un soutien massif de l’Etat, avec deux prêts de 200 et 220 millions d’euros accordés par Bercy, ainsi que des dispositifs de défiscalisation pour financer son projet Lucy de stockage à sec des résidus miniers.
Mais Prony Resources reconnaît qu’il n’est pas encore à l’abri d’un retournement de conjoncture. L’augmentation des capacités de production et de raffinage de la Chine et de l’Indonésie risque de pousser les prix à la baisse. Il est donc urgent de renforcer la performance opérationnelle. « La question du nickel va être un préalable important à la suite des discussions institutionnelles », prévient le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu. Sur ce dossier, il n’y a plus de temps à perdre.



